Catalans et Juifs Roser Cussó Maître de conférences-HDR Université Paris 8

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Née en Catalogne, quand j’étais enfant, mon père m’avait offert un livre, Ça c’est Israël, portant sur l’aventure collective extraordinaire et toujours complexe de la construction de l’Etat hébreu. 

A treize ans, j’ai lu le journal d’Anne Frank, apport unique à la fois à la littérature et à l’humanité. Ainsi, comme beaucoup d’enfants dans le monde, j’ai (un peu) connu l’histoire du peuple juif, notamment du fait de sa dimension universelle, n’ayant jamais côtoyé aucun membre de la communauté… 

Historienne et travaillant en France, j’ai plus tard approfondi des sujets proches à ces questions et, hasard de la vie, je me suis mariée à un juif canadien… Aujourd’hui, je voudrais faire partager une partie de mon histoire en tant que catalane.

Il m’attriste qu’en France le processus entamé pour la émancipation nationale de la Catalogne par rapport à l’Etat espagnol soit le plus souvent évoqué par ses facteurs économiques dans le contexte de la crise financière actuelle. Les catalans en auraient assez de payer pour les autres communautés autonomes de l’Etat, montrant ainsi un supposé manque de solidarité. L’importance donnée à cet argument n’est pas le résultat du hasard. 

Malgré le plus de 20% de catalans vivant sous le seuil de pauvreté et un chômage qui atteint presque 24%, nous avons la réputation d’être riches ! Dans la version positive de ce stéréotype, nous serions très travailleurs et aimants de l’épargne. On aurait le sens des affaires. 

Qu’est-ce que ces propos évoquent à un citoyen juif ?

Oui, les catalans portent dans l’Etat espagnol, la panoplie stigmatisante attachée traditionnellement aux juifs. Dans Twitter (ou d’autres réseaux sociaux), les appels, d’inspiration fasciste, à la haine contre les catalans battent des records : l’eurodéputé Ramon Tramosa a porté l’affaire à la Commission européenne en juillet 2012. A côté de cette violence verbale, parfois dirigée à des personnes concrètes, il y a encore plus grave : les violences institutionnelles. Par exemple, en 2009, un jeune s’adresse en catalan à des membres de la Garde civile dans l’aéroport de Barcelone. Il est frappé dans une petite pièce pour avoir tenu tête lorsque les gendarmes ont tente de l’obliger de parler en espagnol. 

Revenons au désir d’indépendance de la Catalogne. Ses raisons sont bien plus anciennes, larges et variées que la simple conjoncture économique. Le séparatisme se développe à la fin du XIXe siècle et se nourrit à parts égales de la renaissance économique et culturelle et de l’envie de liberté et de démocratie. 

Après des sombres périodes dictatoriales et « unificatrices » (1923-1930, 1936-1975), l’Etat espagnol entame la dite « transition démocratique » dans laquelle des membres du régime antérieur participent activement. Ecartant le fédéralisme, la nouvelle constitution décrète qu’il y a une seule nation, l’espagnole (qui équivaut à Castille) et, en conséquence, une seule langue commune, la castillane (appelée espagnole). 

Le seul dépositaire de la volonté populaire est donc le « peuple espagnol », les catalans ne pouvant pas de ce fait, et en contradiction avec le droit international, exercer le droit à l’autodétermination. 

C’est ainsi que fin 2012, une loi espagnole décide unilatéralement de supprimer le catalan comme langue véhiculaire à l’école en Catalogne, se passant de la volonté d’un peuple qui avait voté, par le biais du parlement catalan, la loi de l’immersion linguistique il y a déjà trente ans. 

Les archives de la Société des Nations (1919-1940) sont pleines d’exemples de la « tolérance » des grandes puissances envers les politiques assimilationnistes d’entre-deux-guerres, préalables pourtant aux dégâts qui suivront : « En décembre 1925 se produit le rapport de Mello-Franco [destiné au Conseil]. [O]n osa affirmer que le but des traités [des minorités] est de ‘préparer les conditions nécessaires à l’établissement de la complète unité nationale’, c.à.d. de préparer la complète assimilation de la minorité à la majorité ». 

C’est ainsi que, diminuées politiquement, certaines populations ont été et continuent encore à être fragilisées mettant en avant des constitutions, des lois et des supposées « égalités de traitement » impossibles à modifier si la majorité démographique qui pilote l’Etat ne le souhaite pas.

Depuis la défaite catalane du 11 septembre 1714 (guerre de Succession) face au pouvoir absolutiste franco-castillan qui abolit nos lois et réprime notre langue, beaucoup d’entre nous ne voulons toujours pas être assimilés. Je ne veux pas devenir castillane, je ne le suis pas. Minorisée et en situation assimilatrice, la Catalogne a besoin d’un Etat propre. Une association, l’Assemblea nacional catalana (ANC) a organisé la manifestation du 11 septembre 2012 à Barcelone. 

Un million et demi de personnes, un citoyen sur cinq, y a défilé avec la devise « La Catalogne, nouvel Etat d’Europe ». Nous agissons de manière pacifique et voulons la solidarité entre les peuples à partir de la souveraineté, à partir d’une relation d’égal à égal, pour contribuer à l’entraide en Europe et ailleurs. 

Enfin, malgré quelques parallélismes, je tiens à noter ici que je n’ai pas voulu, en aucun cas, faire une comparaison directe entre le peuple catalan et le peuple juif, ce dernier ayant vécu tout au long de son histoire des violences et des persécutions qui n’ont pas d’équivalent. 

La violence verbale, les menaces et les stéréotypes humiliants ne sont pas non plus le monopole de juifs et de catalans. J’ai seulement voulu noter ce qui est commun à ces attaques : la déqualification identitaire (« égoïsme »), l’assimilationnisme et l’extrême droite.

Roser Cussó

Pour en savoir plus sur Roser Cusso cliquez-ici

rosercusso@hotmail.com

Vos réactions

  1. ochando@orange.fr'toni Cardona

    Dans un magazine net, revendiquant son identité juive. Se permettre de faire référence aux milieux wagneriens et pré-nazis de la fin du 19eme siècle, d’où sont issues les idées catalanistes, pour votre argumentation victimaire. Est indigne et insultant, pour la Catalogne, pour le peuple juif, et pour le reste des espagnols.

    Répondre

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