Le CICR a donné à son insu un titre de voyage à Eichmann et permis sa fuite

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portrait.jpgGENEVE, le 30/05/07 - Le document de voyage qui a permis au criminel de guerre nazi Adolf Eichmann de fuir l'Europe pour l'Argentine a bien été délivré le 1er juin 1950 par la Croix Rouge internationale, a indiqué le CICR mercredi en soulignant que l'organisation humanitaire avait été trompée.

Ce titre de voyage, retrouvé récemment dans les archives du tribunal de Buenos Aires et utilisé par Adolf Eichmann sous le nom de Riccardo Klement, fait partie des documents octroyés par le CICR à partir de 1945 aux réfugiés, déplacés et apatrides qui ne disposent plus de papiers d'identité.

Le CICR a conservé dans ses archives le duplicata de la demande du titre de voyage d'Eichmann, dont l'AFP a obtenu une copie.

Sur le document de deux pages établi à Gênes, figure la photo d'Adolf Eichmann, avec son empreinte digitale, mais le nom utilisé est celui de Riccardo Klement et le lieu de naissance: Bolzano, en Italie. Seule la description physique est exacte: "cheveux châtains, yeux clairs, nez régulier", indique le document. Selon le document, le propriétaire de ce titre de voyage devait partir de Gênes à destination de l'Argentine "avec le bateau Anna "C" dans la première moitié de juin". "A la suite de la deuxième guerre mondiale, des masses de population en mouvement ont bénéficié de titres de voyage.

 

Le CICR ne disposait pas d'un système d'enquête pour vérifier leurs identités", a souligné Vincent Lusser. Adolf Eichmann, grand ordonnateur de la "solution finale" qui a mené à la mort six millions de juifs, a vécu dix ans en Argentine avant d'y être capturé par le Mossad, les services secrets israéliens, jugé, puis exécuté en Israël en 1962. "Josef Mengele et Klaus Barbie (deux autres criminels de guerre nazis) ont également quitté l'Europe grâce à ces documents de voyage du CICR", a indiqué Vincent Lusser, porte-parole du CICR à Genève. "Cette histoire est éminemment regrettable. Ils ont abusé d'un système humanitaire", a-t-il ajouté. Grâce aux informations publiées lors du procès d'Eichmann en Israël, le CICR a pris conscience que la fuite du criminel de guerre avait été rendue possible grâce au titre de voyage délivré par ses soins, a rappelé Vincent Lusser.

Depuis 1945, 500.000 personnes ont bénéficié de titres de voyage du CICR, dont 5.900 en 2006. En 1999, le CICR a reconnu qu'au moins dix anciens criminels de guerre nazis partis vivre en Argentine avaient voyagé grâce à des documents de l'organisation. Le titre de voyage du CICR n'est pas considéré comme un passeport national. Il permet aux personnes sans papiers d'identité et qui ne peuvent pas retourner dans leur pays, d'atteindre un Etat qui leur a promis de leur accorder le séjour.

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