« Hamas », exposition polémique

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Article paru dans "Sud-ouest"

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) se laisse le droit « de recourir à tous les moyens » pour annuler une expo photo qui ouvre mardi.

Richard Prasquier, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), se laisse le droit « de recourir à tous les moyens » pour faire annuler l'exposition de photographies intitulée « Hamas », qui doit s'ouvrir mardi à l'hôtel Saint-Simon, dans le cadre de la Quinzaine culturelle de l'association Charente Palestine solidarité.

Dans un entretien publié jeudi par nos confrères de « Charente Libre », M. Prasquier a accusé le reporter Frédéric Sautereau de faire « l'apologie du terrorisme ». Interrogé hier par « Sud Ouest », le président du Crif s'est montré moins vindicatif, précisant que les photos incriminées étaient « belles mais partisanes et valaient soutien politique ». Selon M. Prasquier, il suffirait que le photographe et les organisateurs « affichent en grand la charte du mouvement terroriste Hamas qui appelle au meurtre des juifs » pour que la polémique s'éteigne.

« Donner à voir et à réfléchir »

« Hamas », expo sous haute tension… L'ouverture, mardi, puis le vernissage et le débat, mercredi soir, se dérouleront dans un climat très tendu. « Nous sommes en contact avec les Renseignements généraux et les forces de l'ordre. Nous espérons que tout se passera bien […]. Frédéric Sautereau a été invité en tant que journaliste. Ses images n'expriment aucune haine, aucune admiration béate. Elles témoignent d'une réalité. Elles donnent à voir et à réfléchir », a déclaré hier après-midi Jean-Claude Caraire, l'un des membres de Charente Palestine solidarité, lors d'une conférence de presse.

Daniel Marteau, le président de l'association, a ajouté que la polémique avait été engagée par des gens qui n'avaient pas vu l'exposition, a précisé que Frédéric Sautereau ne venait « pas soutenir Charente Palestine solidarité dans son travail militant » et que l'association œuvrait pour « une paix juste et durable dans un territoire qui ne la connaît plus depuis soixante-cinq ans ».

Soit. Mais en même temps, sur le site Internet du Crif, le ton n'est guère à l'apaisement. L'historien Marc Knobel y parle de « stupeur », de « consternation » et de « honte ». Il écrit : « Comment ose-t-on, dans ces temps difficiles, présenter une exposition qui pourrait réveiller de vieux démons et importer le conflit israélo-palestinien en France ? […] Quel est ce jeu perfide, qui consiste à pleurer sur les morts en participant à un rassemblement silencieux à Angoulême à la suite de la tuerie de Toulouse, tout en exposant quelques jours plus tard, avec quel aplomb et quel culot, les photographies des pires antisémites ? »

Pour Marc Knobel, qui reproche à la municipalité d'avoir prêté la salle et autorisé la manifestation, montrer les clichés de Frédéric Sautereau, c'est « piétiner la République ».

Un débat mercredi soir

Toute cette semaine, le photographe a répété son incompréhension. Jusqu'à présent, son travail, lors de multiples voyages dans la bande de Gaza, n'avait suscité aucune remarque. Ses clichés, notamment publiés dans « La Croix » et le journal allemand « Die Zeit », ont d'ailleurs été primés par un Visa d'or au Festival international de photojournalisme de Perpignan, en 2010. En septembre dernier, 37 tirages en très grand format avaient été montrés au festival de Barro, dans le Nord-Charente. Personne n'avait été scandalisé.

Dans une lettre ouverte à M. Prasquier, Frédéric Sautereau se dit « surpris par la violence des attaques et l'incohérence des arguments du Crif ». Il met « au défi quiconque de trouver dans [son] travail la moindre apologie du Hamas et encore moins du terrorisme ». Puis il donne rendez-vous à ses détracteurs et au public mercredi, à 21 heures, à la Maison des peuples et de la paix (MPP), pour un « débat intelligent et serein ».

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