Six lycéens de Gambetta vont découvrir les camps d'Auschwitz-Birkenau

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Auschwitz.jpgArticle paru dans "La Voix du Nord"

Les élèves de terminale autour de leur professeur d'histoire, Florence Borowczyk. Les élèves de terminale autour de leur professeur d'histoire, Florence Borowczyk.

Jusque-là, c'est à travers leurs cours d'histoire et les films que ces adolescents appréhendaient le génocide de millions de Juifs par l'Allemagne nazie. Demain, ils se rendent en Pologne avec cent quarante lycéens de la région et quarante accompagnateurs pour visiter le camp d'extermination tristement célèbre. Un voyage soigneusement préparé.

PAR LAURENT BOUCHER

lboucher@lavoixdunord.fr PHOTOS PASCAL BONNIERE ET MAX ROSEREAU

« On va le voir, savoir enfin ce que c'est. » Johanna Bouquet résume la curiosité historique qui l'a poussée, elle et cinq autres élèves de terminale du lycée Gambetta, à se porter volontaire pour se rendre en visite au camp d'Auschwitz, en Pologne. Demain, ils s'envoleront très tôt de l'aéroport de Lesquin pour rallier Cracovie (lire ci-dessous), dans le cadre d'une opération pédagogique sur le devoir de mémoire reconduite pour la neuvième fois en quinze ans par le conseil régional et l'Éducation nationale.

L'occasion a été saisie par Florence Borowczyk, professeur d'histoire-géographie habilitée en allemand : « La sélection s'est faite sur dossier, en fin d'année dernière, avec des élèves de première que j'ai encore en classe de terminale cette année. J'ai demandé qui était volontaire : six élèves de la section "allemand" européenne ont dit oui. » Si Johanna Bouquet est en filière littéraire, ses cinq camarades (François Fouquelle, Florian Durosaire, Lucille Bernard, Fater Jerad et Camille Haultcoeur) sont des scientifiques. L'an dernier, ils ont étudié la Deuxième Guerre mondiale et la mise en oeuvre de la solution finale. Ils ont notamment regardé des images des camps diffusées au procès de Nuremberg. Puis ils ont soigneusement préparé ce voyage en établissant un dossier sur le thème « Vivre et mourir à Auschwitz ». Les lycées arrageois ont cherché et rassemblé les sources leur permettant de récapituler le cheminement d'un juif, de sa vie en France à sa déportation et son séjour au camp d'Oswieczim (Auschwitz en polonais). Un diaporama à l'appui de leur dossier a convaincu le jury de les retenir parmi les cent quarante lycéens de la région sélectionnés cette année.

Une première pour des élèves du lycée Gambetta. « Les gens me demandent : "Pourquoi tu fais ça ?", témoigne la prof d'histoire, qui a visité le camp d'Auschwitz il y a deux ans. Je réponds que tant qu'on n'y va pas, on ne visualise pas les lieux, leur dimension.

Ça glace et ça laisse sans voix, mais c'est important de le voir pour témoigner. »
« Ça me fait peur »

Lucille appréhende le voyage, mais elle y tenait. « En cours, on entend parler d'Hitler tout le temps, on est en train d'étudier le film La Liste de Schindler, explique-t-elle. Mais en fait, on ne sait pas de ce que c'est réellement. C'est abstrait. On sait que c'était terrible, mais on imagine difficilement. C'est grave, ce qui s'est passé, il ne faut pas que ça recommence. » Comme Lucille, François a passé six mois en Allemagne, en seconde, dans le cadre du programme Voltaire. « Le frère de mon correspondant était passionné par la guerre, raconte-t-il. Mais c'est encore un sujet tabou là-bas. Les jeunes Allemands ont un problème d'identité. Ils se sentent coupables, sûrement. » Sur deux jours, les lycéens français, dont chaque groupe sera accompagné d'un guide ainsi que d'un rescapé qui témoignera de sa vie en déportation, visiteront le camp de concentration d'Auschwitz, puis le camp d'extermination de Birkenau. Florian anticipe la vision des chambres à gaz : « Beaucoup de personnes sont mortes dedans. On doit s'imaginer ce qui s'est passé à ce moment... » Johanna est franche : « Cette visite, ça me fait peur. Ce n'est pas un voyage pour rigoler, mais pour savoir. Il faut profiter de l'occasion. » À leur retour, les lycéens partageront leur expérience en créant un site Internet où ils posteront leurs photos et leurs impressions. Pour transmettre la mémoire dans l'Europe du XXIe siècle.

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