Unesco: victoire diplomatique pour les Palestiniens

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Article paru dans "L'Express"

Les Palestiniens devaient sauf surprise engranger lundi une victoire diplomatique significative en obtenant le statut de membre à part entière de l'Unesco, l'une des principales agences de l'ONU.

Les Palestiniens obtiennent le statut de membre à part entière de l'Unesco, ce lundi. Une adhésion "prématurée" pour de nombreux diplomates. Les Américains et les Israéliens menacent de couper leur financement aux activités de l'Unesco.

Les Palestiniens ont réalisé une percée diplomatique significative ce lundi. Les Etats membres de l'Unesco ont majoritairement choisi de leur donner le statut de membre à part entière de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture de l'ONU, lors d'un vote à Paris. Les Palestiniens n'y bénéficiaient jusqu'à présent que d'un statut d'observateurs. Ce vote se déroulait dans un contexte de regain de violence entre Israël et les Palestiniens de la bande de Gaza.

"Lorsque les discours seront terminés vers 12H30-13H00 (11H30-12H00 GMT), il y aura un vote et les Palestiniens vont gagner", a anticipé l'ambassadeur israélien auprès de l'Unesco, Nimrod Barkan, lundi matin. C'est chose faite, ce lundi midi. La France a voté pour, tout comme la quasi-totalité des pays arabes, africains et latino-américains: 107 des 193 Etats membres ont dit "oui", alors que 14 autres pays ont rejeté cette candidature. Les Etats-Unis, l'Allemagne et le Canada, par exemple, ont voté contre, tandis que l'Italie et le Royaume Uni se sont abstenus.

Un enjeu diplomatique pour les Palestiniens
Patrimoine palestinien
Un changement de statut à l'Unesco permettrait aussi à la Palestine de déposer des demandes de reconnaissance au Patrimoine mondial de l'Humanité pour des sites dans les territoires palestiniens occupés par Israël. Les Palestiniens comptent notamment présenter au Patrimoine mondial les candidatures de Bethléem, lieu de naissance du Christ, Hébron, pour le Caveau des Patriarches - la mosquée d'Ibrahim (nom musulman d'Abraham) - un site révéré à la fois par les juifs et les musulmans, et Jéricho. 

L'enjeu est d'importance pour les Palestiniens qui y voient la possibilité d'un premier succès dans leur démarche d'adhésion à l'ONU en tant qu'Etat membre à part entière. Leur candidature à l'ONU avait été solennellement déposée le 23 septembre à New York par le président Mahmoud Abbas, et elle doit être examinée le 11 novembre par le Conseil de sécurité, où elle pourrait être frappée d'un veto américain.

Les pressions sont intenses aussi à l'Unesco... Mais Mahmoud Abbas a été ferme la semaine dernière. "Nous ne renoncerons pas à la demande d'adhésion de la Palestine à l'Unesco, où la bataille est très intense", avait-il déclaré.

Une démarche "prématurée"

L'affaire embarrasse les Américains. Les Etats-Unis jugent l'adhésion des Palestiniens à l'Unesco "prématurée" et "contreproductive", a déclaré lundi la sous-secrétaire américaine à l'Education, Martha Kanter, devant la Conférence générale de l'organisation, avant le vote.

"Les Palestiniens empruntent un chemin qui n'est pas à 100% satisfaisant, qui n'est pas le plus productif... Ce n'est pas productif que d'aller d'abord aux conclusions", c'est-à-dire à l'Unesco avant l'examen de la candidature à l'ONU, a également estimé lundi la ministre française de l'Ecologie et des Transports, Nathalie Kosciusko-Morizet, en déplacement à Jerusalem.
Impact sur le budget de l'Unesco
Pour l'Unesco, les conséquences financières seront considérables. "Il faudra couper des programmes, réajuster l'équilibre de notre budget. Mais ce n'est pas seulement un problème financier, c'est un problème qui concerne l'universalité de notre organisation", disait vendredi sa directrice générale, Irina Bokova, tout en affirmant être neutre dans ce vote. Les diplomates de l'Unesco insistent notamment sur l'importance à leurs yeux des programmes en faveur des femmes et des filles dans certains pays. L'ambassadeur israélien à l'Unesco enfonce le clou: "Cela deviendra impossible pour l'Unesco de remplir sa mission".

"L'Unesco, ce n'est ni le lieu, ni le moment. Tout doit se passer à New York", estime de son côté le ministère français des Affaires étrangères, tandis que les Européens sont divisés. L'Espagne a annoncé qu'elle voterait pour l'adhésion, l'Allemagne devait s'y opposer, et la France s'abstenir.

Les Etats-Unis ont déjà indiqué qu'en cas de vote positif, ils suspendraient leur financement aux activités de l'Unesco, soit 70 millions de dollars et 22% de son budget (lire l'encadré). Deux lois américaines du début des années 1990 interdisent en effet le financement d'une agence spécialisée des Nations unies qui accepterait les Palestiniens en tant qu'Etat membre à part entière, en l'absence d'accord de paix avec Israël. 

Selon l'ambassadeur israélien à l'Unesco, le pays devrait suivre les Etats-Unis qui comptent suspendre leur financement des activités de l'Unesco en cas de vote favorable aux Palestiniens.

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