CONTROVERSE : Julia, la drag-queen israélienne qui dérange l'ultraorthodoxie

Reportages - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest

Article paru dans "Le Point"

Quand on la voit comme ça, sur scène, Julia, c'est une histoire banale. Celle d'une femme juive très religieuse, pas toute jeune et encore célibataire, dont l'objectif principal est de trouver un mari pour fonder une famille, avec le plus d'enfants possible. Sauf que Julia, elle est bien plus que cela : c'est la première "drag-queen" ultraorthodoxe juive connue et son spectacle agite en ce moment toute la presse israélienne.

Derrière la femme très pratiquante, avec perruque de longs cheveux blonds, jupe jusqu'après les chevilles et chemise boutonnée jusqu'au cou afin de ne rien montrer de ses charmes, il y a Bar, un jeune gay qui a choisi de monter sur scène pour assumer son homosexualité et combattre les idées reçues. Dans une vie antérieure, Bar était un tout jeune homme totalement immergé dans le monde du judaïsme ultraorthodoxe : des études en école talmudique, dans le sud du pays, puis dans les établissements les plus renommés, à Bnei Brak, le faubourg ultrareligieux près de Tel-Aviv, et à Jérusalem, dans le "saint des saints", le quartier de Mea Sharim. Son quotidien est simple : prières, longue plongée dans les textes sacrés et fréquentation des grandes figures rabbiniques du moment, dont il a organisé conférences et séminaires.

L'homosexualité, "le péché suprême"

Et puis il y a la vie d'aujourd'hui : celle d'un homme de trente ans qui a quitté la religion, mais pas Dieu et qui entend vivre pleinement son homosexualité. Le jour, c'est un designer de sites Internet, habillé de tee-shirts et de jeans. La nuit, sur scène il/elle est notre Julia. Tout sauf une victime ! Résolue conquérante, brute de décoffrage, Julia/Bar a un avis sur tout : les relations entre religieux et laïques, le couple, l'actualité politique... Et un sujet favori : l'homophobie, version Israël des années 2000.

Bar lave en public le linge sale de l'establishment ultraorthodoxe pour qui l'homosexualité reste "le péché suprême", celui qui mérite une seule punition : l'excommunication ! Et il en sait quelque chose, lui qui, du jour où il "est sorti du placard", s'est vu être jeté à la rue d'abord par sa mère, puis par ses anciens maîtres rabbins et amis. Crachats, insultes, mise à l'écart, interdiction de fréquenter la synagogue, il a tout connu. Pourtant, près de dix ans après, il ne regrette rien. Même pas d'avoir renoncé à se faire opérer pour devenir une femme. Grâce à Julia, il se conjugue au féminin quelques heures par jour, applaudi par un public acquis à son combat. Pour les juifs religieux, il est l'homme scandaleux, le pervers par excellence, celui qui n'a pas droit de cité !

Bar et Julia, Julia et Bar, deux personnes avec des désirs différents : Bar qui voudrait bien devenir papa et Julia, qui rêve d'être la star numéro un de la scène israélienne. Et pourquoi pas gagner l'Eurovision, comme Dana International, la chanteuse pop et transsexuelle israélienne qui, en 1998, avait emporté le concours, avec sa chanson Diva.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi