‘Olam Katan’ : quand un journal du Shabbat symbolise l’extrémisation de la société israélienne
Olam Katan, jusqu’ici feuillet de Shabbat largement diffusé dans les communautés religieuses d’Israël, ne reflète plus seulement une sensibilité conservatrice : il est devenu un miroir inquiétant de tendances idéologiques radicales qui traversent une partie du sionisme religieux. En pleine guerre contre l’Iran, ces évolutions méritent d’être examinées sans détour, car elles parlent de la santé morale de la société israélienne.
Un journal qui n’est plus seulement religieux mais idéologique
Olam Katan, l’un des journaux de Shabbat les plus populaires dans le paysage religieux national israélien, est distribué chaque semaine en dizaines de milliers d’exemplaires dans les synagogues du pays. Historiquement associé aux cercles conservateurs du sionisme religieux, il n’est plus un simple support communautaire : il incarne, selon ses critiques, des « tendances préoccupantes » observables au sein de la droite religieuse israélienne.
Normalisation de positions autrefois taboues
L’article de Ynet pointe que ce qui était auparavant marginal — une forme d’indifférence, voire d’approbation implicite de violences nationalistes — se retrouve aujourd’hui intégré dans le ton et le contenu du journal.
Des appels à des positions considérées jadis comme tabous, notamment autour de la question arabe, se sont infiltrés dans le discours courant du journal. Cette évolution est d’autant plus frappante qu’elle se produit alors même qu’Israël est engagé dans une guerre qualifiée de juste contre l’Iran et ses réseaux régionaux.
Exemples concrets d’une ligne éditoriale radicalisée
L’un des contributeurs mis en avant par Olam Katan est Elisha Yered, décrit comme militant et « activiste » issu des bastions du sionisme religieux. Yered s’est fait connaître par des déclarations provocantes, notamment après un attentat palestinien, lorsqu’il a appelé à « effacer Huwara ». Plus récemment, après qu’un couple palestinien et leurs deux enfants ont été tués lors d’une opération des forces de sécurité, il a qualifié la famille entière de « terroristes éliminés presque entièrement », bien que la légalité et les circonstances de l’incident n’aient pas encore été établies.
Dans certains contenus du journal, cette façon de présenter des événements reflète une tendance à supprimer toute reconnaissance de non-combattants parmi les victimes, même lorsque des enfants sont impliqués.
Ton polémique contre l’armée, le gouvernement et les institutions
L’éditeur d’Olam Katan, Itamar Segal, utilise régulièrement la tribune du journal pour exprimer des opinions fortement martiales et politiques. Il décrit toute critique du gouvernement comme presque « un crime national », affirmant qu’Israël ne doit « pas s’arrêter tant que tous les ennemis ne sont pas détruits ». Par ses écrits, il élargit la menace supposée à « tous les Arabes » — ceux de Judée-Samarie, de Gaza, de Jérusalem, ainsi que ceux qui vivent dans le Néguev ou la Galilée.
Le journal adopte aussi des positions très tranchées sur des questions internes : il condamne des critiques du gouvernement, attaque le système judiciaire et fustige l’opposition ou les milieux considérés comme « faibles ».
Héros contemporains et références bibliques
Certains contributeurs d’Olam Katan vont jusqu’à utiliser des images et des comparaisons issues de la tradition juive pour célébrer des figures politiques ou activistes modernes, comme le comparant à Nakhshon ben Aminadav ou à Mordechai l’Ancien, créant ainsi des ponts entre idéaux religieux et actions politiques contemporaines.
Critiques internes et vision des lecteurs modérés
Même au sein du courant religieux‑nationaliste, certains observateurs s’affirment préoccupés par l’extrémisme perceptible dans le contenu d’Olam Katan. Le journal d’opposition « HaDor », par exemple, se positionne comme modéré et monarchique, distinct du ton agressif adopté par Olam Katan.
Un reflet de débats internes, pas un consensus national
L’article de Ynet souligne que Olam Katan représente une tendance spécifique du sionisme religieux conservateur. Cela ne signifie pas que ces positions reflètent la majorité d’Israéliens ou même l’ensemble du sionisme religieux : elles révèlent cependant qu’un segment influent de la société adopte une vision idéologique qui mérite un débat sérieux, surtout en temps de guerre.
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