Après les frappes, l'Iran va-t-il foncer vers la bombe nucléaire ? La fatwa nucléaire est morte

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Après les frappes, l'Iran va-t-il foncer vers la bombe nucléaire ? La fatwa nucléaire est morte

Après les frappes, l'Iran va-t-il foncer vers la bombe nucléaire ? Ce que disent les experts

C'est la question qui hante tous les stratèges depuis le début de la guerre : en frappant les sites nucléaires iraniens, Israël et les États-Unis ont-ils éloigné la menace atomique ou au contraire poussé Téhéran à franchir le seuil ? Les experts sont divisés. Les signaux sont contradictoires. Et la réponse pourrait changer le destin du monde.

La fatwa est morte

Pendant des décennies, une seule chose retenait l'Iran de fabriquer la bombe : la fatwa de l'Ayatollah Khamenei, déclarant que les armes nucléaires étaient contraires à l'islam.

Khamenei est mort sous les bombes israélo-américaines le 28 février dernier.

Et avec lui, peut-être, la dernière digue.

"La fatwa nucléaire est morte,"* tranche Trita Parsi du Quincy Institute for Responsible Statecraft, interrogé par CNN. "L'opinion des élites comme celle du grand public a radicalement changé sur cette question ce qui ne devrait surprendre personne puisque l'Iran a été bombardé deux fois en plein milieu de négociations par deux États dotés de l'arme nucléaire."

Le message que retient Téhéran est brutal dans sa logique : posséder la bombe aurait peut-être tout changé. Ne pas l'avoir a tout permis.

Ce qui reste — et ce qui a été détruit

Avant de mesurer la menace future, il faut mesurer les dégâts actuels et ils sont considérables.

Les frappes israélo-américaines de juin 2025 ont sévèrement endommagé les deux principales installations d'enrichissement d'uranium de l'Iran  Natanz et Fordow les rendant très probablement hors d'état d'enrichir de l'uranium à des niveaux utilisables pour une arme.

Le Pentagone estimait en 2025 que le programme nucléaire iranien avait été repoussé de deux ans par les frappes de juin. La Defense Intelligence Agency concluait qu'il faudrait une décennie à l'Iran pour développer des missiles capables d'atteindre les États-Unis

Mais l'Iran n'était pas sans ressources.

Quelques jours avant le début de la guerre actuelle, l'AIEA avait signalé que l'Iran avait stocké de l'uranium hautement enrichi dans une installation souterraine non touchée par les frappes précédentes environ 400 kg
L'agence précisait néanmoins ne pas avoir de preuve d'un programme organisé d'armes nucléaires au début de la guerre de 2026

Le tournant : "Maintenant, tout est possible"

C'est là que la situation bascule dans l'inquiétant.

Sina Azodi, auteur de "Iran and the Bomb", est direct : "L'une des raisons pour lesquelles ils ont exercé une retenue nucléaire était la crainte d'attaques d'Israël et des États-Unis. Mais à ce stade où ils ont été attaqués de toute façon, pour eux, toutes les options sont ouvertes."

Ce changement de calcul était prévisible. Dès 2024, le commandant des Gardiens de la Révolution chargé de protéger les installations nucléaires, Ahmad Haqtalab, avait prévenu : "Un renversement de la doctrine nucléaire iranienne et des politiques, y compris un éloignement des considérations précédentes, est probable et concevable."

La guerre a peut-être transformé ce "probable" en "imminent".

Trois conditions pour la bombe

Les experts s'accordent sur les trois conditions nécessaires pour qu'Iran franchisse le seuil nucléaire.

Premièrement, un renversement formel de la fatwadésormais possible avec la mort de Khamenei et l'avènement d'un successeur plus radical.
Deuxièmement, l'accès à de l'uranium hautement enrichipartiellement préservé dans des installations souterraines non détruites. Troisièmement, la capacité technique de construire un engin fonctionnel  sérieusement dégradée, mais pas anéantie.

Azodi nuance cependant la portée stratégique d'une telle décision : "L'Iran ne peut pas utiliser ses forces nucléaires pour menacer les États-Unis. Ses missiles ne peuvent pas atteindre les États-Unis, et même s'ils le pouvaient, avec 50 ogives nucléaires vous ne pouvez pas dissuader un pays qui en possède 5 000."

La valeur d'une bombe iranienne serait donc avant tout politique démontrer une capacité, créer une dissuasion régionale et non stratégique face aux grandes puissances.

Le scénario saoudien : la prolifération en chaîne

Mais c'est peut-être la conséquence régionale qui est la plus terrifiante.

Si l'Iran pousse en avant avec sa propre arme nucléaire, l'Arabie Saoudite deviendrait très probablement le prochain candidat régional à franchir le seuil.
Le prince héritier Mohammed bin Salman l'avait dit sans détour dès 2018 : si l'Iran fabrique la bombe, l'Arabie Saoudite suivra "aussi vite que possible."

Une bombe iranienne ne serait donc pas seulement une menace pour Israël. Ce serait le déclencheur d'une course aux armements nucléaires au Moyen-Orient — avec des conséquences incalculables pour la stabilité mondiale.

La question à 116 dollars le baril

Au fond, tout dépend d'une inconnue centrale : le régime iranien va-t-il survivre à cette guerre ?

Le Council on Foreign Relations est prudent : "La République islamique est un système idéologique avec une élite à plusieurs couches et une base de soutien. Ce soutien a peut-être réduit ces dernières années, mais il fournit encore au régime un cadre prêt à utiliser la force pour maintenir le pouvoir."

L'Atlantic Council, lui, souligne le paradoxe : beaucoup d'Iraniens se réjouissaient initialement de la mort de Khamenei, y voyant le début d'un changement de régime. Mais avec les frappes sur les dépôts de pétrole de Téhéran et la destruction de sites du patrimoine culturel, les humeurs ont commencé à changer.

Un régime affaibli mais survivant, convaincu que seule la bombe peut le protéger de la prochaine offensive — c'est précisément le scénario le plus dangereux.

Et c'est celui que personne ne veut envisager.

Sources : CNN, Council on Foreign Relations, Atlantic Council, Arms Control Association, Wikipedia (Guerre Iran 2026) — 29-30 mars 2026

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*La fatwa nucléaire : foi affichée, stratégie cachée

Officiellement, Ali Khamenei affirme que l’arme nucléaire est interdite par l’islam. Une position présentée comme une ligne rouge morale de la République islamique d’Iran.

Dans les faits, le régime n’a jamais cessé de développer les capacités techniques permettant d’y accéder : enrichissement avancé de l’uranium, perfectionnement des centrifugeuses, progrès sur les missiles balistiques. Rien de théorique tout est opérationnel.

La contradiction n’est qu’apparente. Téhéran joue sur deux tableaux : afficher un interdit religieux pour désamorcer la pression internationale, tout en atteignant discrètement le seuil nucléaire. Une stratégie froide, assumée, qui permet de rester à quelques semaines de la bombe sans en assumer officiellement la possession.

La fatwa, dans ce contexte, n’est pas un verrou. C’est un paravent.

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