Israël 2048 : comment un think tank britannique voit l’État hébreu devenir une superpuissance mondiale
Un rapport stratégique signé Henry Jackson Society
Henry Jackson Society, Barak Siner, David Wurmser
En février 2026, la Henry Jackson Society, cercle de réflexion britannique fondé en 2005 et basé à Londres, a publié une étude prospective intitulée « Israel 2048 ».
Le document, co-signé par Barak Siner et le Dr David Wurmser, ancien conseiller au département d’État américain, avance une thèse audacieuse : à l’horizon des vingt prochaines années, Israël pourrait s’imposer comme un axe géopolitique mondial incontournable.
Le rapport ne parle pas d’une simple montée en puissance régionale. Il évoque un basculement stratégique durable, combinant supériorité militaire, performance économique de haut niveau et leadership technologique dans des secteurs critiques comme l’intelligence artificielle et l’informatique quantique.
60 000 dollars de PIB par habitant : une économie déjà au niveau des grandes puissances
Fonds monétaire international
Selon les données du Fonds monétaire international, le PIB par habitant d’Israël a franchi en 2025 le seuil des 60 000 dollars, s’établissant autour de 60 000 à 60 500 dollars courants selon les estimations préliminaires. Ce niveau place l’État hébreu dans le groupe des économies développées les plus performantes, devant plusieurs pays européens majeurs.
Avec un PIB total avoisinant les 550 milliards de dollars en 2025, une croissance moyenne supérieure à celle de la zone euro sur la dernière décennie et un secteur high-tech représentant environ 18 % du PIB et près de 50 % des exportations, Israël n’est plus une économie périphérique. Il est devenu un acteur central de l’innovation mondiale.
Le rapport souligne que cette performance n’est pas conjoncturelle. Elle repose sur un écosystème structuré : universités de rang mondial comme l’Université hébraïque de Jérusalem ou le Technion, densité exceptionnelle de start-up plus de 6 000 entreprises technologiques actives et un volume d’investissements en capital-risque qui, rapporté à la population, figure parmi les plus élevés au monde.
De la doctrine d’endiguement à la puissance préventive
Forces de défense israéliennes
L’étude évoque un tournant doctrinal majeur survenu après les conflits régionaux des années 2020, notamment la « guerre des douze jours » de juin 2025, qui aurait modifié la perception internationale du rôle stratégique d’Israël.
Historiquement, la doctrine israélienne reposait sur la dissuasion et l’endiguement : répondre rapidement, frapper fort, mais éviter l’enlisement. Selon les auteurs, Israël serait entré dans une phase différente, assumant une capacité de projection de puissance plus structurée et anticipative.
Les Forces de défense israéliennes disposent aujourd’hui d’un budget annuel dépassant 24 milliards de dollars, auquel s’ajoute l’aide militaire américaine d’environ 3,8 milliards de dollars par an dans le cadre du protocole d’accord signé en 2016 pour la période 2019-2028. À cela s’ajoute un écosystème industriel dense, dominé par des groupes comme Rafael, Elbit Systems et Israel Aerospace Industries, qui exportent des systèmes de défense antimissile, de drones et de cyberdéfense vers l’Europe, l’Asie et les États du Golfe.
Le rapport parle d’un « tigre émergent » régional, non plus cantonné à la survie, mais structurant l’équilibre stratégique du Moyen-Orient.
Le Triangle d’or technologique : États-Unis, Golfe, Inde
Accords d’Abraham
IMEC
L’un des points centraux du document est la formation d’un axe technologique reliant les États-Unis, les pays du Golfe et l’Inde. Depuis les Accords d’Abraham signés en 2020, les échanges commerciaux entre Israël et les Émirats arabes unis ont dépassé les 3 milliards de dollars annuels. Des fonds souverains du Golfe investissent dans la cybersécurité, l’agritech et la défense israéliennes.
Le corridor économique Inde–Moyen-Orient–Europe, annoncé en septembre 2023 lors du sommet du G20 à New Delhi, prévoit la mise en place d’infrastructures ferroviaires, portuaires et numériques reliant l’Inde à l’Europe via le Golfe et Israël. Dans cette architecture, Israël est appelé à devenir un nœud logistique et technologique clé.
Les auteurs estiment qu’à l’horizon 2048, ce corridor pourrait redessiner les flux commerciaux eurasiatiques, réduisant la dépendance aux routes maritimes traditionnelles et renforçant la centralité géographique israélienne entre l’Asie émergente et l’Occident.
Intelligence artificielle et quantique : le pari des technologies souveraines
Israel Innovation Authority
Israël investit massivement dans l’intelligence artificielle et les technologies quantiques. En 2023, le gouvernement a lancé un programme national d’informatique quantique doté d’un budget de plusieurs centaines de millions de shekels, associant universités, industrie et armée. Le pays compte plusieurs centres de recherche en IA de rang international, et des géants comme Google, Microsoft et Nvidia y ont implanté des laboratoires stratégiques.
Selon la Israel Innovation Authority, plus de 2 000 start-up israéliennes opèrent aujourd’hui dans le champ de l’IA. Dans le domaine de la cybersécurité, Israël représente environ 10 % des investissements mondiaux du secteur, un chiffre disproportionné au regard de sa population de moins de dix millions d’habitants.
Le rapport insiste sur la nécessité d’une « autonomie stratégique » : capacité à produire localement des systèmes d’armement, des semi-conducteurs critiques et des infrastructures numériques, afin de réduire la vulnérabilité aux pressions politiques extérieures.
Démographie, immigration et capital humain
Le document met également en avant un facteur souvent sous-estimé : le capital humain. Depuis 2022, Israël a enregistré une hausse significative de l’alyah en provenance d’Europe et d’Amérique du Nord, dans un contexte de recrudescence d’actes antisémites. En 2022, plus de 70 000 nouveaux immigrants ont rejoint le pays, un niveau inédit depuis les années 1990.
Les auteurs anticipent que ces flux pourraient se maintenir ou s’intensifier dans les prochaines décennies, renforçant le vivier de compétences scientifiques et entrepreneuriales.
Avec une population approchant les 10 millions d’habitants et un taux de fécondité supérieur à la moyenne des pays de l’OCDE, Israël dispose d’un dynamisme démographique rare parmi les économies développées.
Un modèle hybride : tradition et innovation
Le rapport « Israel 2048 » conclut que la singularité israélienne réside dans la combinaison d’une identité historique forte et d’une culture de l’innovation radicale. Loin de l’image d’un État en lutte permanente pour sa survie, il décrit un pays capable de façonner des coalitions, d’orienter des flux technologiques mondiaux et de peser sur les équilibres stratégiques globaux.
Rien n’est automatique. La stabilité interne, la gestion des tensions régionales et la cohésion sociale resteront des variables décisives. Mais les chiffres, les capacités industrielles et l’intégration croissante dans les architectures économiques transcontinentales donnent du crédit à cette projection.
Si les tendances actuelles se confirment, Israël pourrait ne plus être seulement un acteur clé du Moyen-Orient, mais l’un des pôles structurants du XXIe siècle.
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