Interview exclusive de Joann Sfar pour la sortie du film :Le chat du rabbin.

Paroles d'hommes - le - par .
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Après avoir reçu le César de la première œuvre pour Gainsbourg, Joann Sfar, assisté d'Antoine Delesvaux, nous revient avec l'adaptation de sa bande dessinée culte le chat du rabbin.

Chers novices de la BD (tout comme votre serviteur), n'ayez crainte d'être perdus,  car le film d'animation, qui sortira le 1er juin, est plus qu'accessible à tous. D'ailleurs,  qui mieux que Joann Sfar lui-même pour en parler.

Sortie prévue dans le 01 juin 2011 du film Le chat du rabbin

Joann Sfar:
C'est un récit universel, celui d'un petit animal qui découvre la spiritualité humaine et qui s'en moque un petit peu à sa façon. Le propos est relativement important. Qu'es ce qu'on fait de la religion aujourd'hui pour ne pas se taper dessus? Que fait-on pour amener un message "aimant"?

L.B: Quel est l'intérêt de l'utilisation de la 3D?


J.S:
Tout d'abord, il faut se dire que le film est en 3D et non en relief. Le but est avant tout de faire un divertissement familial qui s'adresse aux enfants puisque ça parle de l'enseignement de la religion.

Maintenant, si on ne fait pas de 3D aujourd'hui pour un film d'animation, on n'obtient pas les salles familiales. Le chat du rabbin est proposé dans deux types de cinémas. Elle ne nous a pas été imposée. On s'était dit avec Antoine, testons, mais surtout quelques plans (ceux qui nous plaisaient, en général) et qu'est ce que cela pouvait apporter. On a tout de suite été bluffés par le résultat! Il y avait du volume et de la gestion, contrairement à un dessin animé classique où les personnages restent "coller" aux décors.

L.B: C'est un dessin animé qui réunit de l'humour, et de la religion bien sûr, mais aussi de lalechat.jpg politique et de la culture, un peu comme un conte philosophique à la Candide de Voltaire, non?

J.S: C'est un élève de Candide et peut être également un de Molière et du Roman de Renart. La différence entre le Candide et le Chat résulte justement que ce dernier n'est pas candide; il serait davantage Voltaire, il râle, il pique des colères. Il aime son confort. Parfois, il est même courageux et très conscient des injustices du monde.    

L.B: D'où vous vient cette idée de faire parler un chat? Pourquoi un chat?


J.S:
C'est parce que c'est mon chat tout simplement! C'aurait été Antoine, vous auriez eu un chien. Mis à part ça, on ne dessine que ce que l'on connait et j'ai ce chat sur mon bureau tout le temps.

L.B: Un moment dans le film, un des personnages dit que les juifs préfèrent les chats aux chiens. D'où provenez-vous cette "hypothèse"?

J.S: Cette histoire vient de mon cousin très religieux de Bnei Brak qui me racontait ça petit et qui me disait que chez les juifs, on aime mieux les chats que les chiens. Je ne l'ai pas inventé, mais les juifs s'imaginent tous, qu'ils ont la vérité sur tout le judaïsme: c'est le leur, et celui des autres est forcément une erreur. Une chose vraie: à Nice où j'ai grandit il y avait un rabbin- le Rabbin Assayag-  avec un défaut de prononciation  qui possédait un perroquet. Il disait avec beaucoup d'humour: "mon oiseau parle mieux que moi!". Une anecdote qui a un peu influencé le début de l'écriture et du film, comme vous avez pu vous en rendre compte.

L.B: En tout cas, comme Candide, il y a le pouvoir de la parole et du langage. Le chat dit même que l'on peut tout régler par le dialogue; un vrai message actuel et universel en somme.

J.S: Il le dit mais cela ne marche pas. Toute l'idée du film, l'unique chose est de parler. La mode d'aujourd'hui, est de débattre sur la laïcité et la religion. Il faut bien comprendre une chose, on ne peut pas débattre si on se déteste, donc la première chose du chat serait de ramener les hommes à discuter ensemble autour d'un repas par exemple. Après le café alors, on peut garder une place à parler de spiritualité. Ces débats qui vont régler les choses peuvent se "régler" que si les gens sont disposer à s'entendre.

L.B: Y aurait-il un personnage en qui vous vous retrouvez plus particulièrement? Il y a un rabbin et un cheik qui portent votre nom, Sfar.


J.S:
Oui un vieux juif et un vieil arabe qui porte mon nom me va très bien. Ce n'est pas un hasard si dans ce film se sont deux vieux qui sont plus sages que les jeunes excités qu'on va croiser parce qu'ils savent garder la religion dans le domaine de l'intime. J'avais un cousin très religieux qui me disait souvent que la foi ne se mesurait pas à la longueur de la barbe. Et moi personnellement, je crois beaucoup à la religion comme un phénomène intérieur. Si la religion devient un concours de qui à la plus grande kippa, la plus grande barbe ou le plus grand voile, on va dans le domaine du sport de combat dans lequel je me sens moins à l'aise.

L.B: Durant l'une des dernières séquences du film, on assiste à une sorte d'exode; et l'un des personnages compare ce périple à l'épisode de l'Arche de Noé, or je vois personnellement une ressemblance avec Israël et ses peuples aux diverses religions.

J.S: Bien sûr! Ce qui est joli, c'est de s'apercevoir qu'on peut construire quelque chose avec nos utopies maintenant. Je me sens très sioniste si Israël constitue comme il a été pour les premiers sionistes le refuge possible pour des gens "pourchassés". Les rêves d'"âge d'Or" par contre, je n'y arrive pas. Theodore Herzl non plus, il expliquait que le sionisme consiste en la possibilité pour les juifs d'émigrer là où ils pourront survivre. Ca, ça me plait beaucoup! Le thème du chat du rabbin est de dire qu'il y a 70ans en Algérie c'était tout autant le bordel que maintenant. Alors n'attendons pas d'excuses avec des rêves essayons de dédramatiser sans employer les utopies. Je suis très pragmatique là-dessus; cela se voit non?

L.B: Et sinon, l'équipe d'Alliancefr.com (et les autres) sera invité à la bar mitzvah du chat?

J.S: Ah, c'est son grand rêve; mais je ne sais pas si ça viendra puisque le prochain drame serait de voir sa maîtresse mariée avec des enfants autours d'elle. Lui qui est terriblement jaloux. Ce n'est pas un hasard si l'une des chansons qu'interprète admirablement bien Enrico Macias dans le film s'appelle" qu'elle ne se marrie pas, qu'elle n'ait jamais d'enfants".  

Interview proposée par Laurent Bartoleschi

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