Pessa’h La fête du rajeunissement par Claude Layani

Le sens de nos fêtes juives - le - par .
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Pessa’h La fête du rajeunissement

Pessa’h est par excellence la fête de la jeunesse. Non seulement parce que la Torah y associe directement les enfants et que les deux grandes soirées pascales sont célébrées à leur intention, selon un cérémonial qui excite leur curiosité, mais parce que d’eux-mêmes les événements commémorés ne peuvent manquer d’émouvoir l’âme pieuse et naïve de nos petits.

Quelle épopée merveilleuse, vraiment susceptible de frapper ces jeunes imaginations, avides de miracles, de surnaturel, que le récit de la Haggadah.

Mais pour les grands, Pessa’h est la fête du rajeunissement. Ce n’est pas sans raison qu’elle tombe dans le mois de la germination (‘hodech Haaviv) et qu’elle coïncide avec l’époque du réveil de la nature. Il y a là une invitation à faire pour les coeurs ce qui se fait pour la nature, à se retremper l’âme dans le flot de vie nouvelle qui passe sur la création tout entière.

Aux adultes qui sont fiers de leur bon sens, de leur intelligence, de leur expérience et qui disent: « Le merveilleux, c’est bon pour les enfants, ce n’est plus de notre temps, ni de notre âge ». Pessa’h répond: Est-il bien vrai qu’il n’y a plus de miracle, plus d’intervention divine à notre époque, pour nous, autour de nous ?

Les actions prodigieuses de D.ieu ne nous environnent-elles pas, au contraire, de toutes parts ? Ne se révèlent-elles pas partout dans l’univers, depuis la germination du brin d’herbe jusqu’à la marche régulière des astres ? Le cerveau humain, un rien dans l’immensité des espaces, qui arrive à concevoir, à contenir dans sa pensée tout ce monde qui le dépasse, n’est-ce pas le plus beau des miracles ? Les lois de la nature, leur régularité, la volonté qui préside à l’élaboration de toutes choses n’est-ce pas là autant de manifestations de D.ieu ?

Nous sommes des êtres qui, ne connaissant que la lumière et ignorant les ténèbres, ne peuvent se rendre compte de l’existence de cette lumière. Nous regardons les objets et les événements avec des yeux habitués d’avance à tous ces spectacles. Mais si nous savions de temps en temps revenir à la fraîcheur de sentiment de la jeunesse, les prodiges de l’univers s’imposeraient à nos yeux. 

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Comme l’écrivait Abraham Heschel dans « D.ieu en quête de l’homme » 

« Parmi tout ce que la tradition religieuse conserve pour nous en dépôt, se trouve un héritage de merveilles. Le moyen le plus sûr de perdre notre faculté de comprendre le sens de D.ieu est de tenir les choses pour établies. L’indifférence à la merveille sublime de la vie constitue la racine du péché »

Péguy l’a souligné également dans une formule célèbre: « Pire qu’une âme habituée, une âme perverse »

L’homme moderne tombe volontiers dans l’erreur de croire que tout peut être expliqué, que la réalité est une affaire simple, où il suffit de mettre un peu d’ordre pour s’en rendre maître. A mesure que la civilisation progresse, le sens du merveilleux perd du terrain

L’humanité ne périra pas par manque d’information mais seulement par manque de jugement. Notre bonheur ne commence qu’au moment où nous comprenons qu’une vie sans merveilleux ne mérite pas d’être vécue. Ce qu’il nous manque, ce n’est pas la volonté de croire mais celle de nous émerveiller.

La conscience profonde et perpétuelle du merveilleux de l’être fait partie de la conscience religieuse d’Israël. Trois fois par jour nous disons dans nos prières: « Nous te remercions de tes miracles qui nous accompagnent et chaque jour, de tes prodiges constants.

Pessa’h nous convie à retrouver en nous-mêmes le sens du merveilleux et le bel enthousiasme de la jeunesse qui, pareil à un feu sacré, couve dans les âmes et attend qu’on vienne en attiser et en vivifier la flamme.

Au moment où tout renaît et se transforme, la fête du rajeunissement demande qu’on s’associe soi-même à l’oeuvre de la nature et qu’on travaille pour sa part à une autre renaissance, à une autre transformation, à son propre renouveau.

 

Claude Layani

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