"Car ceci est mon sang" de Nathalie Rheims

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car_ceci_est_mon_sang.jpgArticle paru dans "Le Point"

Un thriller à la fois religieux et ésotérique, comme un Dan Brown à la française.

Qu'elle soit la fille naturelle des amours croisées d'Ann Radcliffe et d'Allan Kardec, on le savait déjà. Ésotérique dans l'âme, amoureuse de l'invisible, championne des réalités transmuées, experte en nonsense, comme disent nos amis British, Nathalie Rheims s'est amusée à décrypter les secrets des manuscrits de la mer Morte, à converser avec un frère décédé ou un acteur maudit mais trop aimé (Charles Denner), tout en s'adressant, de bouleversante façon, à un amant disparu.

Si l'on a lu L'ombre des autres, Le cercle de Megiddo, Lettre d'une amoureuse morte, Les fleurs du silence, Journal intime, Le chemin des sortilèges, Lumière invisible à mes yeux ou Claude, les sentiers empruntés par Nathalie Rheims, même s'ils surprennent toujours, deviennent peu à peu familiers. Le mystère y est sinon évident, du moins toujours souverain. Prenons ici la narratrice anonyme qui ressemble à l'auteur comme une jumelle et découvre à Jérusalem, au mont des Oliviers, face à la mosquée Al-Aqsa, un ange envoyé par on ne sait quelle puissance mystérieuse.

Savant nobélisable

Le personnage rêvé s'avère être réel. Il se prénomme Damien, est comédien, joue des happenings religieux. Mais sa vraie fonction est plus réaliste : il est éducateur spécialisé dans l'autisme, opérant dans une institution abritée par une abbaye des environs d'Albi, là où vit encore la foi cathare. Juive athée, amoureuse des mystères de la Bible autant que révoltée par les horreurs de l'Inquisition, Lea narratrice, double de Nathalie, part en quête de son apparition, découvre une société technologique américaine avancée spécialisée dans les recherches sur le cerveau. Il y a là un savant nobélisable dont les fructueux travaux sur la maladie d'Alzheimer excitent les convoitises. Puis deux sectes antagonistes, toutes deux inspirées par la foi cathare et l'exigence de pureté, mais aux ambitions contradictoires. Deux journalistes vont aider notre héroïne. Un enfant va mourir si son père, si rationaliste pourtant, ne s'en remet pas à la volonté divine.

Bref, il y a là tous les éléments d'un thriller à la fois religieux et ésotérique, très Dan Brown à la française. Nathalie Rheims, qui a du métier, écrit vif, rapide, clair, cursif, sans fioritures. Et ce qui débutait comme un roman d'amour s'achève en réflexion sur le temps qui va. C'est alerte, troublant. Esprits chagrins, que la vérité d'ailleurs perturbe, passez votre chemin !

Car ceci est mon sang de Nathalie Rheims (Léo Scheer, 158 p., 15 euros).

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