VOLEURS DE CHEVAUX

Chronique Cinéma - le - par .
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voleur_chevaux_haut1.jpgUn film de Micha Wald
Avec Adrien Jolivet, Grégoire Colin, Grégoire Leprince-Ringet, François-René Dupont
Durée : 1h30
Date de sortie : 14 novembre 2007

Avoir
des moyens de low-budget n’empêche pas de belles ambitions. Avec un
budget à minima, Voleurs de Chevaux explore à maxima son univers de
fable guerrière lyrique.

voleur_chevaux_9.jpgAu
tout départ, le premier long métrage du Belge Micha Wald racontait une
autre histoire. Celle de deux frères polonais, fuyant les nazis pendant
la seconde guerre mondiale pour trouver dans une forêt une jeune juive
dont ils tombaient tous les deux amoureux. En essayant de trouver un
financement pour son film, Wald s’est régulièrement entendu dire que
son scénario n’intéresserait personne. A la longue, il a fini par
garder les lignes directrices de son projet et l’a transposé au milieu
du 19e siècle. La volonté et l’art du système D sont restés les forces
motrices de Voleurs de chevaux. Où l’on trouve désormais deux fratries
(Jakub et Vladimir engagés chez les cosaques, Roman et Elias bandits de
petits chemins) liées par un récit de vengeance au long cours. Le tout
dans un coin non identifié de l’Est, « quelque part vers 1856 » comme
l’annonce en préambule le film.

Ce
quelque part est surtout un ailleurs de cinéma. Voleurs de Chevaux
galope autant du côté des fresques westerns façon Michael Cimino qu’en
direction du classicisme lyrique d’un Ridley Scott période Duellistes.
Mais avec moins que le budget avoine pour les chevaux des deux films.
Ces finances sont à la fois l’atout et le désavantage de Voleurs de
chevaux. Les forêts des Ardennes servent d’Ukraine d’occase, les
villages ont l’air de décors pour Playmobils, les dialogues entre
soldats de l’armée tsarine sonnent comme dans un hall d’entrée d’HLM de
banlieue… Aucune importance : Wald ne cherche pas à faire une rutilante
reconstitution d’époque, Voleurs de chevaux porte en lui l’essence
d’histoires éternelles, valides hier comme aujourd’hui. Ici, il n’est
question que de sentiments, forces fondamentales qui meuvent les
hommes. Voleurs de chevaux est une double histoire d’amour, de celui
que se portent les frères. Wald explore les rapports de ces drôles de
couples que sont les fratries, et surtout de l’insupportable douleur
qui aveugle quand ils sont brisés. Voleurs de chevaux suit l’initiation
aux cruelles réalités de quatre enfants grandis trop vite, dans un
contexte de chaos.

voleurs de chevaux

Jakub
et Vladimir comme Roman et Elias vivent un même apprentissage, celui du
monde des hommes où il est souvent plus facile de se défier, se battre,
voire de tuer que d’accepter ses failles. Où l’instinct de survie prend
le pas sur toute autre considération. Aux films de Cimino et Scott,
Wald emprunte, à défaut d’une maîtrise technique, un parcours de fable
existentielle mais surtout un rapport organique à la nature : les
vibrations de l’eau et de la terre enveloppant celles d’êtres de chair
dépassés par leur déterminisme social. En miroir de ce regard
presqu’animiste, s’ajoute un absolu sens de la mise en scène quand il
s’agit d’inscrire les personnages dans une incarnation physique,
presque animale.

La
morale de l’histoire, aussi minimaliste que les moyens mis en oeuvre,
pourra passer pour basique, voire naïve. Elle n’aura pas empêché un
vrai souffle d’ébouriffer l’1h25 que dure le film, propulsé par de
vraies envies de film d’aventure, de corps-à-corps entre psychologie et
scènes d’action pour un résultat inattendu dans la production
européenne actuelle. Voleurs de chevaux est certes ce qu’on appelle un
petit film, mais dont les maladresses (qui ne doivent pas uniquement
aux défaillances logistiques : Adrien Jolivet et Grégoire Colin, les
deux frères aînés du films ne sont pas d’une sobriété exemplaire
contrairement à leurs petits frères d’écran Louis Leprince-Ringuet et
François René Dupont) sont plus que compensées par une énergie et un
lyrisme digne des romans de Joseph Conrad ou de certains Jules Vernes.
Fut-ce t-il au format de poche.

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