Plus tard tu comprendras , Amos Gitaï

Chronique Cinéma - le - par .
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plustard.jpgAmos Gitaï signe une œuvre sensible sur la reconstruction d’une famille confrontée à un passé douloureux. Tout bonnement indispensable.

L’argument : Alors que débute le procès de Klaus Barbie, à la veille de la mort de sa mère, Victor rompt le silence qu’elle a gardé sur la déportation de ses parents et renoue avec ses origines juives. Au-delà de l’évocation de la Shoah et de l’histoire personnelle de Jérôme Clément, ce film reflète l’universalité des rapports mère-fils.

Notre avis : Le peuple juif, son histoire, ses drames et ses richesses sont le fil directeur de la très riche filmographie d’Amos Gitaï, cinéaste israélien. Dans son dernier opus, le réalisateur aborde la judaïté comme une identité à acquérir et à enrichir par la force de ses convictions. Suite à la Seconde Guerre Mondiale, la famille Gornick a camouflé puis annihilé son ascendance juive, allant jusqu’à emprunter le nom de Bastien. Un secret lie tous les membres de la fratrie. Le non-dit entrave peu à peu la solidité des liens du cercle qu’a réussi à entretenir Rivka, pilier fondateur du foyer et ultime survivante d’un passé tragique. Mais, la souffrance et la douleur ne sont pas des sujets que l’on évoque facilement chez les Bastien. Ces émotions vivaces sont enfouies dans le cœur de chacun.
Le cinéaste matérialise ce manque de communication par une absence totale de reconstitution historique. La retransmission du procès de Klaus Barbie que l’on aperçoit sur l’écran du téléviseur suffit à faire comprendre l’ampleur du drame. Pour cependant expliciter quelque peu le mystère, Amos Gitaï inclut quelques flashbacks qui se confondent avec la vie de 1987, le présent de la narration. Un simple mouvement de caméra vers le mur nous fait traverser quatre décennies. Cette confusion temporelle est la preuve significative que le passé n’est pas encore exorcisé. En cherchant la vérité, Victor fait éclater au grand jour les souvenirs et les sentiments refoulés. Mais il permet surtout de faire ressurgir sa culture juive jusqu’à présent latente, mais jamais explorée.
Amos Gitaï filme de loin ces personnages en quête de leur identité perdue. L’essentiel n’est pas dans les corps mais dans l’esprit, dans le cheminement intérieur. De longs travellings parcourant les pièces de l’appartement de Rivka ou suivant Victor au Mémorial de la Shoah rendent compte de cette évolution. Le temps défile laissant progressivement place à l’espoir et au renouveau.
Bouleversés et mus par le désir de voir cette famille réintégrer son identité, nous sommes transportés par ce drame. Amos Gitaï aborde la Shoah avec beaucoup de recul, sans chercher à apitoyer le spectateur ou à lui donner une explication. Les personnages sont présentés sans faux-semblants en proie au doute et avec leurs faiblesses - ce qui les rend humains et proches de nous. La sobriété de la mise en scène évite tout didactisme et donne au film une portée intime. Profondément touchant, Plus tard tu comprendras est un film magnifique : une véritable réussite, tout en retenue et en pudeur.

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