Chronique Cinéma , "L'affaire Rachel Singer"...mensonges et manipulations au Mossad

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affaire_rachel.jpgPARIS — En 2007, un jeune cinéaste israélien, Assaf Bernstein, réalise un long-métrage intitulé "La dette", l'histoire de trois agents des services de renseignements du Mossad, accueillis en héros en Israël pour avoir capturé et éliminé un criminel de guerre nazi. Seulement, la thèse officielle est bien loin de la réalité de ce qui s'est passé entre ces espions israéliens et "le chirurgien de Birkenau"...

Remake américain de "La dette", "L'affaire Rachel Singer" (sortie en salles ce mercredi en France) raconte la même histoire à quelques détails près, mais avec un casting prestigieux et Hollywood aux manettes: John Madden ("Shakespeare in Love") à la réalisation et Matthew Vaughn ("Kick-Ass", "X-men: le commencement") à la production et au scénario.

Porté par deux excellents trios d'acteurs, incarnations des héros jeunes puis âgés, le film navigue entre thriller d'espionnage, triangle amoureux et duel psychologique avec une facilité surprenante. Aux scènes d'action situées dans le Berlin de la Guerre froide, succède un huis-clos étouffant, chargé d'angoisse, de haine et de tension sexuelle. Avec en arrière-plan, toute l'horreur de la Shoah, la torture physique et psychologique, le désir de vengeance, le mensonge, la culpabilité...

Berlin, 1965. Trois jeunes agents du Mossad, Rachel Singer (Jessica Chastain), David Peretz (Sam Worthington) et Stephan Gold (Marton Csokas), orchestrent la traque et la capture de Vogel (Jesper Christensen), le tristement célèbre "chirurgien de Birkenau". L'opération est parfaitement programmée: identification, approche, et enlèvement du médecin nazi dans le but de le transférer en Israël où il sera jugé pour ses crimes passés.

Mais l'opération capote. Vogel est sous la garde des espions dans un vieil appartement berlinois, en attendant son transfert. Lorsqu'il tente de s'enfuir, avant de mourir, la mission du Mossad s'achève et les trois agents rentrent en Israël où ils sont malgré tout accueillis en héros.

Trente ans plus tard, Rachel (Helen Mirren) est toujours adulée dans son pays pour avoir arrêté un tortionnaire nazi. A tel point que sa propre fille vient de publier un livre sur cette mission du Mossad. Mais bien des choses se sont passées depuis. Mariés un temps, Rachel et Stephan (Tom Wilkinson) ont divorcé. David (Ciaran Hinds) a disparu un temps avant de rentrer au pays. Autrefois amoureux de Rachel, il n'a plus jamais été le même homme après Berlin...

Tourné à Londres, à Budapest et Tel Aviv, "L'affaire Rachel Singer" fonctionne sur deux temps: l'année 1965 où se déroule l'affaire et les années 1990 au crépuscule de la vie des héros, avec des flashbacks. Mais au fond, le film tire toute sa force de sa période berlinoise: la mise en scène est classique mais convaincante, le scénario précis, puissant, avec des séquences extrêmement éprouvantes. Rencontre entre le "chirurgien de Birkenau" devenu gynécologue et la jeune juive, obligée de se laisser ausculter, attente interminable dans une station de métro désaffectée de Berlin-Est sous la garde des soldats de la RDA, séquestration du tortionnaire dans un trois-pièces sordide: tout est écrit avec une efficacité redoutable.

Le trio âgé, Helen Mirren-Tom Wilkinson-Ciaran Hinds, est impeccable bien entendu. Jesper Christensen incarne son rôle d'ancien nazi avec une grande subtilité. Quant au trio Sam Worthington ("Avatar"), Rachel Chastain ("L'arbre de vie") et Marton Csokas ("La mort dans la peau"), il livre une performance intense, tout en vulnérabilité et agressivité rentrées, à la mesure des dilemmes moraux auxquels leurs personnages sont confrontés.

"Le film est un thriller centré autour de l'idée d'une vie construite sur un mensonge. Quelles sont les répercussions, trente ans plus tard? Comment des individus parviennent-ils à vivre avec cette culpabilité et cette honte?", s'interroge Sam Worthington.

Exploration des limites de la morale, de l'ambition et de la raison d'Etat, plongée dans les tourments psychologiques de la deuxième génération après la Shoah et leur soif de vengeance, ce remake américain de "La dette" souffre toutefois d'une construction un peu bancale, marquée par des flashbacks et une séquence finale plutôt maladroite. "L'affaire Rachel Singer" n'en demeure pas moins un excellent film d'espionnage et un puissant drame psychologique.

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