Sophie Nezri

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Sophie Nezri est maître de conférences à l’Université d’Aix-Marseille, spécialiste des écrivains juifs italiens de la Shoah (Primo Levi, Giorgio Bassani).
Elle est également présidente de l’Institut d’études et de cultures juives de cette même université (https://iecj.univ-amu.fr/).
Elle est co-responsable de l’antenne du Collectif NousVivrons pour Aix-Marseille-Avignon.

Les articles de Sophie Nezri

Israël, génocide ou pas ? de Sophie Nezri

civils israéliens par les terroristes aidés par des civils palestiniens ?

Génocide ou pas ?

Mais pourquoi existe-t-il cette accusation contre Israël de commettre un génocide ?

Tandis qu’au Soudan, des milliers d'enfants et de femmes sont tués à travers une véritable purification ethnique, tandis que les Ouïghours sont déportés et stérilisés par la Chine par milliers, tandis que Poutine impose la suprématie russe sur l'Ukraine en tuant des milliers d'habitants, pourquoi les condamnations se concentrent-elles essentiellement sur Israël ?

Inversement, pourquoi l'opinion publique, surtout celle dite progressiste et humanitaire, « de gauche », devient-elle soudainement si tolérante face à ces massacres dans le monde tout en s'acharnant avec une telle violence obsessionnelle contre Israël ?

Pourquoi n'organise-t-on pas aussi des manifestations, des boycotts, des actions dans les universités, des propagandes mondiales contre la Chine, la Russie, l'Azerbaïdjan qui tue le peuple du Haut-Karabakh ?

Serait-ce parce que les assassins ne sont pas juifs ? Non, ce n'est pas possible, ce serait tellement absurde et injuste... Tout comme il est totalement absurde d'accuser les Juifs (car les Israéliens sont des Juifs et Israël est le « juif des pays ») de ce qu'ils ont subi, la Shoah, véritable génocide.

Si l’on se base sur la définition du mot « génocide » proposée par l’ONU, on se souviendra que le mot génocide répond à une définition précise qu’il ne faut pas utiliser à tout-va, comme c’est le cas ces derniers mois.

Le mot « génocide » a été conçu par R. Lemkin (Lemkin, R., Axis Rule in Occupied Europe: Analysis, Proposals for Redress, Washington, 1944) pour décrire « un plan coordonné de différentes actions visant à la destruction des bases essentielles de la vie de groupes nationaux, dans le but d’anéantir les groupes eux-mêmes ».

Il a été utilisé pour la première fois dans l’acte d’accusation contre les criminels nazis jugés devant le Tribunal militaire international de Nuremberg dans le seul but de décrire dans leur ensemble les actes criminels commis contre les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale (Procès des grands criminels de guerre devant le Tribunal militaire international, Nuremberg, 14 novembre 1945 - 1er octobre 1946, vol. I, Nuremberg, 1947, 46).

Ce n’est qu’avec l’adoption unanime par l’Assemblée générale de l’ONU de la résolution 96 (I) du 11.12.1946 que la communauté internationale manifesta la claire intention de réprimer le génocide en tant que « crime en vertu du droit international », et l’interdiction de commettre un génocide fut traduite en normes de droit positif avec l’adoption, par la même Assemblée générale (résolution 260A (III) du 9.12.1948), de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, entrée en vigueur le 12.1.1951.

L’article I de la Convention affirme que « le génocide, qu’il soit commis en temps de paix ou en temps de guerre, est un crime en vertu du droit international ».
L’article II suivant donne la définition de l’infraction : « par génocide on entend un des actes suivants, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, en tant que tel : a) meurtres de membres du groupe ; b) atteintes graves à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe ; c) le fait de soumettre délibérément le groupe à des conditions de vie destinées à provoquer sa destruction physique, totale ou partielle ; d) mesures visant à empêcher les naissances au sein du groupe ; e) transfert forcé d’enfants d’un groupe à un autre ».

L’article III déclare punissables, en plus du génocide, la complicité dans le génocide, l’entente en vue de commettre un génocide, l’incitation directe et publique à commettre un génocide et la tentative de génocide.

Sur la base de cette définition précise, examinons ce qui s'est passé en Israël et à Gaza depuis le 7 octobre 2023 et voyons s'il est juste ou non d'utiliser le mot « génocide » pour la situation actuelle à Gaza.

Le matin du 7 octobre, Israël allait célébrer la Simhat Torah, la fête de la joie de la Torah, et négligea alors la surveillance des frontières de Gaza, par rapport auxquelles il n’avait aucun objectif. Israël n’avait pas l’intention d’attaquer Gaza, au contraire.

De plus, Gaza n’est plus occupée par Israël depuis 2005 ; il faut aussi le rappeler, car beaucoup prétendent le contraire.

Le matin du 7 octobre, des jeunes Israéliens idéalistes terminaient de profiter d’un festival pour la paix ; dans le même temps, depuis les kibboutz qui furent attaqués, des ballons de paix étaient envoyés à la population de Gaza dans l’espoir d’établir une véritable paix.

Intentions de génocide du côté israélien ? Non, évidemment : un génocide se prépare, il est programmé, souvent longtemps à l’avance, comme l’attaque du Hamas, préparée avec soin pendant des mois et des mois, avec l’aide de l’Iran.

Le 7 octobre, des crimes horribles furent commis, que nous connaissons tous et que nombreux veulent oublier ou pire, faire taire : viols, personnes brûlées, coupées en morceaux, sexes et seins coupés, enfants jetés dans les fours…

Maintenant, rappelons-nous une partie de la définition du génocide évoquée ci-dessus : « atteintes graves à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe ; le fait de soumettre délibérément le groupe à des conditions de vie destinées à provoquer sa destruction physique, totale ou partielle »…
L’attaque de Hamas n’a pas été un génocide, heureusement, mais elle a été menée dans une intention génocidaire, car il ne s’agissait pas d’une guerre programmée (c’est-à-dire un affrontement entre soldats), mais d’une volonté de tuer des milliers de « Juifs » (c’était le mot utilisé par les terroristes de Hamas, pas « Israéliens ») en tant que Juifs et parce que Juifs (« yehud », criaient-ils en les tuant).

Le même jour, on criait à Gaza par le Hamas, au Sud du Liban par le Hezbollah, au Yémen par les Houtis, qu’il fallait tuer le plus grand nombre possible de Juifs, en Israël mais aussi dans le monde entier.
Rappelons-nous l’article III de la définition du génocide, qui déclare « punissables, au-delà du génocide, l’entente en vue de commettre un génocide, l’incitation directe et publique à commettre un génocide, la tentative de génocide et la complicité dans le génocide »…

Cela annonçait bien la volonté de génocide, sans parler de l’expression glaçante, chantée aujourd'hui dans le monde entier, non seulement par les Arabes mais aussi par des étudiants européens ou américains qui ne réalisent pas la gravité de leurs slogans : « du fleuve à la mer », c’est-à-dire l’annihilation pure et simple de la population israélienne pour la remplacer par la population palestinienne.

Heureusement, le génocide n’a pas été réalisé, car Israël s’est défendu, mais l’intention était bien celle d’un génocide, comme cela est déclaré dans la charte de Hamas depuis le début.

En octobre 2023, Israël est attaqué sur sept fronts : le Hamas cherche à monter plus au nord pour tuer un maximum de civils, leurs missiles continuent d’être lancés sur le territoire israélien. Le Hezbollah attaque le nord d’Israël. Et des attaques en provenance de Syrie, de Cisjordanie, d'Irak, et d’Iran se multiplient.
A-t-on jamais pensé une minute qu’en l’absence du Dôme de fer, il y aurait eu des milliers de morts israéliens sur le territoire de l’État juif, depuis des années et plus particulièrement ces derniers mois ?

Il faut en effet rappeler, et cela est souvent oublié volontairement, qu’il existe une volonté génocidaire de la part des Palestiniens contre Israël, car le Hamas est palestinien, il faut le rappeler de temps en temps. Ce n’est pas une entité indépendante par rapport au peuple palestinien.

Maintenant, cette volonté totalement explicite, en fait célébrée dans de nombreux pays arabes, de supprimer l'État d’Israël, ne semble pas choquer la sensibilité européenne, ni même américaine. Pourquoi ?

Mais revenons à la réaction d’Israël après le plus grand massacre de Juifs depuis la Shoah. Que devait faire Israël après ce massacre, après cette volonté de tuer le plus grand nombre possible de civils israéliens par les terroristes aidés par des civils palestiniens ?

Attendre et laisser le Hamas pénétrer de plus en plus dans le territoire israélien et tuer de plus en plus d’enfants, de femmes enceintes et de personnes âgées ? Laisser le Hamas continuer de lancer des centaines de missiles sur Tel Aviv et ailleurs ?

Comme tout pays agressé, Israël a dû répondre pour se protéger et aussi pour récupérer les otages qui avaient disparu dans les tunnels infernaux construits par les terroristes palestiniens  : les otages, âgés de 9 mois à 85 ans, ont été battus, violés, humiliés, torturés, enfermés dans des cages et maltraités quotidiennement, tout comme l'ont fait les nazis eux-mêmes.
Les nazis ne voulaient pas seulement tuer les juifs, mais les animaliser et les humilier avant.

Pourquoi le Hamas a-t-il enlevé des enfants ? Est-ce une guerre ? Non, c'est la volonté de s’en prendre « à un groupe national, ethnique, racial ou religieux, en tant que tel » dans le but de le faire disparaître, comme l'ont déclaré à plusieurs reprises les dirigeants du Hamas.
Leur objectif est de faire disparaître la nation israélienne de la surface de la terre.

Après avoir bombardé le territoire palestinien, Israël n'est entré à Gaza que le 27 octobre. Pourquoi pas avant ?
Justement parce qu'Israël voulait donner à la population le temps de se déplacer plus au sud pour ne pas être victime de la réponse israélienne visant exclusivement les terroristes, seuls objectifs des soldats de Tsahal.

Cet exode a été difficile, car le Hamas a souvent interdit et empêché les Palestiniens eux-mêmes de se déplacer, de partir. La stratégie du Hamas a toujours été de provoquer un maximum de victimes parmi les Palestiniens afin que l'opinion internationale change d’attitude après la vague d'empathie -très rapide, voire fugace- pour Israël, survenue après le 7 octobre.

En effet, il faut noter à ce propos que le Hamas n'a jamais cherché à protéger sa population ; au contraire, il s'est volontairement caché sous les hôpitaux et les écoles pour maximiser le nombre de victimes, ce qui s’appelle un crime de guerre.
Pourtant, avec ses centaines de kilomètres de tunnels, le Hamas aurait pu sans difficulté protéger sa population en lui fournissant un abri. Cela aurait permis de sauver de nombreuses vies innocentes et de réduire le nombre actuel de victimes.

Au lieu de cela, les terroristes se sont réfugiés eux dans les tunnels (financés par des fonds européens destinés au développement de Gaza), laissant la population à découvert, comptant sur un nombre maximum de victimes et se frottant les mains.

Une stratégie diabolique et cynique visant à augmenter le nombre de morts palestiniens, mais qui a parfaitement fonctionné, peut-être même mieux que prévu. Il suffit de constater la montée de l'antisémitisme qui sévit depuis un an.

En outre, notons que si Israël avait voulu commettre un génocide, aurait-il quotidiennement averti les populations de Gaza de s’enfuir à l'aide de messages téléphoniques, radiophoniques et même écrits ?
De plus, si Israël avait voulu commettre un génocide contre la population de Gaza, quelques secondes lui auraient suffi : avec les armes et les bombes qu'il possède, Israël aurait pu éliminer une grande partie de la population de Gaza en quelques minutes.

Ces faits montrent clairement que l'accusation de génocide ne tient pas. Elle répond plutôt à un sentiment malsain de culpabilité de la part d'une Europe responsable de la Shoah, qui cherche à inverser les accusations, à renverser la situation et à se dédouaner en transformant ses victimes (les juifs de la Shoah) en bourreaux (les Israéliens méchants et cruels, prétendument assoiffés de sang).

Ainsi, ils se sentent libérés et peuvent, de nouveau, accuser les juifs de tous les fléaux modernes, comme ils l'ont fait à chaque siècle.

Le 7 octobre Un an déjà, début du séisme par Sophie Nezri

7 octobre massacre par le Hamas

Le 7 octobre Un an déjà, début du séisme

Il y a presque un an, 1 200 personnes ont été tuées de manière atroce et barbare.
Parce qu'elles étaient israéliennes. Parce qu'elles étaient juives.

Parce qu'habitants d'un minuscule pays, aussi minuscule qu'une région française qui, du fleuve à la mer, doit être débarrassé de ses Juifs, définitivement et radicalement, selon l'idéologie et la folie du Hamas, du Hezbollah, de l'Iran et d'autres, c'est-à-dire selon des fanatiques, des terroristes (que l'on oublie souvent de définir en Europe comme des racistes, des nationalistes, des misogynes, des homophobes) et qui agissent à partir d'une obsession terrible : supprimer toute présence juive dans cette région du Moyen-Orient, terre supposée (uniquement) arabe et musulmane, qui ne doit pas être « polluée »  par la présence de Juifs ni des valeurs occidentales. 

Le 7 octobre 2023, le Hamas, aidé par le Hezbollah, tous deux aidés par l'Iran et les gardiens de la Révolution Islamique, a assassiné, brûlé, éventré, violé, coupé en morceaux  des personnes pacifiques, idéalistes, vieilles et jeunes, qui dansaient pour la paix, qui travaillaient aussi avec les habitants de Gaza, des kibboutzniks qui avaient appris aux Palestiniens à travailler, à cultiver, qui les avaient invités à leur table, qui leur avaient fait confiance, qui espéraient la coexistence de deux États.

Ces terroristes ont tué des enfants et des vieillards, ils ont arraché des fœtus du ventre de leur mère et les ont brûlés, ils ont forcé des enfants à regarder des terroristes violer, tuer et brûler leur famille.

Ils voulaient déshumaniser avant de tuer.  Comme les nazis.  Avec une violence et une euphorie ahurissantes.

Dans ces actions, il y avait bien une volonté génocidaire : il fallait tuer le Juif et l'Occident : le Juif haï, le Juif qui représente les valeurs humanistes, la démocratie, la liberté, le pluralisme, l'altérité, l'hybridisme, une présence non musulmane qui pourrait remettre en cause un ordre social et religieux autoritaire, intégriste et univoque.

Ils ont aussi enlevé 250 personnes et même des cadavres, pour les monnayer....

Parce qu'ils savent que dans la tradition juive, la récupération et le respect des corps sont centraux, sacrés.

Ils ont enlevé des Juifs mais aussi des Arabes, des Bédouins, des chrétiens, des bouddhistes : des Israéliens mais aussi des Français, des Argentins, des Américains, des Thaïlandais, des Chinois...

Des gens qui travaillaient ensemble en Israël, dans la pluralité et le respect qu'Israël permet.

Les terroristes du Hamas ont enlevé des personnes âgées qui avaient connu la Shoah en Europe.

Les terroristes du Hamas ont enlevé et tué des jeunes qui se battaient pour la paix, pour les Palestiniens, pour la fraternité universelle.

Ils ont enlevé des familles entières, comme la famille Bibas : le père, la mère et les deux enfants : Kfir avait 9 mois, son frère Ariel 4 ans.

Tous les quatre vivaient dans un véritable éden, leur kibboutz.

Leur vie était belle et humble, généreuse et simple.

Kfir a eu un an dans les tunnels du Hamas. Il est le plus jeune otage du monde.

Les grands-parents, militants de gauche et partisans de la paix avec les Palestiniens, originaires du Pérou et d'Argentine, habitants du magnifique kibboutz Nir Oz, aujourd'hui détruit, sont morts dans les flammes de leur maison incendiée par les terroristes.

Dans les tunnels de Gaza, ou dans des familles palestiniennes payées pour garder chez elles des personnes kidnappées, les otages sont torturés, violés, affamés, battus, mis en cage.Comme des animaux. Pendant des mois. Certaines femmes sont probablement enceintes, mères des enfants de leurs bourreaux.

Beaucoup sont morts, souvent dans l'indifférence totale de l'Occident.

Pourquoi ? Aujourd'hui, il ne reste peut-être plus qu'une cinquantaine d'otages en vie....

Aujourd'hui, l'Occident est confronté à un choix fondamental et doit se battre pour ne pas céder, pour ne pas retourner à l'époque sombre du Moyen-Âge ; il doit se battre pour ses valeurs universalistes : pour un monde de liberté, de libre arbitre, de critique, de réflexion et aussi d'impertinence.

Il ne doit pas se tromper de combat….
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Cet article a été publié en italien dans la revue de psychologie « Chai and Life »