Laurent Bartoleschi: Bernard Campan, on vous retrouvera cet été, une fois n'est pas coutume à la Télévision, non pas pour un retour de la Télé des Inconnus, mais plutôt pour un téléfilm, une superproduction pour Arte. Revivre, où le douloureux périple d'hommes de femmes venant d'un peu partout qui tentent par tous les moyens de se rendre sur la Terre Promise Israël. Comment vous êtes vous retrouvez, non pas sur le bateau (on y reviendra plus tard), mais dans un film de Haïm Bouzaglo? Connaissiez-vous son cinéma?
Bernard Campan: J'ai connu la patte de Haïm Bouzaglo, lorsque l'on m'a présenté le scénario de Revivre, avec en petit cadeau l'un de ses films, qu'il avait tourné en Israël (Janem, Janem, NDLR). Je l'ai trouvé tout simplement superbe; très fort, avec peu de chose, et je me suis dit que ce Monsieur allait faire quelque chose avec une forte intensité. Du coup, cela a était vite déterminant pour me décider à me jeter dans l'aventure.
Je me suis dit que chaque projet est une aventure en soi, et il était clair que cette expérience cinématographique sur la durée (plus de 4h, lorsque l'on rassemble bout à bout les épisodes), qui raconte sous forme de fresque la naissance de l'Etat d'Israël, je n'aurai pas eu l'occasion de me rapprocher sous une autre forme, en plus passer un mois et demi en Israël. C'était une très belle occasion, j'ai senti que cela valait le coup, que cela allait être une aventure forte, et je peux vous le dire que je ne me suis point trompé!
L.B: Dans le film, il y a des gens venant de toute sorte d'horizon, du Maroc, de l'Algérie, de la France, de la Pologne…, leur point commun, ne serait ce donc pas le nouveau départ?
B.C: Revivre concerne tous les personnages et cette force d'espérance mélangée à cette souffrance amène un point commun le Nouveau Départ. Tous ses gens sont pourtant singuliers dans leur être, dans ce qu'ils sont; ils se retrouvent broyés, perdus, malheureux, avec en eux un espoir, celui de la création de l'Etat d'Israël. Je pense qu'Antoine ressemble aux autres personnages, peut être pas tous certes, puisque chaque histoire rejoint celle de l'autre.
L.B: Côté distribution, une très belle brochette de comédiens nous est servie: Sara Forestier, Marc Reuchman, Marie F. Pisier, Nadia Fares, Jocelyn Quivrin. Cependant, Haïm Bouzaglo compare cette équipe à une véritable tour de Babel. En regardant attentivement le film, on se dit qu'il n'ya pas de premiers rôles, ni de seconds. Qu'en pensez-vous?
B.C: Vous faites une excellente remarque! Il n'y a pas en effet de personnage central. A ce titre, j'avais vu l'importance qui était donné aux petits rôles, ceux qui n'avaient pas de textes: ils portaient en eux très souvent leur Propre Histoire de leur famille, leurs amis, leurs grands parents, etc., bref ils avaient leur canevas, ils savaient qui ils étaient, d'où ils provenaient. Ils étaient ainsi présents dans les (éventuelles) scènes d'improvisation que nous demander Haïm. Par exemple, sur le bateau, il y avait une séquence totalement improvisée, dont je me disais où les comédiens allaient ils aller. Et finalement, quand je la revois, je me dis qu'elle déborde d'émotion. Il faut savoir que rien n'a été répété, la camera se baladait ce qui amenait en permanence une certaine fragilité. Le réalisateur a fait très fort la dessus.
L.B: Vous interprétez un catholique, et sur le bateau, vous semblez être comme un peu perdu; vous avez l'air d'être le spectateur témoin de ce théâtre humain, non?
B.C: Quand j'ai rencontré Haïm, je lui tout de suite expliqué que je n y connaissais rien à tout point de vue, aussi bien religieux, politique que sur la période de la création de L'Etat d'Israël. Il m'a répondu que c'était exactement le personnage d'Antoine, et qu'il ne fallait surtout pas que je me renseigne de quoi que ce soit."Tu es l'œil extérieur, l'intrus dans tout cela", me disait-il. Un véritable témoin comme vous dites pour toutes les personnes qui ne sont pas juives, ne connaissant pas cet épisode. J'ai ma part de souffrance, on est tous des êtres humains, mais c'est vrai que je suis un peu le passeur de cette histoire.
L.B: Discret, certes, mais quand vous assistez à certaines difficultés que rencontre les émigrants, vous n'hésitez pas à intervenir. Y compris, lors d'un dialogue entre les arabes et les juifs. Seriez-vous un petit porte bonheur?
B.C: Est-il utopiste? Porte bonheur je ne sais pas, puisque le malheur le frappera à lui aussi. Personnellement, ce rôle me convient bien, puisqu'il ne juge pas; il fait en sorte que l'on est tous des êtres humains. C'est un film où le thème serait comment nous entendre au mieux, comment créer la solidarité, comment être généreux, comment ne pas juger, et je pense qu'Antoine détient un peu cela dans sa tête.
L.B: Dans un épisode, vous dîtes, tout simplement, n'y aurait il pas de la place pour deux peuples sur cette terre (nous sommes en 1947); quel regard portez vous sur la région aujourd'hui?
B.C: Je n'aime pas trop les "il faudrait…","il devrait…", puisque cela correspond toujours à un idéal. Maintenant, on peut en avoir un et derrière ça, être le plus pragmatique possible sans en faire une idéologie. "On est tous frères, vivons ensemble!", lance Antoine. J'aimerais que cela devienne une réalité.
L.B: Vous incarnez une sorte de Juste finalement dans Revivre. Beaucoup de comédien ont connu un lourd passé; quant n'était-il pour vous et votre famille?
B.C: Ma mère qui vivait dans les Alpes, avait senti les restrictions de la guerre, même si elle avait de quoi manger et de quoi s'habiller. Contrairement à mon père (qui habitait le Sud Ouest), avait rencontré des moments plus difficiles, ma grand-mère allant jusqu'à prendre des risques pour lui. Mais bon cela reste pittoresque, il n'y a pas eu de drame en profondeur, ou bien on ne me les a jamais dit!