Laurent Bartoleschi

Je m'appelle Laurent Bartoleschi, actuellement attaché de production à Radio France International( RFI).
J'ai connu Alliance en 2009, tardivement donc, d'où j'avais proposé à Mme la Présidente-Claudine Douillet, de rédiger quelques articles cinéma. Chose établie puisque jusqu'à aujourd'hui, après en avoir réalisé plusieurs, de couvrir les festivals de Cannes et de Deauville, ainsi que maintes interviews, je suis reconnu par les professionnels de la profession, étant donné qu'ils me délivrent chaque année, depuis 2010, ma carte de critique. Une belle reconnaissance, à vrai dire. Merci à toute l'équipe d'Alliance, en espérant que cette collaboration ne soit qu'un début.

Les articles de Laurent Bartoleschi

En kabbale avec Scholem

Gershom-Scholem_L-Herne.jpgA suivre : «Gershom Scholem:  penser la kabbale»,
un séminaire animé par Laurent Cohen, du 7 au 10 janvier,
tous les soirs à 19h30, au Centre communautaire de Paris,
119, rue Lafayette, 75010. Tel : 01-53-20-52-52

Par un travail titanesque de traduction de nombreux manuscrits oubliés, et quelques ouvrages essentiels («les Grands courants de la mystique juive», «la Kabbale» ou «Sabbataï Tsevi»), l'historien Gershom Scholem, né à Berlin en 1897 et mort à Jérusalem en 1982, a littéralement créé les études kabbalistiques modernes.

Pour qui voudrait pousser plus loin la connaissance de la pensée et de l'œuvre de Scholem, la lecture du numéro que lui consacrent les Cahiers de l'Herne s'impose.

Dans une première partie (168 pages, inédites en français), on trouvera d'abord  une série d'entretiens où Scholem évoque ses choix politiques, ses amitiés, notamment avec Walter Benjamin et Agnon, suivie de textes de Scholem lui-même, échelonnés entre sa prime jeunesse et ses dernières années, qui offrent des éclairages parfois surprenants sur son itinéraire intellectuel. La deuxième partie réunit quant à elle des essais, souvent éblouissants, d'une quinzaine d'auteurs de haut vol, d'Adorno à Steiner en passant par Furet, Habermas, Idel, Moses ou Schäfer. Un ajout essentiel aux études scholémiennes.

Et comme le hasard fait parfois bien les choses, cette parution coïncide  heureusement avec un séminaire intitulé «Gershom Scholem : penser la Kabbale», qui va se tenir du 7 au 10 décembre, au Centre communautaire de Paris. Il sera animé par l'écrivain et essayiste Laurent Cohen, grand lecteur de Scholem.
Au programme : «L'approche scholémienne du Zohar: entre critique historique et philologique», puis «L'hérésie dans le judaïsme: études scholémiennes sur Sabbataï Tsevi et Jacob Frank» (le 7), «Gershom Scholem et Walter Benjamin: un dialogue exemplaire» (le 8), «Gershom Scholem et le hassidisme» (le 9), et enfin «Gershom Scholem et l'idée de retour à Sion» (le 10).

A lire : «Scholem», L'Herne, 328 p., 39 euros

A suivre : «Gershom Scholem:  penser la kabbale»,
un séminaire animé par Laurent Cohen, du 7 au 10 janvier,
tous les soirs à 19h30, au Centre communautaire de Paris,
119, rue Lafayette, 75010. Tel : 01-53-20-52-52

Interview de Florence Kahn pour Le Grand Livre de la Cuisine Juive Ashkénaze

ask.JPGLe Grand Livre de la Cuisine Juive Ashkénaze de Florence Kahn et Stéphane Lagorce aux éditions Hachette Pratique.   

C'est en plein cœur de Saint Paul à Paris que Florence Kahn nous a donné rendez vous, dans sa boutique même (qui porte son nom), qui existe depuis plus de vingt ans. Dès que vous y rentrez, vous avez comme l'impression d'avoir été transporté dans une quatrième dimension: s'y mêlent aussi bien des odeurs de douceurs, de charcuteries, que de gens parlant le yiddish, le personnel tout comme la clientèle (des habitués, certainement). L'entretien se fait en pleine cuisine: des parfums sucrés salés me donnent l'eau à la bouche, mais on se calme, il n'est que 10h du matin. Aussi, je repars avec une hala, pardon une Hale qui venait sans doute de sortir du four et qui n'a pas fait long feu. D'ailleurs petit conseil, si vous devez acheter vos pains de shabbat, prenez en au moins un en plus… pour la route! 
 
Laurent Bartoleschi: Quelle serait La différence fondamentale entre la cuisine ashkénaze et la cuisine sépharade?

Florence Kahn:
La cuisine ashkénaze n'est pas une grande cuisine, ni une cuisine raffinée, mais plutôt une cuisine pauvre et surtout de nostalgie: il faut se rappeler que dans les pays d'Europe Centrale, la Pologne, la Russie, la Hongrie, la Roumanie, il n'y avait pas beaucoup de soleil, donc peu de produits colorés. Aussi, c'est principalement une cuisine modeste à base de choux, de pommes de terre, d'oignons. Bref de choses simples peu onéreuses.

L.B.: Selon vous pourrait-on dire que la cuisine juive est forcément une cuisine Kasher?ASKCUI.gif

F.K.: Ce livre est à la portée de tous. Faire ce livre serait de donner la possibilité aux uns et aux autres de "faire ce qu'ils veulent". Oui c'est "permis" lorsque l'on n'est pas religieux; mélanger le lait et la viande n'est certes pas autorisé pour les gens pour qui la kasherout est fondamentale, par contre, ceux qui ne suivent pas ont le droit de faire un petit peu comme ils désirent. Cependant, il n'y a pas beaucoup de recettes où le mélange est présent; celles où il en est question je précise beurre ou margarine, de manière à laisser le choix à chacun. La cuisine juive est une cuisine de tradition, tandis que la cuisine Kasher est une cuisine de religion. 

L.B.: Les gens se rabattent la plupart du temps sur les mêmes plats, alors qu'il y en a plein d'autres, non?

F.K.: Ceux sont quand même Les incontournables. Sinon vous avez par exemple, le bouillon de poulet cuit avec ses légumes accompagné des Kneidlers ou des Kreple'h; le Gefilte fish avec le raifort; la charcuterie et ses cornichons; pour le dessert, je vous propose le gâteau au fromage, le Linzertorte ou le Sachertorte. Tous ces plats font parti de la table de fête, mariage, Brit Mila, Bar Mitzva sans oublier les fêtes : Pessah, Kippour, Roch Hachana… Ces plats reviennent, en effet, mais pour notre plus grand plaisir!

L.B: Comment expliquez-vous que la cuisine ashkénaze trouve sa place un peu partout dans le monde?

F.K: La cuisine a pour particularité de se balader; elle épouse les endroits où les juifs se sont posés, avec leurs produits. Au départ, la cuisine ashkénaze était uniquement polonaise ou russe, pour ensuite s'élargir à travers le monde: elle a voyagé de l'Amérique du Sud, en Afrique du Sud en passant par le Canada. Le Bagel, par exemple, vous allez me dire qu'il s'agit d'une spécialité Newyorkaise? Pas du tout! Cela fait partie du patrimoine culinaire polonais, les juifs qui ont émigré aux Etats Unis ont emporté avec eux leurs recettes et habitudes alimentaires. Aujourd'hui vous voyez aussi bien des juifs religieux que des mexicains manger du Pikel dans un Bagel avec un strudel! C'est ce mélange riche qui est important qui permet d'élargir la cuisine ashkénaze.

L.B: Israël est un pays très friant des plats ashkénazes (du Tchoulent, en passant par le Schnitzell), pourtant il y a plus de sépharades que d'ashkénazes…

F.K: Qui est allé construire Israël en 1948? Ben gourion, Golda Meir… Soixante ans plus tard, on trouve de tout en Israël, aussi bien de la cuisine ashkénaze que de la cuisine sépharade, en fonction des gens qui sont arrivés avec leurs traditions alimentaires; dans quelques années, on trouvera pourquoi pas des recettes africaines amenées par les falashas. Le monde est ouvert à toutes ces recettes en fonction des immigrations, et Israël principalement qui est un pays peuplé exclusivement de la Diaspora. Mais détrompez vous, on retrouve beaucoup plus de cuisine ashkénaze aux Etats Unis qu'en Israël!   

Le Grand Livre de la Cuisine Juive Ashkénaze de Florence Kahn et Stéphane Lagorce aux éditions Hachette Pratique.   

Laurent Bartoleschi

Des juifs hassidiques saisis à Val-Morin

La communauté juive hassidique de Val-Morin, dans les Laurentides, a été saisie.

Comme le rapporte La Presse jeudi, la communauté a perdu sa colonie de vacances ainsi que sa synagogue. En fait, le maire de l'endroit, Pierre Delage, soutient qu'ils n'avaient pas payé certaines redevances depuis deux ans.

Trois des quatre propriétés de la congrégation vendues ont été acquises par la municipalité le 18 novembre pour non-paiement des taxes municipales. L'autre est allée à un particulier. La mise à prix des propriétés qui ont été visées par la municipalité était de 207 750 dollars, soit 25% de la somme qui est inscrite au rôle d'évaluation. Le quotidien spécifie qu'après que le shérif aura remboursé la ville ainsi que la cour municipale et qu'il aura réglé certains frais, il donnera le reste de la somme à la communauté juive.

La communauté garde cependant son école et d'autres bâtiments. Si elle a lieu, la contestation de la vente devant les tribunaux devra être faite d'ici 180 jours.

Le conflit entre la municipalité et la communauté juive est connu publiquement depuis plusieurs années. L'an dernier, la Cour suprême avait décidé de ne pas entendre la cause de la communauté juive Belz contre la municipalité de Val-Morin. La congrégation avait déjà été déboutée deux fois devant les tribunaux relativement à ce dossier, soit devant la Cour supérieure et la Cour d'appel.

Dis leur que la verité est belle, une pièce de Jacques HADJAJE

DISLEUR.jpgAvec : Isabelle Brochard (Aimée), Sébastien Desjours (Gaston, qui a été très remarqué a Avignon Off 2009 dans le Bal de Kafka de T. Daly mise en scène Isabelle Starkier), Anne Didon (Arlette, Leïla), Anne Dolan (Brigitte, Cécile), Guillaume Lebon (Albert), Delphine Lequenne (Olga), Laurent Morteau (Goerges, Spirit).

Après un succès public et médias au Festival Off d'Avignon 2009, elle revient au  Théâtre de l'OPPRIME - 75012 PARIS. du 25 novembre au 23 décembre à 20H30 et le dimanche à 17H.

Ecrit et mis en scène par Jacques Hadjaje, DIS LEUR QUE LA VERITE EST BELLE, est une belle narration qui évoque le départ d'Algérie vers Créteil.

Cette fracture, cette blessure, n'est pas sans heurts. Cette famille unie, s'est dispersée dans les méandres de la grande ville. La douceur de vivre qui illuminait la famille Chouraqui, les a peu à peu quittée. C'est l'arrachement d'une terre aimée portée par les souvenirs joyeux et saisissants d'amour, qui transparait au fil de la pièce ; cet arrachement qui laisse le goût redoutable d'une tristesse amère nourrie de mensonges et de pleurs.

Puis, les années se sont écoulées, le narrateur, alors enfant au moment de cet atterrissage à Créteil, raconte grâce à des flash-back pertinents, son histoire et évoque ses souvenirs, heureux, tristes, avec sourire, humour, pour rester proche de ses racines d'antan.

Un spectacle plein d'émotions, de douceurs, plongé dans l'histoire, l'histoire de toute une communauté.

Rapt, avec Yvan Attal

Rapt2.jpgLe 18 novembre sortira sur nos écrans le tout nouveau film de Lucas Belvaux (connu pour sa fameuse trilogie, Un Couple Epatant- Cavale- Apres la Vie) Rapt. Inspiré indirectement de l'enlèvement de l'homme d'affaire belge Edouard J. Empain lors de l'année 1978; le Baron laisse la place à Stanislas Graff, toujours homme de pouvoir, qui est enlevé juste devant son appartement de l'avenue Foch. Cet homme qui a tout au premier abord, va connaitre un calvaire proche de l'insoutenable et ce pendant plusieurs semaines.

A l'extérieur de sa geôle, l'opinion découvre au fur et à mesure la vraie personnalité de cet homme: son jardin secret ne le sera plus aux yeux de ses proches collaborateurs, de la presse et surtout de sa femme! Lucas Belvaux a fait appel pour jouer le rôle principal à Yvan Attal; un Yvan Attal comme on ne la jamais vu! Un "rôle à la de Niro", pourrait on dire, puisque pour les besoins du film, le comédien a dû perdre plus de 18kilos!

Résultat, on le retrouve amaigri, fatigué, les joues creusées, les pommettes saillantes. "Le régime était inévitable, c'était impossible de tricher, d'autant plus qu'il y avait une scène où l'orapt1.jpgn me voit torse nu en train de me laver. Dans ce genre de régime, vous franchissez des paliers où vous vous sentez seul. J'étais souvent très fatigué. Je me regardais maigrir. Naturellement, ça m'a mis dans un rythme dont je n'avais pas forcement conscience…" Le réalisateur maintient la chronologie des faits, mais ne les décrit pas de manière académiques.

Deux décors centraux se différencient: les caves lugubres et sordides, où Stanislas y croupit en silence et  l"exterieur", où se mêlent les négociations  complexes de ses collègues et l'appartement parisien trop lumineux et trop meublé, où sa petite famille patiente devant une télévision constamment présente et sursaute au moindre coup de téléphone.   

Avec Rapt, Lucas Belvaux signe un film très sombre à la manière d'un thriller des années 60/70, presque dérangeant, où Yvan Attal est plus que remarquable. Un rôle à César? Il n'y a pas de doute. En tout cas, l'année 2009 restera l'année Attal avec ses précédents films Partir (C.Corsini) et les regrets (C.Kahn).

Laurent Bartoleschi

Ce soir sur France 3 : Le commissariat à 20h35

commi.jpgTéléfilm historique de Michel Andrieu (2008)

Avec : Jacques Bonnaffé , Sophie Quinton , Benjamin Bellecour , Philippe Dormoy , Carlo Brandt , Simon Deletang , Marie Denarnaud
Durée : 1h30mn

Tout Public / Couleur / STEREO / 16:9

Sous-titrage Malentendant

Résumé :

Au printemps 1941, dans une France en partie occupée par l'armée allemande, Xavier Vallat est nommé secrétaire général du Commissariat général aux questions juives par le gouvernement de Vichy, une création administrative souhaitée par le régime d'Hitler pour mettre en place, dans la France entière, le programme antijuif entamé en Europe. Xavier Vallat est un militant antisémite de longue date, sûr de lui et de son bon droit de débarrasser la France des juifs. Une de ses assistantes, Lucienne, rencontre dans son quartier un jeune livreur, Christian. Un jour de rafle, elle l'abrite chez lui car Christian est juif et s'appelle Samuel Lipsky...

Adaptée d'un ouvrage biographique de Laurent Joly, cette reconstitution historique entre dans le détail des différentes composantes de la droite française. Intéressant, si on a envie de se replonger dans les problématiques de l'époque.

L'automne Fellini

fell.jpgCet automne sera Fellinien ou ne sera pas. Federico Fellini: poète et rêveur, magicien et homme de spectacle, marionnettiste et conteur. En un demi-siècle de magie cinématographique, le Maestro a narré des histoires de grandes villes et même de petits villages: l'histoire de l'Italie peut être racontée à travers  son œuvre; d'ailleurs son cinéma est le parfait instrument et de surcroit efficace pour connaitre les différents bouleversements de cette nation.

Il a imaginé des personnages inoubliables, de Guido (son alter ego par excellence dans 8 ½), Gradisca, Augusto, la Saraghina, Sylvia et Cabiria. Il a aussi contribué à créer des stars comme Marcello Mastroianni, Anouk Aimée, Claudia Cardinale et bien sur Giulietta Masina. Sans oublier de forger sa propre légende. Plus de seize ans après sa mort on peut dire que le Mythe reste intact, et c'est tant mieux! Pour tout admirateur du Maestro il est impossible de passer à côté de tout ce que peut proposer actuellement la ville de Paris et dans les bacs à DVD. *

Commençons par nous rendre tous au Musée du Jeu de Paume (1, place de la Concorde, Paris 08)fell2.jpg pour découvrir Fellini, la Grande Parade, et  rentrer dans l'univers unique de ce metteur en scène italien de génie. Une telle exposition nous permet de revenir aux sources de la création du réalisateur de la Dolce Vita, avec pour thème central la provenance de cette créativité: au programme, extraits de films (cultes), documents photographiques, esquisses et affiches originales, etc.

Cette grande parade d'image est signée Sam Stourdzé, le commissaire de l'exposition. Un musée consacré rien qu'au maestro, que demander de plus? Peut être se procurer le DVD événement Fellini au Travail en édition collector édité par Carlotta Film naturellement, où des documents quasi inédits, rares en quelque sorte autour de l'œuvre du Génie. Un grand travail d'archive qui permet de découvrir le réalisateur parfois en en pleines confessions  comme en quête d'inspiration, et bien sur en compagnie de ses comédiens. A noter que parmi ces trouvailles, on retrouve 5 publicités réalisées par Fellini himself Bref une fois encore, l'univers du Maestro vous sera servi par excellence en deux DVD indispensables. A ranger de toute urgence dans sa dvd thèque entre Il Bidone, Casanova et Juliette des Esprits.

Ces trois titres désormais disponibles (toujours chez Carlotta), en édition simple; mais nous savons tous qu'un film de Fellini demeure un bonus à lui tout seul! Attention pour un cadeau complet, Carlotta vous propose un coffret prestige limité et numéroté qui contient le double DVD, le livre Fellini, c'est moi, 5 cartes collector et un poster inédit.  

Laurent Bartoleschi

Radu Mihaileanu, L’invitation au Concert

PORTRAIT-RADU-M.JPG- Voir article sur le film de Claudine Douillet

- Voir synopsis

- Voir Vidéo du film

Le Concert de Radu Mihaileanu, avec Alexeï Guskov, Dimitri Nazarov, Mélanie Laurent, François Berléand, Miou Miou.  Sortie mercredi 4 novembre.

L’émotion pure est rare au cinéma. Radu Mihaileanu a réussi ce pari avec Le Concert, un film drôle et bouleversant. Il nous transporte dans l’aventure improbable d’une bande de musiciens russes. On en ressort heureux, d’avoir cru un instant à l’impossible.

Propos recueillis par Paula Haddad

Andreï Filipov, chef d’orchestre du Bolchoï a été licencié en pleine gloire parce qu’à l’époque de Brejnev, il a refusé de se séparer de ses musiciens juifs. Trente ans plus tard, c’est le ménage qu’il fait dans la salle de concert ! Alors qu’il astique un bureau,  un fax du théâtre du Châtelet convie l’orchestre officiel à jouer. Filipov s’en empare avec la folle idée de partir à Paris avec « son » ancien orchestre…On trouve comme dans vos précédents films, le thème de l’usurpation d’identité. Pourquoi cette obsession ?

J’ai essayé de comprendre pourquoi je revenais à ce que j’appelle «l’imposture positive». Je l’explique par deux gestes fondateurs. Mon père, déporté durant la guerre, a du changer de nom pour trouver sa place dans la société. Il a troqué Buchman contre Mihaileanu. Je n’ai pas voulu reprendre son nom d’origine pour ne pas effacer sa vie. Le deuxième, c’est mon arrivée en France. J’étais roumain, avec un accent prononcé, je ne désirais qu’une chose, devenir françaisLECONCERT-1.JPG comme les autres. Un jour, je me suis affranchi, ma différence faisait ma richesse. Désormais, je suis en paix. Je suis juif, roumain, français et d’autres identités que j’absorbe.

La musique et l’aventure humaine permettent à vos personnages d’atteindre leurs objectifs. Du coup, Le Concert donne envie de croire à ses rêves les plus improbables…

Oui, même si certains appellent ça de la naïveté. Sans nier les drames, la vie est quand même une chance miraculeuse. Moi, je suis vivant grâce à des miracles. J’étais « programmé » pour vivre sous une dictature (celle de Ceausescu en Roumanie). Avec mon caractère de «grande gueule», j’étais censé être enfermé et torturé. J’ai eu la chance de partir. Quand pour Le Concert, j’ai voulu tourner sur la Place Rouge, on m’a dit que je ne l’aurais jamais. Et on a pu tourner. Dans mon vocabulaire, «jamais» n’existe pas. Tout est possible. Il faut juste le rêver.

LECONCERT.jpgA la fin du film, un des personnages dit : « Dieu existe ». Etes-vous croyant ?

Je dirais que j’ai une certaine forme de croyance. Je dialogue avec quelqu’un. Je suis profondément juif, mais je m’intéresse aux autres religions en tant que philosophie de vie.

Train de vie, Va, vis et deviens, Le Concert. Vos films intègrent une dimension historique liée aux Juifs. Ne craignez-vous pas d’être perçu comme un cinéaste communautariste ?

Oui et non. J’aime le dialogue permanent entre la petite et la grande Histoire. Celle des Juifs est faite de tant de tragédies, que je suis comme tout juif marqué par ce passé. Mais j’essaye de ne pas être «le réalisateur juif qui parle aux juifs». Comme dit Elie Wiesel, on est universel en tant que juif, parce qu’à travers notre histoire, on est sensibles aux histoires des autres.

Lors du fameux concert, l’orchestre est en quête de ce que vous appelez «l’ultime harmonie ». C’est votre quatrième film. Avez-vous atteint ce moment de grâce absolu ?
Lors de la scène au Châtelet, le miracle a eu lieu entre Mélanie Laurent et l’orchestre. Moi, en tant que réalisateur, j’espère être en recherche permanente. Chaque film est un nouveau défi. Le prochain sera un conte oriental où j’essayerai de dépeindre la beauté des femmes arabes.

Copyright : Photos : Guy Ferrandis © 2009 - Les Productions du Trésor

Interview exclusive: Anthony Delon pour Mensch

antonydelon.jpg- Voir article sur le film

- Voir Vidéo du film

Laurent Bartoleschi: Anthony Delon vous serez à l'affiche du prochain film de Steve Suissa (Le Grand Rôle ou encore l'Envol) Mensch, où l'histoire de Sam, un cambrioleur un peu casse cou sur les bords, issu d'une famille juive; il tente cependant de dissimuler à ses proches son véritable passe temps. Aussi pour faire face à des difficultés financières, il accepte de faire un dernier coup, Le dernier coup.
Mensch est surtout un film d'homme avec des comédiens tels que Nicolas Cazalé, Samy Frey (un petit air proche de Pacino), Maurice Bénichou. L'atmosphère sombre, l'excellente photo et la solitude des personnages, cela ne vous fait pas un peu penser au cinéma de Jean Pierre Melville?

Anthony Delon: Il y a des tronches oui; maintenant, je ne sais pas si l'on peut faire un lien immédiat au réalisateur du  Samouraï ou du Cercle Rouge. Par contre, une référence au cinéma noir de l'époque, je le reconnais. C'est vrai que quelque part, il y a ces hommes tout comme le réalisateur qui font partie d'une autre époque; pourtant  Steve Suissa n'a que 38ans. Il est "à l'ancienne". Il a des valeurs, des codes d'avant tout comme moi. C'est dans cela que je reconnais un peu Melville.

L.B.: Il y a beaucoup de points communs entre Tonio et Anthony Delon lorsque l'on voit Mensch et lorsque l'on lit votre livre Le Premier Maillon (paru chez M. Lafon):le côté voyou etMENSCH.jpg la solitude.

 A.D.: Je l'ai été à une période de ma vie, plus maintenant, mais effectivement, c'est l'image que je donne. Mais je vais vous avouer une chose. Si le film marche, on va en faire une trilogie; donc dans le deuxième scénario qui existe, puisqu'il est écrit, ça se déroulera un peu comme le Parrain: le deuxième volet de Mensch ne sera pas le futur mais plutôt le passé. A partir de là, on comprendra vraiment mon personnage, car c'est lui qui a formé Sam. On le verra plus évolué dans cette partie que dans Mensch.

L.B: Es ce qu'avec tout son passif, Tonio peut devenir un Mensch? 
                                 

A.D.: Mais Tonio est déjà un Mensch: c'est un homme de parole, qui a un certain code de l'honneur. Un homme où son amitié avec Sam est plus qu'importante, il est un peu comme son grand frère. Il a aujourd'hui 40 piges, il a fait 10ans de prison Tonio a cependant bien gagné sa vie, suffisamment en tout cas pour arrêter de faire le con. Maintenant, s'il décide de suivre Sam dans cette dernière affaire, c'est qu'elle "pue".

L.B: Sam, vient d'une famille très unie, alors que votre personnage est constamment seul. Malgré cette solitude, il est à la recherche d'évasion. D'évasion pour se retrouver seul sur un bateau!

A.D.: Absolument! Tonio s'est fait tout seul. Mais pour revenir à la part d'autobiographie, je reconnais aimer les bateaux, mais cela n'est pas spécifié dans mon livre: d'ailleurs, je me demande si l'idée du 15m au Port de Martigues n'est pas venue grâce ou à cause de moi. C'est simple, l'idée de bateau est synonyme de liberté; certes on n'est pas obligé d'être seul sur un bateau, mais au moins on est libre, libre d'aller où l'on veut .

L.B: Votre rencontre avec Steve Suissa s'est déroulé au moment de la pièce Money, c'est ça?

A.D.: Il se pourrait même que l'on en fasse une suivante ensemble. Par contre on ne s'était pas rencontrer pour Money, mais pour une autre pièce qui n'a jamais pu se faire. C'est moi-même qu'il lui ait proposé Money, à partir de là le travail nous a rendu inséparable, et ce n'est pas plus mal.  

L.B: Est-il vrai qu'il est très proche de ses acteurs plutôt de la technique?

A.D.: Il est très proche des acteurs mais en même temps pas très directif; c'est l'opposé d'un Visconti par exemple. Il nous donne les grandes lignes des personnages et puis les personnalités prises pour Mensch sont proches des rôles; aussi à partir de là le travail est fait à 50%; je dois dire que j'aime beaucoup ce film, mais j'ai par-dessus tout un coup de cœur pour Samy Frey. Il dégage quelque chose; il s'est mis à nu. Malheureusement, on n'a pas de scène ensemble (tout comme notre avant dernière collaboration dans le film de Danse avec Lui). Alors peut être qu'avec le projet dont je vous ai parlé, un nouvel espoir persiste.

L.B: Vous tournez peu pour le cinéma, contrairement pour la télévision et le théâtre, pourquoi?

A.D.: Je pense que vous ne me verrez plus à la télévision; cela fait déjà trois ans que je n'en fais plus, alors peut être que certains téléfilms repassent mais cela va faire plus de trois ans que j'ai décidé de ne plus faire de "téloche", pour la simple bonne raison qu'en France on n'a pas les moyens de développer des histoires ou des projets, comme aux Etats Unis par exemple, où l'on peut faire de la télévision de grande qualité; il n'y a qu'à voir les séries importées.

Aujourd'hui, on pourrait presque dire  qu'ils sont plus "champions du monde" sur le petit écran que sur le grand. Alors qu'ici en Métropole, les acteurs évoluent qu'à 50%, ils n'arrivent pas à donner le meilleur d'eux-mêmes. C'est mon cas. Je n'ai pas choisi ce métier pour faire cela; j'avais presque l'impression de devenir un fonctionnaire du service public, ce qui n'est pas la finalité d'un acteur. A moins ce qu'à 70ans on se lance dans Navarro! Voilà la télé, j'ai dit stop! Le théâtre, maintenant c'est fantastique: cette notoriété en Province me permet de jouer librement, de prendre des risques, de me remettre sans cesse en question et ici au moins, j'évolue. 

L.B: Ce n'est pas la première fois que vous tournez au tour de la communauté juive. On se souvient évidemment de La Vérité si j'mens! Mais il y a également ce film tourné en 1993 de Serge Ancri au côté de Yaël Abecassis.

A.D: Ah oui bien sur, où avez-vous trouvé cela?! Zarim Balayla, Strangers in the Night, un film qui n'est jamais sorti en France contrairement en Israël bien sûr, mais aussi aux Etats Unis. J'ai tourné effectivement deux mois à Tel Aviv. C'était, de ce que je me souvienne, une superbe expérience: tourner à Tel Aviv, la nuit pendant cinq semaines, mais aussi de pouvoir tourner en Israël tout simplement, d'être au contact avec ces jeunes gens, reste un moment inoubliable dans ma carrière.

Mais pour parler de cette ville, c'est comme New York, c'est "jeune", tout juste génial. Il y a une énergie incroyable et surtout une très forte envie de vivre; j'ai remarqué un vrai décalage entre les différentes générations: ceux qui ont fait la Guerre des Six Jours qui, eux sont campés sur leurs positions, alors que la jeunesse croit fermement à la paix et au partage. 

Aussi, j'ai l'impression que les choses ont changé quinze ans plus tard, c'est la raison pour laquelle, je vais y retourner prochainement avec Steve, puisque je n'avais visité que très peu de chose, dont le Mur des Lamentations. Paraît-il qu'il y a une vie culturelle incroyable: j'ai beaucoup d'amis qui passent leurs vacances  en Israël et me racontent LA Nuit, la possibilité d'aller voir des pièces de théâtre 24/24!  Et les filles alors? N'en parlons pas! (Rires) Elles sont tout simplement magnifiques. Le grand fantasme, c'est tout de même les jeunes soldates avec leur tenue kaki, leur béret et leur fusil. Cela me laisse sans voix. 

Laurent Bartoleschi

Le Concert

LECONCERT.jpgDate de sortie :  04 Novembre 2009  
Réalisé par Radu Mihaileanu
Avec Mélanie Laurent, Aleksei Guskov, Dimitry Nazarov
Film français.
Genre : Comédie dramatique
Durée : 2h.
Année de production : 2008
Distribué par EuropaCorp Distribution

- Voir Vidéo  du film

A l'époque de Brejnev, Andrei Filipov était le plus grand chef d'orchestre d'Union soviétique et dirigeait le célèbre Orchestre du Bolchoï. Mais après avoir refusé de se séparer de ses musiciens juifs, dont son meilleur ami Sacha, il a été licencié en pleine gloire. Trente ans plus tard, il travaille toujours au Bolchoï mais... comme homme de ménage.
Un soir, alors qu'Andrei est resté très tard pour astiquer le bureau du maître des lieux, il tombe sur un fax adressé au directeur : il s'agit d'une invitation du Théâtre du Châtelet conviant l'orchestre du Bolchoï à venir jouer à Paris... Soudain, Andrei a une idée de folie : pourquoi ne pas réunir ses anciens copains musiciens, qui vivent aujourd'hui de petits boulots, et les emmener à Paris, en les faisant passer pour le Bolchoï ? L'occasion tant attendue de prendre enfin leur revanche...
Site officiel