- Voir article sur le film
- Voir Vidéo du film
Laurent Bartoleschi: Anthony Delon vous serez à l'affiche du prochain film de Steve Suissa (Le Grand Rôle ou encore l'Envol) Mensch, où l'histoire de Sam, un cambrioleur un peu casse cou sur les bords, issu d'une famille juive; il tente cependant de dissimuler à ses proches son véritable passe temps. Aussi pour faire face à des difficultés financières, il accepte de faire un dernier coup, Le dernier coup.
Mensch est surtout un film d'homme avec des comédiens tels que Nicolas Cazalé, Samy Frey (un petit air proche de Pacino), Maurice Bénichou. L'atmosphère sombre, l'excellente photo et la solitude des personnages, cela ne vous fait pas un peu penser au cinéma de Jean Pierre Melville?
Anthony Delon: Il y a des tronches oui; maintenant, je ne sais pas si l'on peut faire un lien immédiat au réalisateur du Samouraï ou du Cercle Rouge. Par contre, une référence au cinéma noir de l'époque, je le reconnais. C'est vrai que quelque part, il y a ces hommes tout comme le réalisateur qui font partie d'une autre époque; pourtant Steve Suissa n'a que 38ans. Il est "à l'ancienne". Il a des valeurs, des codes d'avant tout comme moi. C'est dans cela que je reconnais un peu Melville.
L.B.: Il y a beaucoup de points communs entre Tonio et Anthony Delon lorsque l'on voit Mensch et lorsque l'on lit votre livre Le Premier Maillon (paru chez M. Lafon):le côté voyou et
la solitude.
A.D.: Je l'ai été à une période de ma vie, plus maintenant, mais effectivement, c'est l'image que je donne. Mais je vais vous avouer une chose. Si le film marche, on va en faire une trilogie; donc dans le deuxième scénario qui existe, puisqu'il est écrit, ça se déroulera un peu comme le Parrain: le deuxième volet de Mensch ne sera pas le futur mais plutôt le passé. A partir de là, on comprendra vraiment mon personnage, car c'est lui qui a formé Sam. On le verra plus évolué dans cette partie que dans Mensch.
L.B: Es ce qu'avec tout son passif, Tonio peut devenir un Mensch?
A.D.: Mais Tonio est déjà un Mensch: c'est un homme de parole, qui a un certain code de l'honneur. Un homme où son amitié avec Sam est plus qu'importante, il est un peu comme son grand frère. Il a aujourd'hui 40 piges, il a fait 10ans de prison Tonio a cependant bien gagné sa vie, suffisamment en tout cas pour arrêter de faire le con. Maintenant, s'il décide de suivre Sam dans cette dernière affaire, c'est qu'elle "pue".
L.B: Sam, vient d'une famille très unie, alors que votre personnage est constamment seul. Malgré cette solitude, il est à la recherche d'évasion. D'évasion pour se retrouver seul sur un bateau!
A.D.: Absolument! Tonio s'est fait tout seul. Mais pour revenir à la part d'autobiographie, je reconnais aimer les bateaux, mais cela n'est pas spécifié dans mon livre: d'ailleurs, je me demande si l'idée du 15m au Port de Martigues n'est pas venue grâce ou à cause de moi. C'est simple, l'idée de bateau est synonyme de liberté; certes on n'est pas obligé d'être seul sur un bateau, mais au moins on est libre, libre d'aller où l'on veut .
L.B: Votre rencontre avec Steve Suissa s'est déroulé au moment de la pièce Money, c'est ça?
A.D.: Il se pourrait même que l'on en fasse une suivante ensemble. Par contre on ne s'était pas rencontrer pour Money, mais pour une autre pièce qui n'a jamais pu se faire. C'est moi-même qu'il lui ait proposé Money, à partir de là le travail nous a rendu inséparable, et ce n'est pas plus mal.
L.B: Est-il vrai qu'il est très proche de ses acteurs plutôt de la technique?
A.D.: Il est très proche des acteurs mais en même temps pas très directif; c'est l'opposé d'un Visconti par exemple. Il nous donne les grandes lignes des personnages et puis les personnalités prises pour Mensch sont proches des rôles; aussi à partir de là le travail est fait à 50%; je dois dire que j'aime beaucoup ce film, mais j'ai par-dessus tout un coup de cœur pour Samy Frey. Il dégage quelque chose; il s'est mis à nu. Malheureusement, on n'a pas de scène ensemble (tout comme notre avant dernière collaboration dans le film de Danse avec Lui). Alors peut être qu'avec le projet dont je vous ai parlé, un nouvel espoir persiste.
L.B: Vous tournez peu pour le cinéma, contrairement pour la télévision et le théâtre, pourquoi?
A.D.: Je pense que vous ne me verrez plus à la télévision; cela fait déjà trois ans que je n'en fais plus, alors peut être que certains téléfilms repassent mais cela va faire plus de trois ans que j'ai décidé de ne plus faire de "téloche", pour la simple bonne raison qu'en France on n'a pas les moyens de développer des histoires ou des projets, comme aux Etats Unis par exemple, où l'on peut faire de la télévision de grande qualité; il n'y a qu'à voir les séries importées.
Aujourd'hui, on pourrait presque dire qu'ils sont plus "champions du monde" sur le petit écran que sur le grand. Alors qu'ici en Métropole, les acteurs évoluent qu'à 50%, ils n'arrivent pas à donner le meilleur d'eux-mêmes. C'est mon cas. Je n'ai pas choisi ce métier pour faire cela; j'avais presque l'impression de devenir un fonctionnaire du service public, ce qui n'est pas la finalité d'un acteur. A moins ce qu'à 70ans on se lance dans Navarro! Voilà la télé, j'ai dit stop! Le théâtre, maintenant c'est fantastique: cette notoriété en Province me permet de jouer librement, de prendre des risques, de me remettre sans cesse en question et ici au moins, j'évolue.
L.B: Ce n'est pas la première fois que vous tournez au tour de la communauté juive. On se souvient évidemment de La Vérité si j'mens! Mais il y a également ce film tourné en 1993 de Serge Ancri au côté de Yaël Abecassis.
A.D: Ah oui bien sur, où avez-vous trouvé cela?! Zarim Balayla, Strangers in the Night, un film qui n'est jamais sorti en France contrairement en Israël bien sûr, mais aussi aux Etats Unis. J'ai tourné effectivement deux mois à Tel Aviv. C'était, de ce que je me souvienne, une superbe expérience: tourner à Tel Aviv, la nuit pendant cinq semaines, mais aussi de pouvoir tourner en Israël tout simplement, d'être au contact avec ces jeunes gens, reste un moment inoubliable dans ma carrière.
Mais pour parler de cette ville, c'est comme New York, c'est "jeune", tout juste génial. Il y a une énergie incroyable et surtout une très forte envie de vivre; j'ai remarqué un vrai décalage entre les différentes générations: ceux qui ont fait la Guerre des Six Jours qui, eux sont campés sur leurs positions, alors que la jeunesse croit fermement à la paix et au partage.
Aussi, j'ai l'impression que les choses ont changé quinze ans plus tard, c'est la raison pour laquelle, je vais y retourner prochainement avec Steve, puisque je n'avais visité que très peu de chose, dont le Mur des Lamentations. Paraît-il qu'il y a une vie culturelle incroyable: j'ai beaucoup d'amis qui passent leurs vacances en Israël et me racontent LA Nuit, la possibilité d'aller voir des pièces de théâtre 24/24! Et les filles alors? N'en parlons pas! (Rires) Elles sont tout simplement magnifiques. Le grand fantasme, c'est tout de même les jeunes soldates avec leur tenue kaki, leur béret et leur fusil. Cela me laisse sans voix.
Laurent Bartoleschi