Radu Mihaileanu, L’invitation au Concert

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Le Concert de Radu Mihaileanu, avec Alexeï Guskov, Dimitri Nazarov, Mélanie Laurent, François Berléand, Miou Miou.  Sortie mercredi 4 novembre.

L’émotion pure est rare au cinéma. Radu Mihaileanu a réussi ce pari avec Le Concert, un film drôle et bouleversant. Il nous transporte dans l’aventure improbable d’une bande de musiciens russes. On en ressort heureux, d’avoir cru un instant à l’impossible.

Propos recueillis par Paula Haddad

Andreï Filipov, chef d’orchestre du Bolchoï a été licencié en pleine gloire parce qu’à l’époque de Brejnev, il a refusé de se séparer de ses musiciens juifs. Trente ans plus tard, c’est le ménage qu’il fait dans la salle de concert ! Alors qu’il astique un bureau,  un fax du théâtre du Châtelet convie l’orchestre officiel à jouer. Filipov s’en empare avec la folle idée de partir à Paris avec « son » ancien orchestre…On trouve comme dans vos précédents films, le thème de l’usurpation d’identité. Pourquoi cette obsession ?

J’ai essayé de comprendre pourquoi je revenais à ce que j’appelle «l’imposture positive». Je l’explique par deux gestes fondateurs. Mon père, déporté durant la guerre, a du changer de nom pour trouver sa place dans la société. Il a troqué Buchman contre Mihaileanu. Je n’ai pas voulu reprendre son nom d’origine pour ne pas effacer sa vie. Le deuxième, c’est mon arrivée en France. J’étais roumain, avec un accent prononcé, je ne désirais qu’une chose, devenir françaisLECONCERT-1.JPG comme les autres. Un jour, je me suis affranchi, ma différence faisait ma richesse. Désormais, je suis en paix. Je suis juif, roumain, français et d’autres identités que j’absorbe.

La musique et l’aventure humaine permettent à vos personnages d’atteindre leurs objectifs. Du coup, Le Concert donne envie de croire à ses rêves les plus improbables…

Oui, même si certains appellent ça de la naïveté. Sans nier les drames, la vie est quand même une chance miraculeuse. Moi, je suis vivant grâce à des miracles. J’étais « programmé » pour vivre sous une dictature (celle de Ceausescu en Roumanie). Avec mon caractère de «grande gueule», j’étais censé être enfermé et torturé. J’ai eu la chance de partir. Quand pour Le Concert, j’ai voulu tourner sur la Place Rouge, on m’a dit que je ne l’aurais jamais. Et on a pu tourner. Dans mon vocabulaire, «jamais» n’existe pas. Tout est possible. Il faut juste le rêver.

LECONCERT.jpgA la fin du film, un des personnages dit : « Dieu existe ». Etes-vous croyant ?

Je dirais que j’ai une certaine forme de croyance. Je dialogue avec quelqu’un. Je suis profondément juif, mais je m’intéresse aux autres religions en tant que philosophie de vie.

Train de vie, Va, vis et deviens, Le Concert. Vos films intègrent une dimension historique liée aux Juifs. Ne craignez-vous pas d’être perçu comme un cinéaste communautariste ?

Oui et non. J’aime le dialogue permanent entre la petite et la grande Histoire. Celle des Juifs est faite de tant de tragédies, que je suis comme tout juif marqué par ce passé. Mais j’essaye de ne pas être «le réalisateur juif qui parle aux juifs». Comme dit Elie Wiesel, on est universel en tant que juif, parce qu’à travers notre histoire, on est sensibles aux histoires des autres.

Lors du fameux concert, l’orchestre est en quête de ce que vous appelez «l’ultime harmonie ». C’est votre quatrième film. Avez-vous atteint ce moment de grâce absolu ?
Lors de la scène au Châtelet, le miracle a eu lieu entre Mélanie Laurent et l’orchestre. Moi, en tant que réalisateur, j’espère être en recherche permanente. Chaque film est un nouveau défi. Le prochain sera un conte oriental où j’essayerai de dépeindre la beauté des femmes arabes.

Copyright : Photos : Guy Ferrandis © 2009 - Les Productions du Trésor

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