48 ans, premier film et Lion d'or à la dernière Mostra de Venise, il s'agit de son véritable premier long métrage alors qu'il avait déjà tourné au paravent des publicités, divers documentaires, dont un pour Arte "Total Eclipse". Samuel Maoz montre dans Lebanon la guerre du Liban, en 1982, avec un regard singulier, celui de soldats israéliens enfermés dans un tank, au cœur de l'horreur.
Sortie en salles le 3 février 2010.
Laurent Bartoleschi: Votre film a pour particularité de se dérouler exclusivement à l'intérieur d'un tank, un peu comme le célèbre film de guerre Das Boot de Wolfgang Petersen. Comment s'est déroulé le tournage?
Samuel Maoz: Déjà je voudrais dire que j'ai découvert le film Das Boot bien après avoir réalisé
Lebanon. Je vais peut être vous décevoir, mais ce sentiment, effectivement d'un lieu claustrophobe, est l'illusion du cinéma: l'espace où nous tournions était plus grand c'est pour cette raison que je me suis concentré sur les détails qui donnent cette sensation d'espace restreint. En revanche, la façon dont j'ai préparé les acteurs, il y avait vraiment une atmosphère claustrophobique, je les avais placés dans des lieux extrêmes et très chauds pour nourrir leur jeu.
L.B: C'est tellement obscur, tellement sale, qu'on a l'impression de partager l'atmosphère avec les comédiens.
S.M: Bien sur cette sensation de saleté est très importante mais c'est un tout la claustrophobie, l'obscurité, la chaleur, la saleté; en parlant avec mon chef décorateur, je voulais créer cette saleté à tel point que l'on puisse la sentir, presque la gouter!
L.B: On dirait presqu'un bel hommage aux différents films de guerre: la folie dans Apocalypse Now, la bavure avec Né un 4 juillet, et bien sur Full Metal Jacket et les "machines" de guerre.
S.M: Je ne sais pas si le terme hommage soit le terme juste, mais vous savez bien que l'on écrit des livres à partir de livres qu'on a lus… Cependant vous parliez d'Apocalypse Now qui est pour moi un véritable film référence: je crois que là où réside la force de ce chef d'œuvre, c'est que le public a vu ici une image de la guerre à laquelle il ne s'attendait absolument pas, parce qu'il y avait une réalité, un imaginaire extraordinaire, alors que d'habitude, la guerre représentait des américains qui tuaient des allemands, le héros mourait de manière magistral, on avait même l'impression que le sang coulait de façon sexy, etc.
Et là soudain, on avait une vision de jamais vu! Sinon, effectivement on retrouve dans Lebanon, la Folie d'un film tel que celui de Coppola, mais aussi des films pas forcement de guerre comme ceux de Tarkovski, ou encore Alain Resnais; lorsque je me plonge dans l'écriture, je visionne en préambule un de leurs films, non pas tant au sujet lui-même, mais parce qu'ils dégagent tout simplement quelque chose. Ils m'influencent la manière dans laquelle je vais travailler.
L.B: Avec ce viseur du tank, le fait de regarder les blessés, les morts, les futurs morts, ne trouvez vous pas que le spectateur devient tout comme l'acteur une sorte de voyeur?
S.M: On ne peut pas parler directement de voyeurisme dans le sens pornographique parce que lorsque vous êtes dans le tank, on ne se contrôle pas, on ne peut que voir. Aussi, il n'y a pas de plaisir voyeuriste en quelque sorte parce qu'il n'y a pas de choix. Si l'on ne regarde pas, on meurt! Tout ce qui est à l'extérieur, dans le film, n'est pas très clair, on ne voit que des morceaux de la "réalité", donc l'acte de regarder est un acte vital. Le voyeurisme est bien souvent accès sur le fantasme contrairement à ici on l'on est bien ancré dans la réalité qui est la guerre, la Vérité.
L.B: Lebanon se déroule durant la guerre du Liban de 1982 à l'intérieur d'un char; finalement cela aurait pu être n'importe quelle autre guerre, non?
S.M: J'ai appelé le film Lebanon, parce que c'était ma guerre et évidemment cela aurait pu être n'importe laquelle, il n'y a rien de locale dans ce film. Justement, il y a comme un message universel, il pourrait se dérouler dans n'importe quel pays, n'importe quel période. Je voulais parler avant tout de ma génération qui avait vécu cette guerre là. D'ailleurs ce qui était intéressant au Festival de New York où j'ai présenté mon film, réside dans le fait que des marines qui avaient fait la Guerre du Vietnam, étaient venus me rencontrer pour me dire à quel point ils avaient ressenti la même chose. Ainsi, Lebanon n'est pas un film de jungle, ou même du Liban, mais d'universalité; j'avais peur au début que l'on pense à quelque chose de local, de précis et de géographique. C'est le Liban de tout le monde.
Laurent Bartoleschi