Ukraine :Le chef de l'extrême droite est Juif et fier de l'être

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Je suis Juif et fier de l'être si vous voulez aider l'Ukraine vous êtes mon frère

 

Le chef de l’extrême droite ukrainienne est, ce qui est surprenant, juif, et, ce qui est encore plus surprenant, fier de l'être

Par Vladislav Davidzon

Ma rencontre avec Brislav Bereza, du parti Secteur droit, et nouvellement élu député au Parlement ukrainien, a eu lieu un vendredi matin ensoleillé.

Nous nous sommes rencontrés au restaurant du 3e étage du Sky Mall de Kyiv avec une vue magnifique sur le fleuve Dnipro.

Malgré les prévisions de la télévision russe, l’extrême droite et le parti ultra nationaliste,qui sont largement considérés comme l'incarnation du « fascisme ukrainien », n'ont pas atteint les 5% requis pour pouvoir entrer au parlement.

Seuls deux représentants du parti ont été élus, le chef du parti, Dmitry Yarosh et le porte parole du parti, Bereza, qui a mené une campagne légèrement passionnée sur sa volonté de faire fermer les bars illégaux et lutter contre les casinos clandestins.

Le fait que Bereza soit fier de se déclarer Juif pratiquant est souvent souligné par ceux qui ne sont pas d'accord avec l'assimilation du parti Secteur droit au néofascisme.

Nous avons été mis en contact par l'intermédiaire d'un ami commun que nous respectons beaucoup tous les deux, un producteur de film de confession juive orthodoxe de Kyiv.

Bereza est très grand et tout en muscles. Il a des épaules larges et une démarche de boxeur, ainsi qu'un front dégarni et des yeux gris qui vous transpercent.

Il porte un diamant à l'oreille gauche et un élégant blouson de sport sur un tee-shirt bleu sur lequel il a épinglé l'emblème de l'Ukraine.

Loquace et parlant franchement, il utilise des phrases courtes et rapides, et se lance souvent avec répartie sans attendre votre réponse, ni reprendre sa respiration.

Le jour avant notre rencontre, il a déclaré à un journal ukrainien que « Poutine comprend très bien que sa Russie moderne pourrait très bien suivre les traces de l'URSS et s’effondrer ».

Peu diplomate et très direct, Bereza, qui me parle en Russe, s'avère être un des politiciens les plus sympathiques que je n'aie jamais rencontrés, sorte de mélange entre un copain de bar, un parachutiste israélien et le militant juif joué par Liev Shreiber dans « Défiance ». Je le félicite d'un « Mazel tov !» pour son élection en tant que député et il me répond avec un « Baruch Hashem !» enthousiaste.

- Vous êtes juif ?

Oui je suis juif

Donc vous êtes juif croyant. On m'a dit que vous alliez à la synagogue et que vous vous  considérez comme membre du peuple juif.

Bien sûr. Je ne suis pas juif orthodoxe, je ne porte de pas de papillotes ni de Kippa en public, mais j'essaie d'aller à la synagogue aussi souvent que je le peux.
J'étudie la Torah, ceci fait partie de la cohérence de ma vie. Je vais en Israël tous les ans depuis 1993, et j'y ai habité.

Mais vous êtes également membre du Secteur droit ?

Je suis juif et également un Cohen. Il n'y a jamais eu de questions à propos de cela. Le Secteur droit est composé de personnes de différentes nationalités, pas uniquement de juifs ukrainiens, mais également de Polonais et Biélorusses, de Géorgiens, de Tchétchènes, nous avons des membres de chaque ethnie (soviétique).
La question ne se pose pas en terme d’ethnie mais elle est la suivante : « Êtes-vous Ukrainien ? Soutenez-vous l'Ukraine ? Êtes-vous un patriote ukrainien ? » Dans ce cas vous êtes mon frère. Si vous êtes un ennemi de l'Ukraine, quel que soit votre nationalité, nous n'avons rien à nous dire.

La raison de cette question est, comme vous le savez, due au fait que le pays à historiquement été le témoin de nombreux problèmes entre les nationalités qui le constituent. Il y a toujours eu des problèmes entre les polonais et les ukrainiens, les ukrainiens et les russes et oui, entre les ukrainiens et les juifs.

Oui, c'est comme ça. Je ne le nie pas. J'ai moi-même vécu l’antisémitisme quotidiennement. C'est quelque chose que j'ai vécu de manière permanente en vivant en Union Soviétique quand mon père ne pouvait aller à l'université car il était Juif.
Il y avait des quotas pour les juifs, lui avait-on dit. Oui, bien sûr, vous avez raison.

Je sais que l'antisémitisme existe toujours à tous les niveaux en Ukraine, je l'ai ressenti moi-même. Mais c'est un problème mineur. Il y a également une phobie russe et une phobie ukrainienne ici, dans certains quartiers. Mais la question de l'antisémitisme n'est pas un sérieux problème idéologique, ni une question dans cette société.

D'accord, je comprends et respecte votre position. Cependant, cette réponse n'est pas tout à fait satisfaisante. De nombreux symboles et emblèmes de votre parti stigmatisent de nombreuses personnes comme étant à problèmes. Ce sont des symboles de la seconde guerre mondiale qui resurgissent.

Quels symboles ?

Bon commençons avec le drapeau rouge et noir de l'UPA (l'armée des insurgés ukrainiens), sous lequel vous marchez. Sous lequel vous vous battez.

Super ! Magnifique ! Vous devez comprendre : ce ne sont pas seulement les représentants de l'armée rouge qui ont été anéantis sous les auspices du drapeau rouge et noir, mais également les fascistes ainsi que tous ceux qui voulaient envahir les terres ukrainiennes. Le drapeau rouge et noir de l'UPA représente la bataille pour l'indépendance de l'Ukraine. « Connaissez-vous les 3 principes du postulat de (Stepan) Bandera concernant les minorités qui vivent en Ukraine ? »

Non, je ne les connais pas.

Il a dit : « si vous voulez m'aider, levez-vous pour m'aider à créer une Ukraine libre, vous êtes mon frère ». Il a également ajouté « cependant, si vous ne le voulez pas, ne vous levez pas, mais ne me gênez pas, vous pouvez vivre ici. Il y a assez de place ici et vous pouvez vivre ici ».
Voici sa phrase la plus connue « Il y a de la place ici pour tout le monde ».

En conclusion « si vous gênez, si vous mettez des bâtons dans les roues, alors vous êtes un ennemi et vous devez être détruit ». Voilà, c'est très simple.

Pour mes frères idéologiques du mouvement, je suis plus ukrainien qu'un Ukrainien tel que (Petro) Symonenko (le chef du parti communiste).

Quand nous parlons de Bandera, par exemple, je faisais également partie de ceux qui pensaient, sous l'influence de la propagande soviétique, qu'il était fasciste. Mais j'ai pu lire de nombreux ouvrages, penser et découvrir la vérité : que pendant la guerre, cet homme a passé la plupart de son temps en camp de concentration allemand. Qu'il a été liquidé par les agents de l’intelligence soviétique.

Le Secteur droit est souvent accusé d'être assez réactionnaire en ce qui concerne la question des droits des LGBT, et des homosexuels. Quelles sont vos relations personnelles, et celles du parti, envers les homosexuels ?

Encore une fois, l'atteinte aux droits des homosexuels, un peu comme l'antisémitisme, est un problème réel et conséquent, mais je ne connais pas un seul pays où l'homophobie n'existe pas.

Je ne connais pas de pays où il n'y a ni homophobes ni xénophobes. Ces personnes existent partout. Personnellement je n'ai aucun problème avec les LGBT et je pense que ceci relève de la liberté individuelle.

Je soutiens le point de vue de Faina Ranevskaya, qui a une fois déclaré que la tragédie viendra de n'importe quel gouvernement qui se préoccupera de ce que la population choisit de faire de son cul. Ce qui est bien évidement une manière très crue de dire les choses.

Je tiens à ajouter officiellement que j'adore le travail de Freddie Mercury, et que j'aime porter les vêtements dessinés par Armani.

Il est vrai que vous êtes bien habillé.

Merci, je suis d'accord avec vous. Je veux dire que, pour moi, le problème de l'homophobie n'existe pas. Je veux dire à nouveau que je pense que l'orientation sexuelle, le choix personnel en matière de religion et d'appartenance ethnique relèvent de la liberté et de la conscience personnelles.

Certes, mais vous ne pouvez pas dire que tout le monde pense comme vous au Secteur droit ?

Nous ne sommes pas une secte totalitaire. Non, dans notre parti nous avons des personnes qui sont homophobes. Mais je ne peux les empêcher d'être homophobes. Je peux dialoguer avec elles, leur donner des arguments pour les faire changer d'avis. Mais je ne peux pas les obliger à changer d'avis. Tout ce que je peux faire, c'est faire part publiquement de mes opinions.

Le 31 octobre, vous le savez très bien, un incendie criminel s'est déclaré lors du festival du film Molodist qui avait lieu pendant la partie consacrée à LGBT.

Oui, j'ai condamné cet incendie. J'ai également déclaré que c'était un acte déraisonnable, spécialement dans un pays qui connaît des problème de corruption, d'oligarchie, de guerre, d'économie - cette façon de faire est tout simplement déraisonnable.

Oui, mais comme vous le savez très certainement, votre attaché de presse, Artem Skoropadsky, a publiquement confirmé que les responsables étaient des activistes du Secteur droit.

C'est sa propre déclaration et cela n'a pas été sanctionné par le parti.

Non confirmé ?

Non. Non confirmé.

Donc, les jeunes hommes qui ont commis ceci, ces idiots, ces criminels, ces barbares qui l'ont fait, n'étaient pas des membres de Secteur droit ?

Écoutez, oui, il y avait des membres de Secteur droit impliqués. Je veux le répéter, le Secteur droit est composé de toutes sortes de membres de la société ukrainienne. Nous avons toutes sortes d'individus dans le Secteur droit, cela peut être n'importe qui. Nous sommes un reflet de la société, ne nous idéalisez pas, nous ne sommes pas des chevaliers en armure dorée. Nous sommes ce que nous sommes. Nous avons des éléments qui posent problème et nous nous faisons le ménage en essayant de nous en débarrasser. Nous faisons notre ménage en interne, car si nous ne nous débarrassons pas de ces problèmes au sein de notre propre maison, ils feront une mauvaise publicité à notre parti.

Sur le même sujet, vous devez certainement connaître une personne, du nom d’Andriy Biletsky, commandant du bataillon Azov, groupe d’extrême droite rival du vôtre. Que pensez-vous de lui et de son alliance avec le chef de la police, le pro-russe Vadim Toyan ?

Monsieur Bilestky relève d'une autre branche idéologique, nous n'avons aucune implication avec lui.

Mais ces personnes sont antisémites.

Je le sais, et c'est la raison pour laquelle nous ne formons pas un parti avec eux, et n'avons aucune relation avec ces personnes. Lors de l'Euromaidan, les différents partis étaient unis autour de l'idée de sauver l'État ukrainien et de se débarrasser de Yanukovitch.
Après cela, toutes sortes de schismes se sont produits du fait de divergences idéologiques. Mais si vous voulez parler de lui, allez le voir. Mais si vous me demandez si Bilestky est antisémite, je vous répondrai qu'il l'est probablement, mais je vous dirai également qu'au moment où il a eu besoin d'aide pour soutenir l'Ukraine, nous la lui avons apportée, pour sauver l'Ukraine. Après cela, nos chemins se sont séparés, et nous avons chacun pris des directions différentes.

D'accord. Vous semblez être un gars honnête et je vous crois. Je crois à ce que vous dites en disant ne pas avoir de relations avec des groupes antisémites de la droite nationaliste.

Merci.

Alors dites-moi, que diriez-vous à ces Russes, ces Américains, ces Français -ces Israéliens -

Oui, ces israéliens également, ainsi qu'à toutes les personnes qui pensent que le Secteur droit est un cancer, que ces membres sont nationalistes ? Que vous êtes un mauvais parti ?

Je peux répéter, encore et encore, que nous ne sommes pas xénophobes, ni antisémites, ni fascistes, mais pour les personnes qui sont sous l'influence de la propagande russe, il n'y a rien que je puisse faire s'ils ne peuvent voir par eux-mêmes. Il y a quelques jours, quelqu'un que je connais est venu ici de Russie et m'a demandé, avant de venir, si on arrêtait les russes dans la rue en Ukraine, si vous ne risquiez pas d'être tué parce que vous parliez russe dans Kiev.

Oui, les gens croient cela.

Je lui ai dit de ne pas croire à cela, et de résister à la propagande à son retour. Mais c'est difficile de résister à la propagande ! S'ils vous disent tous les jours que votre fille est une prostituée, vous pourrez le croire même si vous n'avez qu'un fils. Ici, nous avons à faire face à la même situation.

Les Russes gagnent la guerre de l'information. Nous sommes forts en travail et en actes. Nous sommes forts en esprit.
N'oubliez pas que l'Ukraine a produit de nombreux Tzadiks. Rabbi Nachman de Uman, le Rebbe de Breslev.
L'Ukraine a donné au monde en cadeau de nombreux Tzadiks. Tous les ans, nous accueillons de nombreux pèlerins sans incidents. Si nous avions des incidents, les pèlerins viendraient-ils si nombreux à Ouman ?

Il y a eu des incidents.

Il y a des incidents partout. Ils ont arrêté un gang de néo-nazis en Israël l'an passé.

Regardez ce pays où le gouverneur de Dnipropetrovsk (Kolomoyskiy) est Juif, où de nombreux cadres de l’administration sont Juifs, où le porte-parole du Secteur droit est Juif. Comment peut-on parler d'antisémitisme ? Comment peut-on parler de fascisme ?

Être Juif signifie rechercher la liberté, c'est la raison pour laquelle nous avons fui l’Égypte. Être juif c'est refuser d'être esclave. C'est l'essence même du judaïsme. C'est pour cela que nous luttons fortement contre l'impérialisme russe qui est une forme d'esclavage. Mis à part des exceptions, telles que (Boris) Nemtsov ou ce cher défunt (Valériya) Novodvorskaya, les Russes croient à la propagande, ils sont actuellement des esclaves.

Source

INITIALEMENT PUBLIÉ LE 19-12-2014

 

 

Vos réactions

  1. photographe34000@yahoo.fr'Jeff

    Bonjour,
    je suis photographe, j’habite en Ukraine, et j’ai adoré cet article.
    Si jamais vous avez besoin d’images notamment lors de vos interviews, n’hésitez pas à me contacter à l’adresse mail fournie avec ce commentaire.
    Si vous voulez me rencontrer je suis actuellement à Kiev

    Répondre

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