Tribune juive contre l'antisémitisme en France de Nataneli Lizée

Actualités, Alyah Story, Antisémitisme/Racisme, Contre la désinformation, International, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Tribune juive contre l'antisémitisme en France de Nataneli Lizée

Il fut un temps — souvenons-nous comme d’un serment — où les mots brûlaient dans nos mémoires comme des braises ardentes, où chacun savait qu’ils pouvaient tuer aussi sûrement que des balles, délier la meute comme on lâche les chiens d’une chasse à courre, préparer le sol à l’abomination.

Nous le savions dans la chair héritée des suppliciés. Mais voici qu’un siècle a passé ; les ruines se sont tues, la mémoire vacille, et quand la mémoire s’efface, les ombres reviennent au galop.

Les signes s’alignaient pourtant, tragiques, obstinés. Ce fut Ilan Halimi, torturé vingt-quatre jours parce qu’il était juif ; Toulouse en 2012, où Merah faucha des enfants à la porte de leur école ; l’Hyper Cacher en 2015, où l’on tua pour une kippa, un pain azyme, le nom d’Israël gravé sur un visage ; Sarah Halimi en 2017, défenestrée après des mois d’injures ; Mireille Knoll en 2018, rescapée d’hier poignardée et brûlée chez elle. Toujours la même liturgie de haine, le même sang versé.

Et face à cette chaîne tragique ? Sur Ilan Halimi, silence. Pas un mot, pas une larme. Silence de plomb, silence de lâcheté. Quand les actes antisémites franchirent en 2024 le seuil effroyable de 1 500 en une année, il osa parler de « phénomène résiduel » : mot glaçant, mot profanateur. Et quand, en 2025, l’olivier planté en mémoire d’Ilan Halimi fut scié, ce fut encore le silence.

Puis vint Mireille Knoll : il refusa de marcher contre l’antisémitisme, exigeant qu’on parlât d’un racisme indistinct. Hué, rejeté, il accusa le CRIF d’« allégeance à un État étranger ».
Le deuil fut piétiné par la rhétorique.
Et nous ne l’avons pas oublié. L’année suivante, Alain Finkielkraut fut conspué de « sale sioniste » au cœur de Paris. Condamnation tiède, indignation balbutiante, et l’ambiguïté couvrit la haine d’un manteau complice.
Puis Éric Zemmour : on n’attaqua pas ses idées mais son sang, réduit à une « tradition liée au judaïsme », crachée comme un stigmate.

Et vint le 7 octobre 2023. Mille deux cents victimes, dont trois cent soixante jeunes du festival Nova ; des familles entières massacrées, souvent favorables à la paix. Parce que la haine du Juif fut plus forte que l’amour de l’humanité. Obono parla de « résistance », Bompard refusa de dire « terroriste », Panot osa s’afficher à l’hommage aux otages assassinés, Mélenchon brandit le mot « génocide » contre Israël. Les spectres des années trente se levèrent.

Puis les provocations s’enchaînèrent : drapeau palestinien brandi à l’Assemblée, Guedj réduit à sa judéité, Hanouna caricaturé aux traits de Goebbels, Haziza transformé en cible vivante.
Et voici Rima Hassan, mise en examen pour apologie du terrorisme, mais protégée bec et ongles par le parti, comme un noyau sectaire se refermant sur ses figures les plus sulfureuses.

Pendant ce temps, la vie quotidienne saigne : enfants israéliens chassés d’un parc, adolescents expulsés d’un avion pour avoir chanté en hébreu, un couple insulté au cri d’« Hitler avait raison », des rabbins agressés, la stèle d’Izieu profanée, l’olivier d’Ilan Halimi scié. On dit « marginaux », « cas isolés ». Mais mille cinq cents actes en une année ne sont pas des isolats : ils sont la marée noire qui monte.

Et qu’on ne vienne pas dire qu’il ne s’agit que de critique d’un État. Ce n’est pas d’Israël qu’il s’agit, mais des Juifs de France, sommés de baisser les yeux dans leur propre pays.
Ce qui pour d’autres est un fait isolé, pour nous est une cicatrice rouverte. Nous comptons une litanie, une mémoire de supplices accumulés, une histoire qui revient.

Alors oui, j’accuse. Moi, la franco-germanique juive ashkénaze, héritière de Buchenwald, grain de poussière jeté sur cette terre, j’ose lever la voix.
J’accuse les mots devenus armes muettes, les silences lourds comme des pierres, l’amalgame qui salit l’innocent, la banalisation qui transforme l’horreur en coutume, la propagande qui recycle Goebbels. J’accuse la rhétorique insoumise qui attise l’antisémitisme sous vernis politique.

J’accuse l’hypocrisie qui ne s’indigne que quand le calcul électoral le commande. Car oui, défendre la Palestine au nom de l’humanité, je le soutiens — car l’enfant qui meurt à Gaza ou au Sderot, au Yémen ou au Darfour, vaut le monde entier.
Mais détourner les yeux des charniers africains, de la famine yéménite, des six millions de morts du Congo, tout en vociférant contre Israël : voilà le double langage que j’accuse.

« Et lorsqu’ils sont venus nous chercher, il n’y avait plus personne pour nous sauver. »

(Martin Niemöller)

© Nataneli Lizée



Nataneli

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi