Élections israéliennes 2026 : le Shas ressuscite le rabbin Ovadia Yossef en hologramme

Actualités, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Élections israéliennes 2026 : le Shas ressuscite le rabbin Ovadia Yossef en hologramme

Par Claudine Douillet

Élections israéliennes 2026 : le Shas ressuscite le rabbin Ovadia Yossef en hologramme

Le Shas fait revivre son fondateur disparu en 2013. À huit jours des élections législatives du 27 octobre, le parti séfarade orthodoxe ressort la vidéo de campagne qui l'avait porté en 2022 : le rabbin Ovadia Yossef y réapparaît grâce à un hologramme et à l'intelligence artificielle, aux côtés d'un ancien candidat de l'émission de téléréalité « Big Brother ».

Une vidéo de 2022 recyclée pour la dernière ligne droite

Au moment décisif de la campagne, le Shas abat sa carte la plus émotionnelle. Le parti remet en circulation exactement le même clip qui lui avait valu un large succès lors du scrutin de 2022. Rien n'a été retourné ni retouché, à l'exception de la séquence finale, adaptée à l'élection de 2026. Le pari repose sur une conviction simple : l'image du « Maran », comme l'appellent ses fidèles, reste le meilleur argument électoral du mouvement, treize ans après sa mort.

Le procédé n'est pas anodin. Faire parler un guide spirituel disparu grâce à l'intelligence artificielle aurait choqué il y a quelques années dans le monde orthodoxe. Le Shas assume pourtant cette technologie, et l'associe à une figure de la téléréalité israélienne pour toucher un public jeune et populaire, bien au-delà des cercles religieux.

D'après Israel Hayom, la cible est précise : les électeurs qui hésitent encore entre le Likoud de Benjamin Netanyahou et le parti d'Itamar Ben Gvir, ainsi que les votants traditionnels de la mouvance séfarade que le Shas craint de voir partir ailleurs.

Halloween, nouvelle cible de la campagne identitaire

Le Shas ne s'adresse pas seulement aux orthodoxes. Le parti cherche aussi à séduire l'électorat traditionaliste, ces Israéliens séfarades attachés aux rites sans être strictement pratiquants, qui constituent historiquement le cœur de sa base.

Un second clip vise directement cette population. Un enfant y demande à son institutrice ce qu'est Halloween. Elle lui répond : « Tu es devenu primitif ? » La formule renverse habilement le reproche souvent adressé aux religieux. Le message est clair : ce n'est pas l'attachement à la tradition juive qui serait arriéré, mais l'importation de fêtes occidentales sans racines en Israël. Le Shas présente ainsi l'identité juive comme une fierté et non comme un repli.

La lettre du rabbin Yitzhak Yossef contre la montée au mont du Temple

Cette offensive médiatique ne tombe pas par hasard. Elle accompagne une lettre publiée dimanche 18 octobre par le rabbin Yitzhak Yossef, fils d'Ovadia Yossef, ancien grand rabbin séfarade d'Israël et président du Conseil des Sages de la Torah, l'instance suprême du Shas.

Dans ce texte manuscrit au ton particulièrement sévère, rapporté par la chaîne Channel 14, le rabbin rappelle que les grands décisionnaires de toutes les générations ont interdit sans exception de pénétrer sur le mont du Temple, en raison de la gravité de la faute encourue, passible selon la loi juive du « karet », le retranchement. Il s'en prend à des responsables publics qui se définissent comme nationalistes et qui, selon lui, entraînent le public dans cette transgression en sanctifiant la montée sur le site.

Sa conclusion est sans appel : soutenir le parti d'un dirigeant qui monte au mont du Temple et encourage cette pratique revient, à ses yeux, à commettre soi même la faute. Il est donc interdit, selon la halakha, de voter pour une telle formation. Le rabbin met aussi en garde contre les responsables politiques qui exploitent les questions religieuses sensibles à des fins électorales.

Itamar Ben Gvir dans le viseur

Le nom n'est pas écrit, mais personne ne s'y trompe. Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, chef d'Otzma Yehudit, s'est rendu à plusieurs reprises sur le mont du Temple et défend ouvertement le droit des Juifs à y prier. Channel 14 associe d'ailleurs la lettre à Ben Gvir et à Moshe Feiglin, autre défenseur de longue date de la présence juive sur le site.

Ce n'est pas la première charge du rabbin Yitzhak Yossef. Le 17 septembre, il avait déjà déclaré interdit de voter pour quiconque monte au mont du Temple. Le 7 octobre, il accusait Ben Gvir d'être responsable des arrestations d'étudiants de yeshivas, en pleine crise sur la conscription des ultra-orthodoxes.

Un électorat séfarade disputé

Derrière la querelle théologique se joue une bataille électorale très concrète. Le Shas et la droite nationaliste se disputent une partie du même électorat : des Israéliens séfarades, souvent issus des villes de développement et des quartiers populaires, attachés à la tradition et sensibles au discours sécuritaire. Une partie de ces électeurs, autrefois fidèles au parti d'Aryé Déri, a été séduite ces dernières années par le style direct de Ben Gvir.

Pour le Shas, l'enjeu est de rapatrier ces voix en jouant sur deux registres complémentaires : l'autorité rabbinique, avec l'interdit religieux formulé par le fils du fondateur, et l'émotion, avec le retour virtuel du père. Le message implicite adressé à l'électeur traditionaliste est limpide : voter Ben Gvir, c'est s'éloigner de l'héritage d'Ovadia Yossef.

Ovadia Yossef, un capital politique intact

Grand rabbin séfarade d'Israël de 1973 à 1983, fondateur du Shas en 1984, Ovadia Yossef est mort en octobre 2013 à l'âge de 93 ans. Ses funérailles avaient rassemblé plusieurs centaines de milliers de personnes à Jérusalem, l'une des plus grandes foules de l'histoire du pays. Auteur d'une œuvre halakhique considérable, il avait redonné leur fierté aux Juifs originaires d'Afrique du Nord et du Moyen Orient, longtemps marginalisés par l'establishment ashkénaze.

Treize ans après sa disparition, son image reste le principal ciment du parti. Le Shas l'avait déjà mise en avant lors de la campagne de 2022, conclue par l'obtention de onze sièges à la Knesset. Reste à savoir si la recette fonctionnera une seconde fois, dans un paysage politique bouleversé par la guerre, la crise de la conscription et la concurrence frontale de la droite nationaliste.

Réponse le 27 octobre, jour du vote pour la 26e Knesset.

À huit jours des élections israéliennes, le Shas fait réapparaître le rabbin Ovadia Yossef en hologramme et cible l'électorat de Ben Gvir.

POUR S'INSCRIRE A LA NEWSLETTER D'ALLIANCE ET AVOIR ACCES AUX INFORMATIONS EN UN COUP D'OEIL CLIQUEZ ICI :https://alliance-magazine.com/?p=subscribe&id=1

 

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi