Ran Gvili enterré en uniforme israélien : la manipulation du Hamas mise à nu

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Ran Gvili enterré en uniforme israélien : la manipulation du Hamas mise à nu

Ran Gvili : l’énigme du renseignement, les mensonges du Hamas et la ligne jaune que Tsahal a fini par franchir

Par Oron Kadoch et Moria Asraf – d’après les révélations publiées par Sefi Weiner sur Galei Tsahal.

Pendant des semaines, l’information était là. Fragmentée, verrouillée, retenue. Ran Gvili n’a pas été retrouvé faute de renseignement, mais parce que la vérité était prisonnière d’un mensonge, d’un cimetière et d’une ligne politique qu’Israël n’avait pas encore le droit de franchir.
Son exhumation, au cœur de Gaza, révèle une guerre invisible : celle du renseignement arraché, des manipulations du Hamas et des décisions différées au sommet de l’État.

L’affaire Ran Gvili restera comme l’une des plus complexes et des plus sensibles de cette guerre. Non pas en raison d’un manque d’informations, mais au contraire à cause de leur extrême rareté, de leur dispersion et des contraintes politiques qui ont longtemps empêché leur exploitation.
Une opération chirurgicale, retardée de plusieurs semaines, menée sur une ligne de crête diplomatique et militaire, et conclue dans un cimetière palestinien de Shejaiya, au terme d’un puzzle de renseignement presque impossible à compléter.

Une information détenue par une poignée d’hommes

Dès le départ, la localisation de Ran Gvili s’est distinguée par un élément glaçant : seuls quatre ou cinq terroristes du Jihad islamique palestinien connaissaient l’endroit précis où il se trouvait. Un cercle fermé, hermétique, conçu pour empêcher toute fuite.

La première percée décisive intervient il y a environ un mois, lors de l’opération Ktifa, quand les forces de sécurité capturent l’un de ces hommes. Ce rapt est aujourd’hui décrit par les services de renseignement comme un tournant majeur dans l’enquête.

Mensonges, interrogatoires et vérité arrachée

Transféré au Shin Bet, le terroriste commence par nier toute connaissance du sort de Gvili. Il ment. Il bloque. Il joue la montre.

Ce n’est qu’après le recours à des « interrogatoires nécessaires », incluant des pressions physiques, qu’il cède partiellement. Il évoque alors une hypothèse : Ran Gvili pourrait se trouver dans une fosse commune, au cimetière palestinien d’Al-Batsh, dans le quartier de Shejaiya.

Cette information n’arrive pas dans le vide. Les services disposaient déjà d’évaluations générales sur la zone et d’un constat établi depuis le début de la guerre : le Hamas et les groupes terroristes dissimulent fréquemment les corps d’otages morts dans des cimetières. L’interrogatoire apporte la pièce manquante. Le puzzle prend forme.

Une opération prête… mais bloquée

Fait troublant : plusieurs sources sécuritaires de premier plan affirment aujourd’hui que toutes les données nécessaires étaient réunies depuis plusieurs semaines. L’opération aurait pu être lancée bien plus tôt.

La raison du retard n’était pas opérationnelle. Elle était politique.

Le cimetière d’Al-Batsh se situe sur la « ligne jaune ». Pour sécuriser l’extraction, certaines forces devaient la franchir, au risque d’un incident diplomatique. Le feu vert nécessitait une coordination délicate avec les États-Unis et les médiateurs. Tant que l’autorisation n’était pas donnée, Tsahal restait immobile.

Ce n’est qu’après la décision politique que l’opération démarre. La preuve : l’annonce du Hamas, avant-hier, révélant l’opération elle-même – signe clair que des coordinations préalables avaient eu lieu.

La manipulation du Hamas mise à nu

Pendant ce temps, le Hamas faisait circuler, via les médiateurs, une version mensongère : Ran Gvili aurait été enterré « par erreur », à la suite d’une mauvaise identification.

Hier, cette fable s’est effondrée. Gvili a été retrouvé enterré en uniforme de policier. Le chef de la police l’a confirmé personnellement à ses parents. Il n’y avait ni erreur, ni confusion. Il y avait une mise en scène cynique, destinée à brouiller les pistes.

Frustration dans le commandement Sud

Au sein du commandement Sud, la colère est palpable. Tsahal a opéré des dizaines de fois à proximité de ce cimetière depuis le début de la guerre. Mais contrairement à d’autres sites de la bande de Gaza, aucun corps n’y avait été exhumé, faute du moindre soupçon concernant des otages morts.

L’ironie est cruelle : la zone était sous contrôle opérationnel, mais hors du champ du soupçon. Jusqu’à ce que le dernier fragment de renseignement vienne tout bouleverser.

« Nous avons creusé à mains nues »

En octobre dernier, après l’échange d’otages, le système de sécurité estimait que neuf otages décédés restaient introuvables, sans renseignements fiables permettant d’assurer leur rapatriement en Israël. Ran Gvili faisait partie de ces disparus que l’on craignait de ne jamais ramener.

Le lieutenant-colonel (réserviste) Eliasaf Varman, commandant de l’unité ayant retrouvé Gvili, a livré un témoignage bouleversant, rapporté par Assaf Liberman :

« Nous avons creusé à mains nues pendant des nuits entières, nous avons travaillé sur des pellicules. Sur place, les équipes médico-légales ont travaillé à partir de films radiologiques et d’imageries, afin d’identifier les corps exhumés.

Nous sommes arrivés dimanche à quatre heures de l’après-midi. Il faisait un froid glacial. Nous avons exhumé des centaines de corps.

À un moment, le médecin sur le terrain m’a dit : “Apportez-le moi immédiatement”, en désignant l’un des corps.

J’ai vu ses mains trembler sur les instruments. Puis ses yeux se sont embués. Une larme a coulé. Et ensuite, j’ai vu un sourire.

Un chapitre très important venait de se refermer. »

Ce chapitre, refermé au prix d’une patience stratégique, d’un courage brut et d’une vérité arrachée aux mensonges, dit tout de cette guerre : une guerre où le renseignement ne suffit pas, où la politique retarde parfois l’évidence, et où même la mort devient un champ de bataille.

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