Manosphère, Barron Trump, Israël : quand la misogynie radicale flirte avec le pouvoir

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Manosphère, Barron Trump, Israël : quand la misogynie radicale flirte avec le pouvoir

Père et fils Trump, Tate et la banalisation d’une violence faite aux femmes

Le lien entre les personnes accusées de trafic de femmes et le fils du président américain dépasse largement le cadre d’un simple entourage privé.
Cette semaine, une série de révélations a mis en lumière la proximité entre Barron Trump, le plus jeune fils de Donald Trump, et l’influenceur Andrew Tate, accusé avec son frère de trafic d’êtres humains et de viol.

Il a également été rapporté que le président lui-même serait intervenu en leur faveur lors de leur arrestation. Au-delà de la dimension personnelle, ces éléments interrogent la légitimation d’une idéologie violente, portée par ce que l’on appelle la « manosphère », déjà liée à des passages à l’acte meurtriers.

Le retour des frères Tate, malgré des accusations lourdes

Les frères Tate sont aujourd’hui de nouveau libres. Trois ans après leur arrestation en Roumanie, soupçonnés de trafic d’êtres humains, de viol et de constitution d’une organisation criminelle, Andrew et Tristan Tate sont rentrés aux États-Unis.
Le 27 février, ils ont atterri en Floride à bord d’un jet privé.
« Nous sommes de retour en force », a déclaré Andrew Tate à ses 11 millions d’abonnés.

Andrew, 39 ans, et Tristan, 37 ans, font pourtant l’objet de procédures judiciaires toujours en cours. Les autorités roumaines et britanniques les accusent d’avoir participé à un réseau exploitant des femmes à des fins de prostitution et de production de contenus sexuels, en recourant à la menace, à la violence et, dans au moins deux cas, au viol.
Bien qu’ils nient l’ensemble des faits, un mandat d’arrêt européen est toujours valable à leur encontre.

La question demeure entière : comment ont-ils pu quitter la Roumanie et regagner les États-Unis ?
Selon une enquête publiée par The New York Times, l’administration Trump aurait exercé des pressions diplomatiques en coulisses sur le gouvernement roumain, qui aurait finalement renoncé à les maintenir sur son territoire.

Barron Trump et la figure du « grand frère »

Le lien entre la famille Trump et les frères Tate ne s’arrête pas à une simple complaisance politique. Selon le New York Times et d’autres publications, Andrew Tate serait proche de Barron Trump, alors âgé de 19 ans.
Certains articles évoquent une relation de mentorat, Andrew Tate cherchant à s’imposer comme une figure influente auprès de la droite conservatrice américaine. En retour, Barron Trump aurait reçu de sa part, ou de celle de ses proches, des « conseils en matière de relations amoureuses ».

Cette proximité pose une question centrale : qui joue le rôle de modèle masculin auprès du fils du président ?

Des témoignages de violences explicites

La gravité des accusations portées contre Andrew Tate ne relève pas de la rumeur. L’une des femmes qui l’accusent de viol a témoigné l’an dernier dans un article de la BBC. Elle raconte : « Il a commencé à m’embrasser et m’a dit : “J’hésite à te violer.” Puis, soudain, il m’a attrapée à la gorge, m’a plaquée contre le lit et a commencé à m’étrangler. »

Le lendemain, Andrew Tate lui aurait écrit : « Suis-je une mauvaise personne ? Parce que moins tu aimais ça, plus j’y prenais plaisir. J’aime te violer. »

Concernant Tristan Tate, souvent présenté comme le plus modéré des deux, le New York Times a révélé des échanges dans un groupe de discussion intitulé « Proxénètes ». Après qu’une femme a exigé de quitter un lieu supposément utilisé par un réseau de prostitution, Tristan Tate aurait écrit : « Frappe-la s’il le faut. Je m’en fiche. »

La manosphère* et ses morts

La dangerosité de la « manosphère » n’est pas théorique. Dès 2014, Elliott Rodger a assassiné six personnes à Isla Vista, en Californie, avant de se suicider. Cet acte est considéré comme le premier cas de « terrorisme misogyne ». En 2018, Alec Minassian a foncé en voiture dans une foule à Toronto, tuant dix personnes. Avant sa condamnation à perpétuité, il a déclaré s’être inspiré d’Elliott Rodger, parlant d’une « rébellion incel ».

Ces passages à l’acte ont mis en lumière une idéologie déjà installée depuis les années 1990 sur des forums masculinistes, amplifiée par des événements comme le Gamergate en 2014, puis radicalisée après l’émergence du mouvement #MeToo en 2017.

Une idéologie diffuse et structurée

La « manosphère » n’est pas un mouvement centralisé, mais une communauté en ligne éclatée qui promeut la suprématie masculine, la misogynie et, dans ses franges les plus extrêmes, le déni du viol et l’incitation à la violence envers les femmes. Elle s’est dotée d’un langage propre, rendant parfois invisibles la brutalité et la radicalité de ses messages.

On y retrouve des incels, des militants des « droits des hommes », des « artistes de la séduction », des adeptes du retrait amoureux, ou encore des tenants de la « pilule rouge », selon laquelle la société serait structurellement hostile aux hommes et dominée par le féminisme.

Une influence mondiale, y compris en Israël

Ce phénomène est mondial. Il est également présent en Israël, bien que largement sous-traité dans le débat public. Des enquêtes ont mis en lumière l’existence de groupes locaux diffusant des discours de négation du viol et de glorification de la violence sexuelle.
Le cas de Gal Tenenbaum, arrêté après des menaces contre une journaliste et après avoir diffusé une vidéo dans laquelle il affirmait avoir violé « plus de 100 femmes », illustre cette dérive. Lors de son interrogatoire, il a déclaré : « Je viens de dire ça, ce n’est pas vrai. » Son avocat a parlé de plaisanterie, et aucune plainte n’a été déposée. Les propos, eux, sont restés publics.

La fragilité incel et la violence contre les femmes en Israël

Les études citées dans l’article montrent que les hommes attirés par la manosphère sont souvent des profils fragiles, socialement isolés, aliénés, ou en difficulté pour nouer des relations intimes.

Ce sont des individus vulnérables qui cherchent une appartenance et tombent sur un discours qui transforme leur malaise en permission de haïr.
Un concept clé y revient, le « looksmaxxing », cette obsession d’optimiser son apparence : beaucoup arrivent pour des conseils de sport ou de nutrition et se retrouvent, par glissement algorithmique, abreuvés de propagande antiféministe et de messages qui banalisent le déni du viol ou la violence.

En Israël, ce phénomène s’inscrit dans un terrain déjà inflammable : un pays marqué par un lourd passif de violences faites aux femmes, et, depuis deux années de guerre, par une génération de jeunes hommes psychiquement cabossés, parfois seuls, parfois en colère, souvent incapables de dire leur détresse autrement que par la brutalité ou le repli.

C’est précisément là que la manosphère prospère : elle se présente comme une « explication totale », offre des coupables et promet une revanche, au moment même où la société israélienne n’a ni plateforme structurée, ni pédagogie institutionnelle, ni discours public massif pour décoder ces codes et désamorcer cette mécanique.

Des figures respectées comme relais

L’un des éléments les plus troublants de la manosphère réside dans ses figures d’influence. Le Guardian a dressé une liste de ses leaders : Andrew Tate y figure, mais aussi Jordan Peterson, psychologue canadien suivi par des millions d’abonnés, ou encore le youtubeur Aidan Ross, qui a publiquement soutenu Andrew Tate pendant son assignation à résidence.

Leur point commun n’est pas la marginalité, mais la réussite. Ce sont des hommes perçus comme des modèles, ce qui rend leur discours d’autant plus attractif pour des jeunes en quête de repères.

Une audience jeune et massive

Selon un rapport récent d’Equimondo, entre 60 % et 65 % des consommateurs de contenus issus de la manosphère ont entre 16 et 35 ans. Chez les incels, le groupe démographique dominant se situe entre 22 et 29 ans. Il ne s’agit donc pas d’un problème générationnel marginal, mais d’un phénomène structurant chez les jeunes hommes.

Le message central, martelé sous différentes formes, est simple : « Ce n’est pas nous le problème, ce sont les femmes. »

Quand le sommet de l’État banalise

À ce stade, la question n’est plus seulement celle de la culpabilité pénale des frères Tate ou de leur proximité avec les fils de Trump. Elle concerne la portée symbolique d’une telle proximité. Quand des figures accusées de viol et de trafic de femmes gravitent autour du pouvoir, quand leurs discours trouvent un écho jusque dans l’entourage présidentiel, c’est une idéologie violente qui gagne en légitimité.

Et lorsque cette idéologie se diffuse auprès de jeunes hommes fragilisés, blessés ou isolés, le risque n’est plus abstrait. Il est déjà inscrit dans une chronologie de morts, de corps brisés et de violences répétées.

*La manosphère désigne une nébuleuse de communautés en ligne qui diffusent des discours hostiles aux femmes et au féminisme. Elle regroupe des courants variés, mais repose sur une idée centrale : si les hommes souffrent, ce serait à cause des femmes et d’une société qui les favoriserait.
Cette idéologie s’adresse souvent à des hommes jeunes, isolés ou fragilisés, et transforme leur malaise en ressentiment, parfois en justification de la domination ou de la violence. C’est ce glissement, de la détresse à la haine, qui fait aujourd’hui de la manosphère un sujet de préoccupation majeure.

L'appellation « manosphère » (en référence à la « blogosphère », c'est-à-dire le monde des blogs) est un terme trompeur : il ne s'agit pas d'une organisation ou d'un mouvement officiel, mais d'une communauté en ligne dispersée et décentralisée qui promeut des idéologies de suprématie masculine, de misogynie et d'antiféminisme, et, dans certains cas radicaux, le déni du viol et l'incitation à la violence envers les femmes. 

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