Le rabbin Michel Serfaty : je suis le plus Juif des musulmans

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C’est l’histoire d’un religieux convaincu et infatigable, parcourant les routes de France dans sa camionnette. Le rabbin Michel Serfaty sillonne inlassablement les banlieues depuis plus de dix ans.

La première édition du trophée Noorassur a eu lieu le 31 janvier dernier à Tremblay-en-France. Lors de cet événement sous le signe du vivre-ensemble, des membres des trois communautés ont répondu présent. Michel Serfaty, rabbin  et président de l'Amitié Judéo-Musulmane de France, M’hammed HENNICHE, Président de la Grande Mosquée de Pantin et Secrétaire Nationale de l’Union des Associations Musulmanes de Seine Saint Denis, Père Michel COURTADIAIRE chargé des relation pour l’Islam du diocèse de Seine Saint Denis, et Sonia MARIJI fondatrice de Noorassur.

Ce lundi, Michel Serfaty se verra remettre les insignes de chevalier de l'ordre national du mérite. C'est le secrétaire d'Etat à la recherche et à l'enseignement supérieur, et ex-maire de Ris, Thierry Mandon qui lui remettra la distinction dans la synagogue où il est en fonction depuis les années 1980.

De la Courneuve à Vénissieux, de Borny au Mirail, le rabbin déploie toute son énergie pour renouer le dialogue entre juifs et musulmans, accompagné depuis cinq ans par l’imam Mohamed Azizi et par trois jeunes éducateurs.

Au début de l’été, Michel Serfaty a choisi de faire le voyage entre la région parisienne et Toulouse. 2000 kilomètres de route avalées en une semaine, de nombreuses étapes dans les banlieues pour y transmettre le message d’amitié judéo-musulmane véhiculé par son association.

Ancien basketteur, le franco-marocain Michel Serfaty est le président de l'Amitié judéo-musulmane de France. Engagé dans le dialogue interreligieux, il organise de nombreux événements de « fraternité » avec ses homologues de la mosquée d'Evry, Khalil Merroun et de la cathédrale d'Evry, Michel Dubost.

Le rabbin Michel Serfaty et l'imam Mohammed Azizi ont sillonné en début de semaine les mosquées de Montreuil pour prôner l'amitié entre les juifs et les musulmans. Mais près d'un mois après les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher, les tensions sont-elles exacerbées ?

Impossible de le manquer. Le bus (très) coloré de l'Amitié judéo-musulmane de France (AJMF) vient de s'arrêter en plein centre-ville de Montreuil, en Seine-Saint-Denis.

A son bord, un rabbin, Michel Serfaty, et un imam, Mohammed Azizi. Depuis dix ans ils sillonnent, accompagnés de bénévoles, les routes de France pour promouvoir l'amitié entre les juifs et les musulmans.
"L'idée est de montrer ce qui nous rapproche plus que ce qui nous sépare", affirment les deux hommes d'une même voix. Au-delà de ces porte-à-portes et de ces distributions de flyers, l'association organise des ateliers, des expositions ou encore des débats au sein des écoles publiques.

"On se ressemble plus qu'il ne semble" ; "juifs et musulmans, nous préférons le mouton à la voiture bélier", peut-on lire en grosses lettres sur le vieux van des années 70. "On a de la chance ce matin, il fait beau", s'écrie Alexandra, la chargée de communication. Emmitouflé dans son écharpe, un des bénévoles lui rétorque : "Ouais, mais il fait super froid". Pour autant, pas question pour eux de rester confortablement assis dans leur bus et de ne parler que météo.

Les deux hommes de foi enfilent des T-shirts bigarrés sur leur costume noir au logo de l'AJMF, puis s'étreignent longuement. Casquette pour l'un, chapeau traditionnel Loubavitch pour l'autre, ils se lancent à l'assaut des mosquées. Des "visites" toujours faites "sans prévenir", ajoute l'imam.

Les attentats de Paris ont "changé les choses"

Sur le chemin, Michel Serfaty ne peut s'empêcher d'interpeller passants et commerçants. Premier arrêt, une petite épicerie tenue par un musulman du centre-ville de Montreuil. Avec sa barbe blanche de trois jours et son imposante posture, le rabbin l'interpelle à la manière dont le ferait un professeur avec ses élèves. "Si on veut présenter l'autre comment on fait ?, lui demande-t-il. Eh bien, on ouvre un livre, on regarde un film et on va à la découverte de l'autre." "Y'a pas de problème", lâche son interlocuteur d'un grand sourire. Ici, l'accueil est chaleureux. Le message est bien passé et, selon le rabbin, "il passe toujours très bien". Pourtant, en insistant un peu, il finit par admettre qu'il aimerait qu'on lui "ouvre un peu plus les portes".

On peut tout aborder avec le rabbin. Ou presque. Lorsqu'un passant évoque le conflit israélo-palestinien, il ne perd rien de son habituel optimisme. "Qu'est-ce que t'en as à foutre de ce qui se passe là-bas ? Faisons l'humour et vivons ensemble au lieu de faire la guerre."

Même les attentats contre Charlie Hebdo et le magasin Hyper Cacher n'ont pas entamé sa bonne humeur et sa détermination à défendre l'amitié entre juifs et musulmans. Au lendemain de la parution du Charlie Hebdo avec la Une sur le prophète Mohammed, le rabbin a même fait le tour des mosquées "dites radicales" de Sainte-Geneviève-des-Bois, de Corbeil-Essonnes et de Vigneux-sur Seine, dans l'Essonne. "Après les attentats de Paris, les esprits ont été secoués. Mais l'évènement est oublié. Il n'est resté présent que dans la mémoire des juifs qui eux sont sensibles à la catastrophe", affirme-t-il.

"Je suis le plus juif des musulmans"

Du côté de l'imam, le discours est un peu plus nuancé. "Les choses ont changé depuis Charlie Hebdo. Il y a une certaine compréhension des uns et une méfiance des autres", confie Mohammed Azizi derrière ses lunettes noires.

"Ces attentats ont mis en exergue l'ensemble de la communauté musulmane." Quant à ces motivations, l'imam confie avoir toujours vécu entouré de juifs et se sentir très proche de cette communauté. "Je suis le plus juif des musulmans", s'amuse t-il, toujours le sourire aux lèvres. "Notre principale préoccupation, c'est le bien vivre ensemble. Le bien vivre ensemble des cultures, des communautés et des religions. Nous voulons apporter notre pierre à cet édifice."

Sur le chemin de la grande mosquée de Montreuil, les deux compères s'arrêtent au foyer malien de la rue Bara. A l'intérieur, un petit marché de fortune, et de nombreux sans-papiers. Pour l’imam et le rabbin, l’accueil est froid, mais toujours moins que pour les journalistes priez de quitter les lieux à coup de : "Pourquoi vous débarquez ici sans prévenir avec vos caméras ? Dégagez". Les esprits s'échauffent, et on nous fait signe qu'il est préférable de quitter les lieux. Tout se terminera dans le calme. Bras dessus, bras dessous, Michel Sefarty et Mohammed Azizi auront ensuite une longue conversation en catimini.

Avant l'heure du déjeuner, direction la grande mosquée Islah, à Montreuil. Devant l'entrée principale, habillée d'une grande façade en bois, le recteur et l'imam de l'établissement sont en pleine discussion avec Michel Serfaty et Mohammed Azizi. Au programme : distribution de tracts, discussions et débats. "C'est une bonne initiative", estime Mustapha, salarié de la mosquée. Même si l'initiative est très appréciée, l'imam de cette mosquée émet tout de même un reproche. "Où est le christianisme dans tout ça ?", lance-t-il.

"Apprenons déjà à nous aimer entre juifs et musulmans et on verra après pour les catholiques", lui rétorque Michel Serfaty d'un ton amusé. L'imam et le rabbin quittent le lieu saint, grand sourire aux lèvres. "Ils veulent collaborer avec nous, exulte l'imam. On va essayer d'organiser des ateliers et des débats ensemble dans les prochains mois." Après trois heures de porte-à-porte, il est déjà l'heure du déjeuner. Et avec une assemblée composée de musulmans et de juifs, comment mettre tout le monde d'accord ? "Kebab."

Nathalie ZADOK

Vos réactions

  1. inasultana1326@gmail.com'YANA Francine

    Très intéressant comme Parcours ! Mais est-ce vraiment solide et sincère cette amitié ? car très souvent ils sont sincères mais leurs supérieurs les contraignent à se manifester
    différemment ! Ils n’ont pas malheureusement pas compris que seuls les juifs peuvent les*comprendre tellement ils ont été brimés dans les colonies et Protectorats comme nous Juifs, nous leur avons démontré que seuls les Juifs ne pouvaient les comprendre
    et leur apporter le bien être ! Certains en sont conscients mais ont peur de se faire
    tuer s’ils le manifestent trop, d’autres sont sauvages et dominent ce climat d’assassinat !!

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