Le judaïsme est-il sexiste ?

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Le judaïsme est-il sexiste ? Par Norbert Cohen

Le judaïsme est-il sexiste ?

En cette deuxième semaine de mars où le monde a célébré la Journée de la femme (le 8), on peut s'interroger sur la place qu'elle occupe dans la tradition juive.

Les poncifs sont légion. Beaucoup sont persuadés que le statut de la femme juive est inférieur à celui de l'homme, comme dans la plupart des religions anciennes. En principe, ce n'est pas tout à fait exact. Les rôles des 2 sexes sont certes différents, mais le judaïsme orthodoxe n'interdit pas à la femme de travailler et si elle est dispensée d'un grand nombre de commandements - liés au temps - et de l'étude assidue du Talmud, ce n'est pas parce qu'elle en serait incapable, mais parce qu'elle porte en elle et par nature les valeurs de la Torah, alors que l'homme doit accomplir des efforts incessants pour conserver sa moralité.

Le judaïsme orthodoxe n'interdit pas à la femme de travailler.

Le judaïsme orthodoxe n'interdit pas à la femme de travailler.

De surcroît, dispense ne signifie nullement interdiction. Enfin, en matière de sexualité, l'homme est considéré par les rabbins comme une « bête » et c'est la femme qui décide quand et comment elle entend faire l'amour. Si son mari ne la satisfait pas sur le plan des rapports physiques, c'est... un motif suffisant de divorce ! Une loi qui étonnerait sans doute les féministes laïques.

Voilà pour la théorie, vue sous un jour très favorable au judaïsme. Mais la réalité a été bien différente à travers les siècles et reste problématique de nos jours. D'autre part, certains textes sacrés - occultés par les tenants de l'orthodoxie, qui préfèrent les dissimuler au public profane - sont carrément sexistes ! Tout est donc affaire d'interprétation, de pratique et de contexte historique.

A propos de sexisme, on remarque que la femme juive ne peut pas témoigner (mais il existe des exceptions), ni être juge. Chaque matin, l'homme juif remercie Dieu de « ne pas l'avoir fait femme ». Le divorce passe par une procédure de « libération » de la femme (le guett) souvent mal perçue, dans la mesure où l'homme qui refuse de l'accorder interdit de fait à son ex-épouse de se remarier, ce qui autorise tous les chantages.

Cependant, les tribunaux rabbiniques exercent parfois des pressions considérables pour obliger l'homme à donner le guett. Ici encore, les pratiques sont différentes selon les milieux et les époques, et les textes permettent toutes sortes d'interprétations.

Mais surtout, les Juifs ont été fortement influencés, partout en diaspora, par leur environnement. Ainsi, dans les sociétés maghrébines ou slaves, il était inconcevable de permettre à la femme de s'instruire.

Sa place était au foyer. De tout temps, il y a eu des exceptions et de grandes érudites. Mais l'émancipation, au sens contemporain du terme, était impossible pour l'immense majorité d'entre elles.

Aujourd'hui encore, les orthodoxes qui se réfèrent constamment aux rabbins « miraculeux » polonais ou marocains et qui rejettent la modernité relèguent la femme à un rôle que n'apprécient pas du tout les Israéliennes non pratiquantes, par exemple.

A l'inverse, d'autres Juifs très observants, issus de milieux athées et « revenus » à la foi, recherchent inlassablement les textes les plus libéraux pour justifier une interprétation féministe de la Torah.

Cela dit, s'ils sont religieux, ils ne peuvent échapper à la centralité de la cellule familiale et à l'obligation de procréer abondamment. Pour certaines femmes célibataires ou sans enfants, en Israël comme en diaspora, cette injonction relève toujours de l'oppression.

Autre exemple : les mariages arrangés par les parents étaient monnaie courante autrefois et le restent dans des milieux orthodoxes marginaux.
Pourtant, le Talmud précise qu'il est « interdit de marier une fille de force » (traité Kiddouchin, 2b). Un passage rédigé il y a plus de 2 millénaires !
C'est l'exemple parfait d'une loi extrêmement avancée et moderne, mais... peu ou mal appliquée dans la longue histoire du peuple juif. Aujourd'hui, les religieux la respectent globalement.

Les réformés (libéraux) eux, ont fait évoluer la Halakha (ensemble des obligations rituelles) de manière telle que toute trace de sexisme est bannie : les prières sont mixtes, une femme peut être juge ou rabbin, etc.

Leur raisonnement s'appuie notamment sur les enseignements de Rachi, le plus grand décisionnaire juif français du Moyen-Age, qui estimait qu'on ne pouvait légitimement « rien » interdire aux femmes.

Chez les réformés, non seulement on n'interdit pas, mais... on oblige ! Les femmes sont tenues aux mêmes commandements que les hommes, les unes et les autres ayant été créés « à l'image de Dieu », comme le stipule la Genèse. Une égalité absolue hérétique pour les orthodoxes.

Vos réactions

  1. cato9tails_66@yahoo.com'Zahava

    « Finally, with regard to sexuality, man is regarded by the rabbis as a « beast » and it is the woman who decides when and how it intends to make love. If her husband does not satisfy in terms of physical relationship is … a sufficient ground for divorce! »

    Can you please provide a source or sources for this statement? Thank you!

    Shabbat shalom!
    Zahava
    Yerushalayim

    Répondre

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