La situation de la classe moyenne en Israël : analyse économique

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La situation de la classe moyenne en Israël

Aujourd’hui pour changer un peu, je vous ai traduit l’analyse économique et politique du journaliste et rédacteur en chef du TheMarker Online, toujours percutant et inspirant, Sami Peretz. סמי פרץ בצרפתית !

Durant les crises économiques on a coutume de dire que les riches s’enrichissent, et les pauvres s’appauvrissent.

De nombreux articles de ce type sont publiés et le seront encore dans les temps à venir, à la suite de la crise du Corona. Sauf que la majorité des gens ne sont ni riches ni pauvres. Ils se situent au milieu de la statistique des revenus, celui qui répond au nom de « classe moyenne »

Et quelle est sa situation actuellement ?

Le jeu populaire serpents et échelles décrit cette lente ascension graduelle mais aussi la dégringolade en cas de problème.

La crise du Corona en est une incarnation particulièrement cruelle - une crise du siècle - et la meilleure façon de le comprendre est de regarder les filets de sécurité que le gouvernement a déployés, pour plus de 200 milliards de shekels.

Sans le rallongement des droits aux indemnités chômage, les dotations et les prêts garantis pour les entreprises ainsi que le ré-étalement des prêts immobiliers, nous aurions été témoins d’une crise sociale et économique dramatique accompagnée de secousses politiques qui auraient fait paraître anodines les manifestations de Balfour.

Dans le jeu de serpents et échelles, ils auraient été nombreux à dégringoler des dizaines de cases plus bas, jusqu’a ne plus vouloir, ou ne plus pouvoir, participer au jeu.

Les mécanismes de protection ont permis aux classes moyennes de rester dans le jeu. Pour l’instant.

La classe moyenne était l’acteur principal du mouvement social de 2011, qui a produit des bénéfices politiques importants à tous ceux qui ont su surfer dessus - Yair Lapid, Moshe Cahlon, et aussi Shelly Yehimovich, élue à la tête du parti travailliste cette année-là.

Le gouvernement Netanyahu réussit alors à neutraliser le mouvement en traitant certains des problèmes les plus douloureux pour les classes moyennes. Par exemple, des avantages fiscaux pour les parents de jeunes enfants et certaines mesures dans le domaine du coût de la vie, du prix de la téléphonie mobile, des vols pour l’étranger, ou la décision de rendre les soins dentaires gratuits pour les mineurs.

Dans la crise actuelle, le coup porte particulièrement sur des secteurs particuliers comme le tourisme, la restauration, la culture, les événements et l’aviation, et en termes de catégories de revenus, sur les classes moyennes et défavorisées.

La crise a touché très durement les jeunes des secteurs mentionnés, même si leur situation reste tenable puisque les indemnités chômage les soulagent et ils sont généralement flexibles en termes de logement. Pour les foyers avec enfants, les dommages sont plus compliqués, car ils ont plus de frais fixes.

L’économiste en chef du ministère des Finances, Shira Grinberg, a publié au mois d’Août une analyse des caractéristiques des chômeurs du Corona qui indiquait que les bas salaires ont été licenciés en priorité. Il ressortait également de son analyse que la plupart des salariés qui se trouvent aujourd’hui en congé sans solde sont des hommes (53%) de plus de 35 ans (53%) et avec une famille (60% sont mariés ou divorcés et 49% ont des enfants de moins de 17 ans).

Les indemnités chômage payées par l’Etat (près de 17 milliards de shekels cumulés à aujourd’hui ) sont une solution efficace pour les bas revenus seuls, en raison de leur plafonnement.

Cependant toujours selon les données de Shira Grinberg, le salaire moyen de ceux qui abandonnent le marché du travail à la suite de la crise ( ceux qui ont perdu leur emploi et ont cessé d’en chercher un nouveau) était particulièrement bas - 6550 shekels par mois.

L’influence de la crise du Corona perdurera pendant de nombreuses années, que ce soit du côté du remboursement de la dette souveraine contractée pour financer la crise, ou du décompte des victimes, nouveaux chômeurs et nouveaux pauvres.

L’attention sera tournée de ce côté là, mais à côté se produisent des phénomènes dramatiques dans la vie de très nombreuses personnes, même si elles ne sont pas cataloguées comme pauvres.

Le niveau de vie en Israël est retourné trois ans en arrière en termes de PIB par habitant, et cela prendra encore au moins trois autres années afin de revenir au niveau de 2019, mais ce sont des données moyennes.

Et si il y a des personnes dont le niveau de vie n’a pas été atteint et peut-être même s’est amélioré, en face il y en a dont le niveau de vie est retourné bien plus de trois ans en arrière.

Cela se passe principalement dans les classes moyennes, toute personne dont le niveau de vie se trouve entre le quatrième décile et les septième et huitième déciles. Dans ces zones-là sont concentrés, par exemple, le programme qu’a mis en place la Banque d’Israël, de rééchelonnement des remboursement des prêts immobiliers pour les personnes dont les revenus ont été impactés pendant la crise du Corona.

Selon le plan qui a été présenté par la Banque d’Israël, les échéances de prêt pour les foyers dont les revenus nets sont inférieur à 20.000 shekels et qui ont été diminués de plus 40 %, seront étalés et baissés de 25 à 75 %. Comment est-on arrivée à la Banque à ces chiffres-là ?

Le revenus net de moins de 20.000 shekels est un chiffre rond qui se situe entre le revenu médian des foyers qui ont pris des prêts immobiliers, 19.000 shekels, et le revenus moyen, 22.000 shekels.

Le choix du pourcentage reflète la ligne haute du pourcentage de remboursement mensuel par rapport aux revenus nets.

La tendance des banques est de ne pas permettre aux acheteurs d’appartement un prêt immobilier dans lequel le remboursement mensuel est de plus de 40 % de leurs revenus nets, en se basant sur le fait qu’un remboursement plus élevé est impossible face au reste des dépenses de la famille pour l’alimentation, les transports, l’éducation, etc.

Si on plaque ces données sur les déciles de revenus, on découvrira que c’est une proposition qui répond aux besoins des classes moyennes. Ni les riches, dont les revenus sont supérieurs à 20.000 shekels, et qui n’ont pas forcément été atteints par la crise, ni les pauvres dont la plus grande partie ne sont pas propriétaires. Un foyer dont le revenu mensuel net était de 20.000 shekels à la veille de la crise du Corona, et qui a subi une baisse de revenus de 40 %, a de fait dégringolé du septième au quatrième décile.

Selon le Bureau de la Statistique, le revenu net d’un foyer du septième décile est de 19.328 shekels par mois en 2018, et celui du quatrième décile de 12.294 shekels mensuels.

Parmi les victimes de la crise, il y a les foyers dont les revenus sont encore plus bas et pour lesquels une baisse de 40 % de leurs revenus ne signifie pas seulement une baisse dans le classement , mais également la création d’un écart négatif entre les dépenses et les revenus.

Selon le bureau de la statistique, dans les trois déciles inférieurs les dépenses moyennes sont plus élevé que le revenu moyen, ce qui les oblige à avoir recours à une aide extérieure, que ce soit le gouvernement ou la famille, et surtout les mène à l’endettement.

Mais cette écart existera également dans les déciles plus élevés, dont les revenus ont été atteint significativement, car une partie de leurs dépenses sont fixes, comme le logement, l’éducation, la santé, le transport, l’alimentation, et on ne peut pas les réduire significativement. Parmi ces dépenses, le choix du gouvernement et de la Banque d’Israël a été de gérer la plus grosse dépense, le logement.

Pourquoi ? Car le plan de la Banque ne découle pas seulement de la volonté d’aider les emprunteurs de la classe moyenne, mais également d’aider les banques à surmonter la période du Corona sans choc sur les dossiers de crédit.

Le nombre des emprunteurs qui ont repoussé leur déchéance de prêt immobilier est de près de 100.000, et le volume du crédit qui leur a été consenti est de 47 milliards de shekels.

C’est une somme élevée, et également un assez grand nombre de personnes pour ébranler les banques en cas de défaut de remboursement. La limite de revenus jusqu’à 20.000 shekels et la baisse de 40 % sont destinés à cibler les classes moyennes et ceux qui sont susceptibles de dégringoler vers la pauvreté.

Les solutions que le gouvernement et la Banque d’Israèl ont mis en place ont l’air efficaces, malgré des effets secondaires potentiels comme l’augmentation de la pauvreté, des inégalités sociales, et la dégringolade de de nombreux foyers vers les déciles inférieurs.

Il y a également des effets secondaires d’économie au noir et d’absence d’incitation au travail. Le focus sur la classe moyenne découle certes de facteurs économiques et sociaux sur lesquels il n’y a pas de querelle politique, mais il a également une signification politique intéressante.

Une analyse des comportements de vote à la Knesset selon les déciles réalisée par le professeur Momy Dahan de l’Université de Jerusalem lors de la dernière campagne électorale, nous enseigne que le Likoud est le parti le plus fort dans les déciles de la classe moyenne.

Dans les déciles les plus bas, il y a une domination des partis ultra-orthodoxes et de la liste arabe unie. Kahol Lavan et Yesh Atid sont plus forts dans les déciles plus élevés.

Le résultat : la politique socio-économique du gouvernement Netanyahu actuel fournit une réponse adaptée, que ce soit en matière d’indemnités chômage prolongées, ou que ce soit pour les échelonnement de prêt immobiliers qui garantissent la paix sociale, malgré cette crise très grave.

Ceux qui s’interrogent sur la raison pour laquelle les manifestations et les protestations contre Netanyahu se concentrent principalement sur sa situation judiciaire, et non pas sur des problèmes socio-économiques, doivent étudier en profondeur les données des aides gouvernementales.

C’est là que se trouve l’explication de la neutralisation de la colère sociale des victimes de la crise. À cette étape, le travail du ministre des Finances Israel Katz est assez facile. Il dégage des budgets, éteint les incendies, et calme les tempêtes.

C’est ainsi qu’on fait dans le monde entier dans la gestion de la crise. Le moment du test arrivera lorsque le gouvernement stoppera les aides et cherchera des moyens de financer la crise. Il sera relativement facile d’aller vers les riches afin de leur prendre plus d’argent. Mais la classe moyenne également sera dans le viseur. Elle est toujours dans le viseur quand on a besoin d’augmenter les impôts.

L'auteur de ce post a choisit de garder l'anonymat.

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