La reine Esther, le Shah et Israël : 2 700 ans d’amitié perdue à retrouver

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La reine Esther, le Shah et Israël : 2 700 ans d’amitié perdue à retrouver

Israël et les héritiers du Shah d’Iran : l’alliance oubliée, entre mémoire biblique et stratégie renaissante

La visite de Reza Pahlavi en Israël, un tournant historique

En avril 2023, une image inattendue a fait le tour du monde : Reza Pahlavi, fils aîné du dernier Shah d’Iran, foulait pour la première fois le sol israélien.
Accueilli par la ministre du Renseignement Gila Gamliel, il s’est rendu au musée de Yad Vashem pour y honorer la mémoire des victimes de la Shoah, prié au Mur des Lamentations et rencontré les hauts responsables israéliens, dont le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Cette visite ne relevait pas d’un simple acte symbolique. Elle portait un message clair : celui d’un rapprochement entre le peuple iranien exilé et Israël, au nom d’une histoire commune, d’une culture ancienne, et peut-être d’un avenir partagé.

Avant la révolution islamique : une alliance stratégique entre Israël et le Shah

Ce rapprochement inattendu puise ses racines dans une relation oubliée mais puissante.
Avant la révolution de 1979 et l’arrivée de l’ayatollah Khomeini au pouvoir, l’Iran du Shah Mohammad Reza Pahlavi entretenait des relations étroites, quoique discrètes, avec Israël.

Ces deux puissances non arabes au Moyen-Orient partageaient des intérêts géostratégiques communs, notamment la lutte contre le panarabisme de Nasser, la crainte de l’expansion soviétique, et la volonté d’occuper un rôle régional de premier plan.

Israël achetait une grande partie de son pétrole à l’Iran, qui en retour bénéficiait de technologies militaires et d’un savoir-faire israélien dans les domaines de l’agriculture, du renseignement et de l’armement.
L’un des projets les plus emblématiques de cette coopération fut le “Projet Fleur”, signé en 1977, qui visait à développer en commun un missile de longue portée. Peu avant la révolution, ce projet fut interrompu, mais il témoigne de la profondeur de l’alliance.

Une mémoire biblique comme socle d’un lien millénaire

Au-delà de la politique, la relation entre Israël et l’Iran est ancrée dans une mémoire biblique remontant à plus de deux millénaires.
C’est en Perse, sous le règne du roi Assuérus, que s’est déroulée l’histoire d’Esther et de Mardochée, deux figures centrales du judaïsme, commémorées chaque année à Pourim. Selon la tradition juive et persane, les tombeaux d’Esther et Mardochée se trouvent à Hamadan, ancienne Ecbatane, en Iran. Jusqu’à la révolution islamique, les Juifs d’Iran y faisaient pèlerinage librement, et ce site bénéficiait d’une protection étatique.

La figure du roi Cyrus le Grand, qui autorisa les Juifs à retourner à Jérusalem après l’exil babylonien, est également essentielle.
Il est mentionné dans le Livre d’Esdras comme un libérateur du peuple juif.
À ce titre, il est l’un des rares souverains non juifs à être qualifié de “messie” dans la Bible hébraïque. Cette reconnaissance biblique a permis pendant des siècles une coexistence respectueuse entre les Juifs et les souverains perses.

Une diaspora iranienne proche d’Israël

Depuis la chute du Shah, une large partie des Iraniens exilés – en particulier aux États-Unis et en Europe – entretiennent une vision favorable d’Israël, en opposition au régime islamique en place à Téhéran. Reza Pahlavi incarne cette frange de l’exil iranien, monarchiste, laïque et moderniste. Lors de sa visite en Israël, il a exprimé le souhait de bâtir un “pont entre les peuples”, affirmant que “le peuple iranien ne hait pas Israël, il est otage d’un régime violent et idéologique”.

Le message politique était clair : une autre voie est possible pour l’Iran. Une voie inspirée par la mémoire du Shah, de Cyrus, d’Esther, mais surtout par la volonté de rétablir des liens interrompus par la théocratie. Ce discours a trouvé un écho favorable dans certains milieux diplomatiques israéliens, qui voient en Reza Pahlavi un éventuel partenaire pour l’après-régime.

Une stratégie d’avenir : les “Cyrus Accords”

Reza Pahlavi a même proposé, dans la foulée de sa visite, de lancer des “Cyrus Accords”, inspirés des Accords d’Abraham, qui uniraient les nations démocratiques et modérées du Moyen-Orient autour de valeurs communes : liberté religieuse, prospérité économique, coopération sécuritaire et respect de la diversité culturelle.
Ce projet utopique pour certains, audacieux pour d’autres, vise à préparer l’après-Khamenei, dans l’hypothèse d’un effondrement du régime ou d’une transformation démocratique de la société iranienne.

L’idée d’un Iran allié d’Israël, dans une configuration régionale post-islamiste, peut sembler lointaine. Mais elle n’est pas irréaliste si l’on considère l’histoire. L’Iran du Shah était déjà ce partenaire discret et efficace, et l’histoire ancienne – celle d’Esther, de Cyrus, et de la présence juive bimillénaire en Perse – sert aujourd’hui de trame narrative à une vision de réconciliation.

Un passé partagé pour rêver un avenir commun

Israël et l’Iran, malgré plus de quarante ans d’hostilité ouverte, n’ont jamais cessé d’être liés par une histoire profonde. Les Juifs d’Iran, les alliances stratégiques du XXe siècle, la mémoire d’Esther et le tombeau de Mardochée, tous ces éléments constituent un socle historique unique au Moyen-Orient. En renouant le dialogue avec les héritiers du Shah, Israël ne cherche pas seulement un allié : il redonne vie à une histoire ancienne, chargée de promesses.

Ce lien oublié, ravivé par Reza Pahlavi, pourrait bien être la clé d’un retournement géopolitique encore inimaginable. En redonnant voix aux mémoires partagées et aux alliances d’autrefois, les deux nations, ennemies officielles mais parentes dans les textes anciens, pourraient bâtir une paix fondée non sur l’oubli, mais sur la réconciliation par la vérité de l’Histoire.

*Le « projet Cyrus » ou « Cyrus Accords » a été relancé pour la première fois publiquement en avril 2023, lors de la visite de Reza Pahlavi en Israël. À Yad Vashem, il a évoqué l’idée de restaurer les liens entre Israël et un futur Iran post-régime des mollahs, en s’appuyant sur la mémoire de Cyrus le Grand – d’où la référence au « projet Cyrus »

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