Israël s'inquiète de la percée des salafistes en Égypte

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Article  paru dans "Le Figaro"

Les résultats des législatives sont perçus comme une menace.

Le succès électoral des islamistes en Égypte suscite l'inquiétude des Israéliens. Les scores importants remportés aux législatives partielles par les Frères musulmans et les salafistes font à présent ouvertement craindre par Israël l'installation au Caire d'un gouvernement hostile, susceptible de remettre en cause le traité de paix en vigueur depuis 1978 entre les deux pays. Dans les scénarios les plus pessimistes, l'arrivée des islamistes à la tête de l'Égypte pourrait déboucher sur un bouleversement stratégique de la même ampleur que la chute du chah d'Iran en 1979, qui avait transformé un allié régional d'Israël en l'un de ses plus farouches ennemis.

Les Frères musulmans n'ont jusqu'à présent pas publiquement remis en cause le traité de paix avec Israël. Les salafistes sont restés silencieux sur la question.

Mais que ce soit à Gaza, territoire contigu aux deux pays et dirigé par le Hamas, branche palestinienne des Frères musulmans, ou dans le Sinaï, dont le contrôle échappe de plus en plus aux autorités du Caire et où le gazoduc qui alimente Israël a été saboté neuf fois depuis le début de l'année, les Israéliens envisagent de plus en plus sérieusement la perte de leur partenariat stratégique avec l'Égypte. «Nous espérons que tout futur gouvernement en Égypte reconnaîtra l'importance de conserver le traité de paix avec Israël», a déclaré dimanche Benyamin Nétanyahou. Le ministre de la Défense, Ehoud Barak, a souligné samedi que le «processus d'islamisation dans les pays arabes est très préoccupant».
Laisser le temps à l'Égypte

En août dernier, la mort de cinq gardes-frontières égyptiens tués par erreur par l'armée israélienne dans le Sinaï avait ouvert une crise diplomatique entre les deux pays, malgré les excuses officielles israéliennes. Une foule de manifestants avait mis à sac en septembre l'ambassade israélienne au Caire, témoignant à la fois de l'hostilité de l'opinion égyptienne à la politique de coopération avec Israël comme du peu d'empressement des militaires à la calmer.

«Nous n'avons pas perdu l'Égypte», a cependant temporisé l'ancien ambassadeur israélien au Caire, Yitzakh Levanon, qui avait dû quitter précipitamment le pays. «Nous avions de bonnes relations avec la tête de l'État, et elles continuent. Nous n'en n'avions aucune avec la rue, les intellectuels et les médias, et ce presque rien continue aussi… Il faut regarder la situation dans son ensemble: l'Égypte est en plein bouleversement, et nous devons lui laisser du temps pour se rétablir, et seulement après décider si nous avons gagné ou perdu», a-t-il déclaré dans une récente interview au quotidien israélien Yedioth Ahronoth.
Risque d'isolement

Mais après la détérioration de ses relations avec la Turquie depuis l'arraisonnement sanglant de la flottille pour Gaza en 2010, et alors que la Jordanie, autre allié régional, apparaît comme de plus en plus fragilisée par la contestation intérieure, Israël voit la montée des islamistes en Égypte comme une nouvelle menace, risquant de l'isoler encore un peu plus dans une région en pleine effervescence. Et un argument supplémentaire pour ne faire aucune concession aux Palestiniens.

«Le printemps arabe ne fait pas avancer, mais régresser le Moyen-Orient», a déclaré Benyamin Nétanyahou la semaine dernière devant la Knesset, soulignant que ses prédictions de voir le printemps arabe se transformer en «une vague islamique, antilibérale, anti-occidentale, anti-israélienne et antidémocratique» s'étaient réalisées.

«Je ne vais pas baser la politique d'Israël sur des illusions», a-t-il ajouté en s'adressant à ceux qui lui demandent de faire des «concessions hâtives», ou de se «précipiter vers un accord» avec les Palestiniens.

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