Arrestation à Ashdod : 422 entreprises victimes de faux annuaires web

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Ronan Le Floc'h, Didier Fortin et Jean-Pierre Laffite (de gauche à doite) ont présenté hier les premiers résultats de l'enquête ouverte voilà un an à Dax. (photo nicolas le lièvre).

Des centaines de milliers d'euros de préjudice. Plus de 400 petites entreprises victimes recensées à ce jour dans toute la France. Trente personnes interpellées en Israël, deux autres arrêtées à Paris. Tels sont les premiers résultats d'une enquête ouverte voilà un an à la compagnie de gendarmerie de Dax sur une vaste escroquerie aux faux annuaires électroniques.

Tout est parti de la cité thermale. À l'automne 2007, deux commerçants dacquois déposent plainte. Tous deux ont subi le même procédé : des coups de fil de sociétés qui se déclarent françaises et gestionnaires d'annuaires de professionnels sur le web. Ces premiers contacts sont suivis d'envois de fax servant de contrats pour l'inscription ou l'insertion d'encarts publicitaires sur les fameux listings en échange d'un chèque.

« À titre d'exemple, 10 800 euros hors taxes étaient demandés pour certains contrats portant sur une insertion annuelle », explique le procureur de la République de Mont-de-Marsan, Jean-Pierre Laffite. Autant dire que les sommes versées par les clients abusés étaient conséquentes. Et tout cela pour rien : les annuaires n'existaient pas et la désinscription soi-disant gratuite - « un chèque de caution de 2 000 à 3 000 euros était exigé et finalement encaissé illégalement », précise le magistrat - était payée rubis sur l'ongle par les victimes.

Cellule d'enquête

Intriguée par ces deux plaintes consécutives, la brigade de recherches de Dax pousse ses investigations. Une information judiciaire pour « escroquerie en bande organisée » est ouverte dans la foulée au cabinet d'instruction de Dax. « Nous nous sommes très vite aperçus que cette affaire dépassait les frontières landaises et prenait une ampleur nationale », souligne le commandant du groupement de gendarmerie des Landes, le lieutenant-colonel Didier Fortin.

La section de recherches (SR) de la gendarmerie de Pau est alors appelée en renfort. L'objectif : recenser les personnes lésées sur l'ensemble de l'Hexagone et identifier les auteurs de l'escroquerie. « Pendant plusieurs mois, une cellule d'enquête composée d'une dizaine de militaires a travaillé exclusivement sur ce dossier. Ce qui nous a permis de retrouver 422 victimes dont douze sont landaises », confie le lieutenant-colonel Ronan Le Floc'h qui dirige la SR de Pau.

Les cibles de l'arnaque ont toutes le même profil : des organismes commerciaux en majorité de petite taille. Soit des commerçants, PME, artisans et même des groupements d'agriculteurs et des communautés religieuses. Les préjudices sont énormes pour ces structures aux épaules fragiles et se chiffrent entre 5 000 et 47 000 euros !

Réseau international

Grâce aux numéros de téléphone inscrits sur les télécopies, les gendarmes remontent la filière. En avril 2008, la pelote commence à se dérouler : cinq personnes sont arrêtées à Paris. Deux de ces hommes sont présentés à la juge d'instruction dacquoise et placés en détention provisoire jusqu'en août avant d'être finalement libérés. Soumis depuis lors à un contrôle judiciaire, ces deux individus ne seraient pas les têtes pensantes du réseau mais « des passeurs chargés de récolter l'argent ».

Car le haut de la pyramide de cette organisation ne se situe pas en France, mais en Israël. Cela, les enquêteurs le découvrent grâce à une forme de mise sur écoute des fax émetteurs. Les numéros français inscrits sur les télécopies sont en fait déroutés vers Ashdod, une ville balnéaire israélienne qui se trouve non loin de Tel Aviv. Contact est alors pris avec les autorités de ce pays par le pôle de l'instruction des Landes dont les deux juges sont en charge de cette affaire depuis octobre dernier. « Une enquête a alors été ouverte par la police israélienne », indique le procureur de Mont-de-Marsan. Et celle-ci porte ses fruits rapidement. Il y a une dizaine de jours, le 8 décembre, trente personnes ont été interpellées à Ashdod. Lors des perquisitions réalisées, l'équivalent de 700 000 euros en espèces a été saisi, ainsi que quatre voitures de luxe et des bijoux de valeur.

Comptes en Suisse

Parallèlement, une commission rogatoire a été délivrée aux autorités judiciaires suisses. En effet, une partie de l'argent volé aurait transité sur une dizaine de comptes bancaires ouverts dans ce pays. Lesquels ont tous été bloqués. « La collaboration internationale fonctionne parfaitement pour le démantèlement de ce groupe extrêmement bien organisé », assure Jean-Pierre Laffite.

Ainsi, deux militaires de Dax et de Pau sont partis samedi dernier en Israël pour entendre les principaux mis en cause. Les enquêteurs n'excluent pas de découvrir de nouvelles victimes de cette escroquerie internationale dans les prochains mois.

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