Actualité Internationale : La démission de Tron préserve l'indépendance de la justice

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georgestron.jpgArticle paru "Le Point.fr"

Hervé Gattegno, rédacteur en chef au "Point", intervient sur les ondes de RMC du lundi au vendredi à 7 h 50 pour sa chronique politique "Le parti pris".

Après la démission de Georges Tron, en raison des soupçons de harcèlement sexuel dont il est l'objet, Xavier Bertrand regrette qu'il n'y ait "plus de présomption d'innocence pour les politiques". Pour vous, la question est mal posée : ce n'est pas la défense de Georges Tron qui est en jeu mais celle des principes. Expliquez-nous.

Il faut au moins reconnaître à Georges Tron le mérite de n'avoir pas tergiversé. C'est ce qu'il avait de mieux à faire. Pas seulement pour se défendre, mais pour préserver l'indépendance de la justice. Parce que quand un ministre est impliqué dans une affaire judiciaire, le plus important, c'est de garantir aux citoyens qu'il sera traité comme n'importe quel justiciable. Or nous avons un système dans lequel l'accusation (le parquet) est sous l'autorité du gouvernement. Si celui qui est suspecté siège au conseil des ministres à la même table que le garde des Sceaux qui dirige les poursuites, il y a une ambiguïté qui est malsaine. La démission est le seul moyen de l'éviter. Il n'y a pas de système dans lequel le politique est au-dessus de tout soupçon, mais il faut que la justice le soit.

Mais, du coup, n'est-ce pas la présomption d'innocence qui est sacrifiée ?

Non. Si l'on accepte l'idée que le ministre quitte ses fonctions pour garantir l'indépendance de la justice, on comprend que sa démission n'est pas une sanction - même si elle est cruelle pour lui. Georges Tron ne va pas passer davantage pour un coupable parce qu'il n'est plus ministre. Il va se défendre ; s'il est poursuivi, il aura accès au dossier et il pourra répliquer. Au passage, c'est un sort bien plus enviable dans le système français que celui qu'a subi DSK aux États-Unis. Cela dit, a contrario, il n'y a aucune raison de vouloir qu'il abandonne aussi ses mandats d'élu (maire et bientôt député) parce que ça ne met pas en cause le fonctionnement de la justice et que lui, précisément, reste présumé innocent.

Le même débat ressurgit chaque fois qu'un politique est pris dans une affaire : d'après vous, est-ce que les politiques sont mieux ou moins bien traités par la justice que les citoyens ordinaires ?

Ils subissent, comme tous les personnages publics, le double désagrément de la médiatisation des affaires et de l'intransigeance des juges, qui considèrent - à juste titre - que les élus ont un devoir d'exemplarité. À l'inverse, l'autocensure judiciaire existe aussi, surtout au stade du déclenchement des enquêtes, qui incombe aux procureurs et qui reste donc peu ou prou contrôlé par le pouvoir. Mais la France est aussi ce drôle de pays où les ministres démissionnent quand ils sont poursuivis et où ils peuvent être nommés au gouvernement une fois qu'ils ont été condamnés. C'est le cas d'Alain Juppé. Dans n'importe quelle autre grande démocratie, sa carrière politique serait finie depuis longtemps.

Après DSK et l'affaire Georges Tron, est-ce qu'on va vers un grand déballage ?

Si l'on veut dire par là une libération de la parole - et notamment de celle des femmes abusées -, c'est évidemment une bonne chose. Si ce qui nous guette, c'est la multiplication d'accusations contre des politiques qui ne pourront pas forcément toutes être prouvées, il y a de quoi s'inquiéter. Et si l'on va vers une abolition totale de la frontière entre la vie publique et la vie privée, on sera vite en plein cauchemar.

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