Flydubai : Abou Dhabi rejette les exigences de sécurité d’Israël, les vols vers Tel-Aviv restent suspendus

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Flydubai : Abou Dhabi rejette les exigences de sécurité d’Israël, les vols vers Tel-Aviv restent suspendus

 

Deux semaines après l'attentat déjoué à bord du vol Flydubai FZ1073, Israël et les Émirats arabes unis s'affrontent sur les conditions de reprise des liaisons. Jérusalem exige des agents du Shin Bet et des scanners israéliens à l'aéroport de Dubaï.
Abou Dhabi refuse et parle d'atteinte à sa dignité.

Par Claudine Douillet I 14 octobre 2026

Un attentat évité de justesse au-dessus de l'Arabie saoudite

Le 30 septembre 2026, le vol FZ1073 de Flydubai reliait Dubaï à Tel-Aviv. La catastrophe a été évitée lorsque le copilote a poignardé le commandant de bord : celui-ci a réussi à déverrouiller la porte du cockpit, des passagers ont maîtrisé l'agresseur, puis un équipage de réserve a posé l'appareil en Arabie saoudite, à Tabuk. Tous les occupants sont sortis indemnes. Selon la presse israélienne, le copilote, un ressortissant omanais, aurait reconnu lors de son interrogatoire avoir prévu de précipiter l'avion sur le terminal de l'aéroport Ben Gourion, attendant que l'appareil survole la Jordanie et approche d'Israël pour attaquer le commandant.

Dans la foulée, le procureur général des Émirats, Hamad Al Shamsi, a constitué une équipe spéciale chargée d'enquêter sur les circonstances de l'incident, tandis que Benjamin Netanyahu annonçait que le cheikh Mohammed ben Zayed avait accepté qu'Israël participe à l'interrogatoire du suspect.

Ce qu'Israël exige de Dubaï

L'entente affichée au lendemain de l'attaque n'a pas résisté. Selon le reportage de Dean Fisher diffusé dans le journal central de la chaîne 12, Israël réclame un renforcement de la sécurité à l'aéroport de Dubaï : le Shin Bet demande l'installation de scanners israéliens supplémentaires pour le contrôle des bagages et la présence de ses agents sur place.

Jérusalem pose une seconde condition. Israël attend la transmission du rapport d'enquête complet sur l'attentat. Pour les services de sécurité israéliens, il s'agit de comprendre comment un pilote animé d'un projet terroriste a pu se retrouver aux commandes d'un avion à destination de Ben Gourion sans être repéré.

La réplique émiratie : « vous portez atteinte à notre dignité »

La réponse d'Abou Dhabi a été cinglante. Interrogés par N12, de hauts responsables émiratis ont lâché : « Nous ne ferons pas ce que vous dites, vous portez atteinte à notre dignité. » Les Émirats refusent surtout de coopérer à l'enquête dans les formes voulues par Israël tant que le retour des vols n'a pas été autorisé.

Côté israélien, la ligne reste ferme. « Nous tiendrons bon. Nous n'enverrons pas une délégation pour servir de simple chambre d'enregistrement. Nous attendons une coopération totale », ont répondu des responsables à Jérusalem. Conséquence directe : la délégation israélienne conduite par le ministère des Transports, qui devait se rendre à Dubaï, ne partira pas à ce stade.

Une crise aérienne qui menace de devenir diplomatique

Flydubai a annoncé l'annulation de ses vols vers Israël jusqu'au 31 octobre, mais la date de son retour reste incertaine, et la chaîne 12 évoque la crainte de voir la crise aérienne se transformer en crise diplomatique. Les écarts entre les deux parties restent entiers et aucune date de reprise n'est fixée.

Le dossier est aussi politique. La ministre des Transports, Miri Regev, conditionne le retour de Flydubai à la reprise des vols des compagnies israéliennes vers les Émirats, que les autorités de sécurité avaient suspendus dès le début de la guerre contre l'Iran, fin février. El Al et Arkia prévoient de rouvrir leurs lignes en novembre, avec des mesures de sécurité renforcées.

Les failles de sécurité au cœur du débat israélien

En Israël, l'attentat manqué a ouvert une polémique. La presse a révélé que les Émirats avaient transmis à Israël, avant le décollage, la liste des passagers et des membres d'équipage avec leur nationalité. Des députés de l'opposition ont demandé à la procureure générale d'enquêter sur la possibilité que l'identité du copilote ait été communiquée à Israël sans vérification de ses antécédents.

Le 4 octobre, Benjamin Netanyahu a chargé le directeur du Conseil national de sécurité, Shmuel Ben Ezra, de désigner un responsable pour passer en revue l'ensemble de la sécurité des compagnies étrangères desservant Israël. Les exigences présentées aujourd'hui à Dubaï découlent directement de ce constat : Israël ne veut plus dépendre des seuls contrôles d'un pays tiers.

Flydubai, ligne vitale pour les Israéliens

L'enjeu est considérable. Flydubai a été la première compagnie du Golfe à atterrir en Israël après les accords d'Abraham de 2020, et elle s'est imposée comme un pont aérien. Quand de nombreuses compagnies étrangères ont quitté Ben Gourion après le 7 octobre, elle a continué à desservir Israël presque sans interruption pendant deux ans de guerre.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En 2025, elle a transporté plus de 800 000 passagers via Ben Gourion, soit 71 % de plus qu'en 2024. Sur les huit premiers mois de 2026, 837 000 voyageurs ont rejoint les Émirats depuis Ben Gourion, dont la moitié sur Flydubai. Pour beaucoup, Dubaï est aussi la porte d'entrée vers l'Asie, l'Australie ou l'Afrique. Depuis la suspension, les compagnies israéliennes et étrangères ont relevé leurs tarifs vers l'Orient de 10 à 20 %.

Deux souverainetés face à face

Le fond du différend dépasse la technique. Pour les Émirats, accepter des agents israéliens dans leur principal aéroport reviendrait à reconnaître publiquement une défaillance et à céder une part de souveraineté. Pour Israël, qui applique les contrôles aéroportuaires parmi les plus stricts au monde, l'attentat du 30 septembre prouve que la confiance ne suffit plus. Tant que ni Jérusalem ni Abou Dhabi ne cède, les passagers israéliens restent les otages d'un bras de fer entre deux partenaires des accords d'Abraham.

Sources :
N12 / Mako, 

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