The Telegraph accuse des réseaux israéliens d'inonder la Jordanie par des drones, Tsahal réplique

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The Telegraph accuse des réseaux israéliens d'inonder la Jordanie par des drones, Tsahal réplique

Un drone soupçonné de transporter de la drogue depuis la Jordanie s'est écrasé mardi dans la réserve de Hai-Bar Yotvata, dans l'Arava. Le même jour, le quotidien britannique The Telegraph accuse des réseaux criminels israéliens d'inonder le royaume hachémite de stupéfiants. Tsahal rejette les critiques jordaniennes et met en avant la nouvelle 96e division chargée de verrouiller la frontière orientale.

Par Claudine Douillet I 14 octobre 2026

Un drone abattu dans la réserve de Hai-Bar

Mardi 13 octobre au soir, la police israélienne a annoncé qu'une équipe de démineurs et une force de Tsahal avaient été dépêchées dans la réserve naturelle de Hai-Bar, près du kibboutz Yotvata, dans le sud de l'Arava. Un drone s'y est écrasé après avoir franchi la frontière depuis la Jordanie. Selon les premiers éléments de l'enquête, l'appareil transportait une cargaison de drogue.

L'incident n'a rien d'exceptionnel. Depuis plusieurs années, la frontière orientale d'Israël, la plus longue du pays, est devenue un couloir de contrebande où drones, passeurs à pied et véhicules tout terrain se relaient. Armes et stupéfiants y circulent, souvent par les mêmes filières.

Le Telegraph inverse le sens du trafic

Quelques heures plus tôt, The Telegraph publiait une enquête au titre choc : des gangs israéliens inonderaient la Jordanie de drogues illicites. D'après le quotidien londonien, les marchandises traversent la frontière à bord de drones, mais aussi accrochées à des ballons lâchés au gré du vent au-dessus de la ligne de démarcation.

Le moteur de ce commerce est purement économique. Un Israélien cité par le journal estime qu'un kilo de haschisch vaut environ 7 500 livres sterling en Jordanie, soit près de 30 000 shekels. Les services de sécurité israéliens évaluent eux-mêmes le prix du haschisch jordanien à quinze fois celui pratiqué en Israël. Selon le Telegraph, les prix des stupéfiants dans le royaume ont fortement grimpé au cours des deux dernières années.

L'effet domino de la chute d'Assad

L'explication tient à la Syrie. Depuis la chute du régime de Bachar el-Assad, l'armée jordanienne a durci sa lutte contre les filières venues du nord. L'aviation jordanienne a bombardé des cibles dans la région de Soueïda, et des opérations répétées ont visé le captagon, cette amphétamine produite massivement dans le sud syrien et qui a longtemps financé le clan Assad.

Les chiffres avancés par le Telegraph donnent la mesure du phénomène. Depuis le début de l'année 2026, les forces jordaniennes auraient intercepté plus de 15 000 comprimés de captagon, environ 20 000 kilos de méthamphétamine en cristaux et 6 000 plaquettes de haschisch, sans compter d'importantes quantités d'autres produits. En asséchant la route syrienne, Amman a fait flamber les prix, rendant toute autre voie d'approvisionnement très lucrative.

Le journal britannique va plus loin et attribue une part de responsabilité à l'action militaire israélienne dans le sud de la Syrie, notamment à son soutien à la communauté druze de Soueïda. Cette région serait devenue un bastion de la production de drogue que le pouvoir d'Ahmed al-Charaa peinerait à démanteler en raison de la présence israélienne.

Les mêmes réseaux pour la drogue et les armes

Le Telegraph relève un point essentiel : les gangs qui font sortir la drogue d'Israël sont souvent ceux qui y font entrer des armes, en utilisant les mêmes moyens. Côté jordanien, les patrouilles ont été renforcées et la surveillance modernisée, avec de nouvelles tours de guet et des drones, après que plusieurs centaines de kilos de stupéfiants ont été introduits depuis Israël, selon le journal.

En Israël, l'armée et la police annoncent régulièrement le démantèlement de filières d'armes venues de Jordanie. Le mois dernier encore, neuf fusils Kalachnikov ont été saisis à la frontière. Ces armes alimentent la criminalité dans le secteur arabe israélien et les groupes terroristes en Judée-Samarie.

Amman accuse Israël de communication sélective

C'est précisément ce discours que contestent les militaires jordaniens interrogés par le Telegraph. Des officiers jugent ces annonces sélectives et estiment qu'elles présentent la Jordanie comme un Far West en passant sous silence la criminalité côté israélien. Une source militaire anonyme qualifie les communiqués israéliens d'exagérés et d'incomplets, affirmant que la contrebande est réciproque et que les garde-frontières jordaniens la combattent activement depuis plusieurs mois.

La même source va jusqu'à accuser Israël d'entretenir l'illusion d'une menace permanente à la frontière pour justifier le renforcement de ses opérations en Judée-Samarie et dans les zones frontalières.

Tsahal répond par les faits

L'armée israélienne rejette fermement ces accusations. Dans une déclaration transmise au Telegraph, un porte-parole de Tsahal affirme que l'idée selon laquelle Israël ne prendrait pas la contrebande au sérieux ne reflète pas l'ampleur des efforts engagés. Il rappelle qu'une division entière, la 96e, a été créée au cours de l'année écoulée et se consacre exclusivement à la défense de la frontière orientale.

La construction d'une barrière de sécurité a également commencé, accompagnée d'autres moyens destinés à améliorer la détection, la prévention et l'interception. Sur la seule dernière année, Tsahal dit avoir déjoué des dizaines de tentatives de trafic d'armes et saisi des milliers de kilos de drogue.

Une accusation qui mérite d'être nuancée

Le reportage du Telegraph repose largement sur des sources jordaniennes anonymes et sur l'estimation d'un seul Israélien. Les chiffres qu'il publie montrent par ailleurs que l'essentiel des saisies jordaniennes concerne la filière syrienne, sans commune mesure avec les quelques centaines de kilos attribués aux réseaux venus d'Israël. Le drone écrasé à Hai-Bar rappelle enfin que la menace la plus directe pour Israël vient de l'est : chaque passage réussi de drogue ouvre la voie à un passage d'armes.

Entre Amman et Jérusalem, liés par un traité de paix depuis 1994, la frontière reste une zone de coopération discrète mais aussi de méfiance. La guerre des communiqués autour de la contrebande en est le dernier symptôme.

Source : Ynet, Liran Tamari, 13 octobre 2026

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