Guerre avec l’Iran : le silence calculé de Tsahal et les scénarios qui inquiètent en coulisses

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Guerre avec l’Iran : le silence calculé de Tsahal et les scénarios qui inquiètent en coulisses

Guerre avec l’Iran : les avertissements explosifs du chef d’état-major restés derrière les portes closes

Un silence public, des alertes sévères en privé

Le chef d’état-major de Tsahal, le général Eyal Zamir, a choisi de ne pas exposer publiquement les conséquences sécuritaires d’une éventuelle attaque américaine contre l’Iran, encouragée ces dernières semaines par une pression israélienne croissante.
Officiellement, il se limite à des déclarations générales lors de cérémonies militaires. Officieusement, dans les discussions à huis clos avec l’échelon politique, le ton est tout autre : probabilités, scénarios concrets, risques stratégiques et limites opérationnelles sont posés sur la table sans détour.

Depuis la mi-janvier, les responsables politiques alimentent régulièrement les médias sur l’hypothèse d’une guerre avec l’Iran. Mais l’armée, elle, garde le silence face au public, sous pression du pouvoir politique qui redoute qu’une communication détaillée n’attise la panique et ne révèle les vulnérabilités nationales.

« Am Kalavi » : une opération exceptionnelle, impossible à reproduire à court terme

Le contraste avec l’opération « Am Kalavi » est central dans l’analyse. Cette campagne avait été planifiée pendant plus de deux ans, dans le moindre détail, avec la participation d’officiers américains spécialisés dans la défense aérienne d’Israël. Elle reposait sur des technologies israéliennes développées en secret durant des décennies et conservées précisément pour ce scénario.

L’opération, initiée par Israël, a coûté la vie à 30 Israéliens et entraîné la destruction de dizaines de sites. Elle s’est conclue par le bombardement américain de l’installation nucléaire souterraine de Fordow, avec un taux d’interception particulièrement élevé des missiles ennemis et un succès quasi total dans la neutralisation des essaims de drones.

Mais cette réussite a un revers : une partie des capacités technologiques employées a été consommée ou exposée. Reconstituer ces moyens exigerait des années, parfois à partir de zéro. Autrement dit, l’arsenal stratégique utilisé n’est pas aisément remplaçable.

Des stocks d’interception sous tension

Durant la guerre de juin, les systèmes Arrow, David’s Sling et Iron Dome ont été sollicités à un rythme soutenu. Les stocks de missiles intercepteurs ont été fortement entamés. Leur réapprovisionnement s’est poursuivi jour et nuit, mais la marge de manœuvre s’est réduite.

Un missile iranien a frappé un immeuble à Beersheba, tuant quatre personnes. En mai, un tir houthi avait déjà provoqué des destructions à proximité de l’aéroport Ben Gourion. Ces événements ne relèvent plus de la théorie : ils constituent des précédents opérationnels.

Lors de ces discussions à huis clos, le chef d’état-major a mis en garde contre des scénarios d’escalade majeure : la perte d’un appareil en territoire iranien pouvant déclencher une crise stratégique, des victimes civiles en nombre capables d’embraser la région, et surtout une guerre longue, fragmentée, où des frappes régulières viendraient éroder la résilience civile et économique d’Israël sur plusieurs mois.

Le scénario redouté : paralysie et érosion

Le danger majeur n’est pas nécessairement une salve massive unique, mais un rythme faible et constant de missiles lourds iraniens  quelques tirs par semaine ou par mois suffisant pour perturber durablement l’accès aérien à Israël via Ben Gourion, freiner l’investissement étranger et user la société.

Une telle guerre d’attrition pourrait durer des mois. L’économie en supporterait le poids principal. Le secteur aérien, le tourisme, les échanges commerciaux seraient affectés de manière structurelle.

À huis clos, l’état-major a également abordé la possibilité que le Hezbollah rejoigne cette fois la campagne. Lors de l’opération « Am Kalavi », l’organisation chiite, encore affaiblie par l’opération Flèches du Nord huit mois plus tôt, était restée en retrait. Depuis, la donne a évolué.

Ce week-end encore, l’armée de l’air israélienne a frappé trois quartiers généraux du Hezbollah dans le sud du Liban, tuant au moins dix de ses membres alors qu’ils s’apprêtaient à déplacer des lanceurs de missiles. Le Hezbollah, sous pression croissante, pourrait considérer une guerre irano-israélienne comme un moment de bascule.

Une armée qui voulait 2026 pour se reconstruire

Autre élément crucial : une guerre contre une puissance régionale comme l’Iran ne figurait pas dans la planification stratégique immédiate de Tsahal. Le chef d’état-major envisageait 2026 comme une année de reconstruction, après le long conflit entamé le 7 octobre.

Cette année devait marquer le renouvellement des forces, le réarmement, la remise en condition opérationnelle et le lancement d’un plan pluriannuel quadriennal de renforcement de l’armée.

Certes, plusieurs scénarios avaient été étudiés en début d’année : affrontements explosifs avec l’Iran, opération majeure contre le Hezbollah, offensive contre le Hamas qui refuse toujours de rendre les armes. Zamir a également ordonné de se préparer à une « guerre surprise de l’ennemi », dans un schéma rappelant le 7 octobre.

Mais aucun de ces scénarios ne prévoyait une campagne frontale et prolongée contre l’Iran, engagé lui aussi dans une course à l’armement, modernisant sa défense aérienne et renouvelant son arsenal balistique.

L’écart entre incitation politique et prudence militaire

Alors que certaines voix politiques continuent d’« inciter » à la confrontation, l’état-major insiste, en privé, sur le coût humain, économique et stratégique d’une guerre longue et potentiellement très meurtrière.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a probablement été informé de l’ensemble de ces évaluations, y compris de l’hypothèse d’une entrée en guerre du Hezbollah.

La question n’est plus de savoir si Israël peut frapper l’Iran. Elle est de savoir combien de temps il peut absorber les conséquences d’un affrontement prolongé contre une puissance régionale qui, elle aussi, a tiré les leçons des précédentes opérations.

Dans ce contexte, le silence public du chef d’état-major apparaît comme un choix stratégique. Mais il masque une réalité plus complexe : derrière les portes closes, les avertissements sont clairs, précis, et loin de toute rhétorique simpliste.

L’opinion publique, elle, n’en perçoit qu’une fraction.
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