France : la radicalité de l'islam dans le collimateur

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Les attentats meurtriers de Paris le 13 Novembre, ont fait beaucoup bouger les choses. Notamment, la mise en place par Manuel Valls, de la création d'une structure de "déradicalisation" avant fin décembre.

Le travail de diagnostic de ces structures sera  de différencier  une radicalisation masquée, d’une pratique fidèle de la religion voir d’une simple crise d’adolescence.

Toute la difficulté sera là, selon les spécialistes, au-delà de la pratique cultuelle, c’est le langage qui permet de déceler les individus aux profils alarmants.

En 2016, plusieurs centres d’accueil pour djihadistes de retour de Syrie ou personnes en voie de radicalisation seront installés.

Souvent visible de tous, lorsqu’elle est poussée, la  pratique religieuse n’est pas forcement liée à la radicalisation.

Les spécialistes reconnaissent qu’appliquer de manière radicale les préceptes de l’islam constitue l’un des nombreux signes de radicalisation.

Mais ils appellent surtout à ne pas faire d’amalgames : "les signes de radicalisation alarmants ne sont pas ceux qui sont les plus visibles", prévient Patrick Amoyel, psychanalyste de métier, et président de l’association Entre autre, à Nice.

"Un individu qui porte la barbe, une femme qui porte le voile ce n’est pas forcément alarmant, il s’agit des fondamentaux de l’islam", détaille le président de cette association qui travaille notamment avec des mineurs ou des personnes ayant fait l’objet d’une interdiction de sortie du territoire.

Si la pratique amène à un isolement, ce n'est pas rassurant.  "Par exemple, le fait d’arrêter l’école ou le travail pour faire ses cinq prières, cela doit interpeller. Le fait de refuser de saluer une femme, ou de rester dans la même pièce qu’une femme, est le signe d’une pratique de plus en plus forte. Enfin, (..) de faire une retraite religieuse, dans un pays arabe, pour des raisons de puretés de religieuses, c’est alarmant", énumère Patrick Amoyel. Aux proches qui sont confrontés à ce genre de profils, le spécialiste conseille donc de prévenir les autorités en appelant le numéro vert dédié au signalement des personnes radicalisées.

Les signes de radicalité politique sont plus insidieux, puisque qu’ils ne passent pas pour décelables dans la pratique de l’islam, mais dans le discours, ils sont un signe évident de radicalisation.

Selon lui, "la radicalité culturelle mène à une radicalité politique une fois sur deux".  "Ce sont des signes discursif , des morceaux de discours qui font référence à différentes idéologies", explique Patrick Amoyel. Les psychanalystes en dénombrent cinq : le discours antisémite, le discours complotiste,communautaire , identitariste et le victimiste. 

Le premier signe de radicalité politique se manifeste par un discours antisémite virulent. "Il ne s’agit pas d’un discours antisémite classique, que l’on retrouve chez les membres du FN. Là, le discours antisémite vient appuyer la thèse d’un complot juif contre l’islam", souligne Patrick Amoyel.

Supposément mené par les francs-maçons, les illuminatis ou encore le nouvel ordre mondial, le discours "complotiste" est tourné sur le complot anti-islam . "Ce discours consiste à dire, par exemple, que les attentats contre Charlie ont été montés par la CIA pour dévaloriser les musulmans et affaiblir l’islam", rapporte Patrick Amoyel.

Les individus en phase de radicalité politique font preuve d’un communautarisme plus vif. "Ils vont tout faire pour se séparer de la communauté nationale. Ils vont se mettre en rupture avec le travail ou arrêter un processus d’intégration professionnelle", explique le psychanalyste.

Une démarche qui va généralement ensemble avec un identitarisme affirmé, c’est-à-dire "mon identité musulmane l’emporte sur tout autre identité". Les individus rejettent donc leurs origines, leurs identités de sol .

Le fait d’embrasser une nouvelle identité passe également par le fait d’adopter son vocabulaire, les non-musulmans sont donc traités de "kouffars" ou de mécréants et les chrétiens de "croisés".

La victimisation, est aussi un processus  . "Les personnes en voie de radicalisation politique entretiennent un fort sentiment d’humiliation couplé d’un discours de revanche politique sur l’Occident", résume Patrick Amoyel.

Patrick Amoyel ,précise qu'il ne faut pas  attendre qu’un individu corresponde à tous ces critères pour alerter les autorités. "Au moindre doute, il faut signaler l’individu au numéro vert", insiste-t-il. Si les autorités appuient  les doutes, viendra alors la longue et sinueuse étape de la déradicalisation.

Manuel Valls

Manuel Valls

Nathalie ZADOK

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