Détroit d’Ormuz : le bluff de Téhéran peut-il faire vaciller les marchés mondiaux ?

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Détroit d’Ormuz : le bluff de Téhéran peut-il faire vaciller les marchés mondiaux ?

Fermer Ormuz plutôt que tirer : la menace qui peut faire exploser les marchés

La question que se posent aujourd’hui marchés, gouvernements et analystes est aussi simple que lourde de conséquences : si l’Iran ferme le détroit d’Ormuz, même temporairement, quelles seraient les répercussions réelles sur les prix du pétrole, les chaînes logistiques et l’économie mondiale ? Cette interrogation n’est pas théorique l’Iran a annoncé avoir bloqué partiellement le passage maritime stratégique durant quelques heures pour des exercices militaires, illustrant jusqu’où Téhéran est prêt à aller dans son jeu de pression stratégique. 

Le détroit d’Ormuz : un goulot d’étranglement décisif

Le détroit d’Ormuz relie le golfe Persique à l’océan Indien. Il est au cœur du commerce énergétique mondial. Selon les données les plus récentes, près de 20 millions de barils de pétrole transitent chaque jour par ce passage étroit, soit environ 25 % du transport maritime mondial de pétrole. Le gaz naturel liquéfié (LNG) y circule aussi en volume significatif — l’équivalent d’environ 20 % du LNG mondial — sans alternative maritime pratique si la voie était perturbée. 

Ce contexte fait du détroit non seulement un pivot économique, mais aussi une zone où toute menace, même perçue, peut provoquer des réactions financières immédiates. 

Ce que signifie réellement une « fermeture »

Dans l’esprit des marchés, fermer Ormuz n’a pas besoin d’être total pour provoquer des effets tangibles. Une menace crédible, des manœuvres militaires ou même une perception de risque accru suffisent déjà à faire grimper :

  • les primes de risque des assurances maritimes,

  • les coûts des itinéraires alternatifs,

  • et par ricochet, les prix de l’énergie sur les marchés mondiaux.

Les agences internationales de l’énergie soulignent que même une perturbation temporaire dans ce goulot d’étranglement se traduit immédiatement par une hausse des coûts d’assurance et par des ajustements dans l’évaluation des risques par les opérateurs logistiques. 

Conséquences potentielles d’une vraie fermeture

Si le détroit restait fermé sur une période prolongée, les effets se répercuteraient directement sur l’économie :

Hausse des prix de l’énergie

Un verrouillage prolongé réduirait drastiquement la quantité de pétrole et de LNG transportés vers l’Asie, l’Europe et les marchés mondiaux. Même si des pipelines existent, ils ne peuvent compenser qu’une petite fraction du flux maritime. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que ces conduits alternatifs représentent seulement 3,5 à 5,5 millions de barils par jour, loin des 20 millions habituels. 

Dans un tel scénario, les prix du Brent et d’autres indices de référence grimperaient, non pas à cause d’une pénurie pure et simple, mais parce que les marchés intègrent le risque de perturbation prolongée dans leurs prix. 

Intérêts et coûts pour l’Iran

Les spécialistes sont partagés : l’Iran a-t-il intérêt à concrétiser une réelle fermeture ? Beaucoup jugent que non.

Téhéran dépend lui aussi de ce passage pour exporter son pétrole, même si une large part de sa production va aujourd’hui vers la Chine malgré les sanctions. Une fermeture prolongée serait donc presque autodestructrice : elle diminuerait les recettes d’exportation iraniennes tout en risquant d’embraser une confrontation militaire plus large, notamment avec les États-Unis et leurs alliés qui cherchent à garantir la liberté de navigation dans la région. 

Qui est le plus exposé ?

L’impact d’un incident dans le détroit affecterait diverses régions différemment :

  • L’Asie, qui reçoit une grande partie du pétrole et du LNG transitant par Ormuz, serait la première à ressentir les tensions via les prix à l’importation. 

  • L’Europe et les États-Unis, moins dépendants logistiquement, ressentiraient les effets via la hausse globale des prix de l’énergie sur le marché international. 

Quel effet en Israël ?

Pour Israël, l’impact est mesuré mais réel. Les prix de l’essence à la pompe n’ont pas explosé récemment :

  • En février 2025, le prix du litre d’essence 95 était fixé à 7,31 shekels (tous composants inclus).

  • En février 2026, ce prix est descendu à 6,88 shekels, soit une baisse d’environ 5,9 % (43 agorot par litre). 

Mais ce chiffre ne raconte qu’une partie de l’histoire. La structure du marché israélien comporte un « amortisseur » fiscal : une grande part du prix à la pompe est composée de taxes et de composants réglementés, ce qui atténue les variations du marché mondial. Par conséquent, une tension internationale ne se traduit pas immédiatement par une flambée des prix en Israël. Toutefois, si les prix de l’énergie restent élevés sur plusieurs cycles de fixation des prix, les ajustements domestiques viendront à refléter cette pression internationale. 

Le précédent historique

Regarder vers le passé permet de comprendre le rapport de forces actuel :

  • Dans les années 1980, durant la guerre Iran-Irak, les attaques contre les supertankers dans le golfe ont perturbé le transit maritime, mais des escortes navales internationales ont maintenu une circulation minimale, évitant une fermeture prolongée. 

  • En 2011-2012, au plus fort des tensions autour du programme nucléaire iranien, l’Iran a évoqué la possibilité de fermeture, mais sans passer à l’acte. 

  • Après le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire en 2018, l’Iran a de nouveau brandi l’arme du détroit pour dissuader la pression occidentale, sans bloquer définitivement le passage. 

  • Plus récemment, en 2023-2024, l’Iran a changé de tactique : plutôt que menacer une fermeture totale, elle a visé des navires individuellement, capturant ou harcelant certaines tankers comme levier dans ses différends juridiques et politiques. 

Bluff ou menace crédible ?

Aujourd’hui, l’Iran n’a pas franchi le pas d’une fermeture durable du détroit d’Ormuz. Les actions récentes — exercices militaires et annonces politiques — créent une pression psychologique et financière, mais resteraient, pour le moment, des jeux de signal plutôt que des décisions structurelles. 

Cette dynamique illustre une logique stratégique : montrer les muscles sans détruire le pont sur lequel on doit soi-même continuer à marcher. 

 

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