Chat : Qu'est-ce qu'être juif aujourd'hui?

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                                 Chat : Qu'est-ce qu'être juif aujourd'hui?

Chat paru dans "L'Express",le 06/02/08

Dans son livre Lévy oblige, Thierry Lévy s’interroge: comment ne pas se laisser embrigader "au nom de mon nom, dans des causes qui ne sont pas les miennes". Il a répondu à vos questions le mardi 5 février sur la communauté juive aujourd'hui, sur la judéité, sur le regard que juifs et non-juifs portent sur la question.
   
Pat : Si votre judéité vous pèse et se résume pauvrement à une problématique de patronyme, que n'en changez vous !

Thierry LéVY : Je répondrai volontiers à cette question quand vous aurez lu mon livre.

filipic : est ce qu' être juif , n'est ce pas avant tout une appartenance religieuse comme on peut être catholique, protestant, musulman, hindou etc...,
Et aussi

Extraits: Découvrez les trois premières pages de Lévy oblige, Thierry Lévy, éd. Grasset, 136 pages, 11,9 €.

Entretien avec Thierry Lévy: Lévy l'incorrect

Thierry LéVY : Certainement, c'est un aspect important mais cela ne saurait se résumer à cela et bien des Juifs laïcs se sentent aussi juifs que les religieux.

Robin RG : C'est "quoi" un Juif (question posée par mon fils de 6 ans et qu'à mon tour je vous la répercute)? Merci.

Thierry LéVY : Comme toujours, les enfants posent aux adultes des questions excellentes auxquelles ceux-ci sont incapables de répondre. La seule définition connue a été proposée par la législation antisémite et l'Etat hébreu lui-même est incapable d'en donner une. On peut dire néammoins qu'être juif, c'est être considéré comme tel ou encore se sentir Juif, mais j'ai peur que votre petit garçon ne soit pas satisfait par cette réponse.

unejuiveaparis : quel sont les critères qui font de quelqu"un "un juif" ? qu'est ce qui différencie un juif d'un non juif ?

Thierry LéVY : Je ne pense pas qu'il y ait des critères objectivement distinctifs. Indépendamment de la question religieuse, on est juif comme ses parents et aussi parce qu'on se sent appartenir à une communauté ou encore parce qu'on retrouve en soi des modes de pensée qui vous rattachent à une tradition ou à une culture juive. Pour ma part, je suis juif parce que mon père l'était et en tout état de cause, je serais considéré comme tel si de nouvelles persécutions advenaient, ce que je crois peu probable et ce que je ne crains pas.

eckmuhl : Est-ce qu'un juif aujourd'hui,où qu'il se trouve, doit être concerné par la question de l'existence de l'état d'Israêl, sans pour autant adhérer bien entendu de façon inconditionnelle aux actes de cet Etat?

Thierry LéVY : Je ne crois pas que la question de l'existence de l'Etat d'Israël laisse qui que ce soit au monde indifférent, juifs ou pas.

kevin : comment peut on devenir juif si on ne l'est pas ?

Thierry LéVY : A ma connaissance, le seul moyen est de se convertir.

davina : comment expliquez vous que les clichés les plus éculés sur les Juifs (argent, etc.) soient toujours si importants ? pourquoi cette religion suscite t elle tant de passion ?
Thierry LéVY : Voilà une question majeure à laquelle beaucoup de gens ont tenté de répondre sans y parvenir. Il me semble que la réponse est à donner par les non-juifs plutôt que par les juifs. En tous cas, je ne suis pas de ceux qui imputent aux juifs une responsabilité quelconque dans la haine qu'ils ont suscitée et, après tout, ce n'est pas si mal d'être détesté surtout si on ne sait pas pourquoi.

ana : Votre nom a vraiment été un handicap dans votre vie personnelle et profesionelle ?

Thierry LéVY : Pas du tout. Je ne dirais pas bien au contraire mais je n'ai souffert d'aucune façon de porter ce nom que j'aime.

joe : concrètement, quel type de questions vous posent les gens lorsque vous donnez votre nom ? Génantes ? Stupides ?

Thierry LéVY : Aucune.

Max : Et que pense votyre famille de votre point de vue?

Thierry LéVY : Ceux qui ont lu mon livre sont très contents même si l'aîné de mes fils qui a trente ans ne partage pas mon optimisme quant à la disparition de l'antisémitisme politique.

Valeria : Bonjour Monsieur Lévy, Je suis une étudiante italienne et je voudrais en savoir en plus à propos des juifs d’origine algérienne. Quelles sont les principales différences et analogies avec les autres juifs de France? Y a-t-il des associations spécifiques de juifs d’Algérie ? Merci !

Thierry LéVY : Je vous remercie de cette question mais je suis très ignorant de tout ce qui concerne la vie communautaire. Il y a vraisemblablement des quantités d'associations qui réunissent des juifs originaires d'Algérie. Il est d'usage de distinguer les juifs sépharades de ashkenazes, les premiers venant d'Espagne et du Moyen-Orient et les seconds d'Europe centrale. A l'origine de cette distinction, on trouve l'expulsion des juifs d'Espagne en 1492.

dave : Comment pouvez-vous remettre en cause l'unicité de la Shoah ? sans entrer dans la concurence des mémoires, n'est-ce pas un fait historique différent des autres génocides ?

Thierry LéVY : La question que vous posez justifie une réponse un peu développée car la contestation de l'unicité de la Shoah a été très souvent confondue avec celle de la contestation des chambres à gaz de sorte que personne n'ose plus s'interroger sur la question de savoir si la Shoah a eu des précédents de peur d'être considéré comme un négationiste. Pourtant, s'il est vrai que la destruction des juifs pendant la seconde guerre mondiale présente des caractères spécifiques et en particulier, le fait que les Juifs n'étaient pas des belligérants, ce crime a été précédé par de nombreux crimes de masse et notamment pendant la première guerre mondiale qui ont des points communs avec la destruction des Juifs. Pour ma part, je ne considère pas que le crime contre les Juifs ne puisse être comparé à aucun autre.

nevyl : Bonjour, pourquoi nier l'idée de l'antisémitisme en France, aujourdhui, alors qu'elle apparait de manière tellement culturelle, éducative ? Précise-t-on de quelqu'un qu'il est "catholique" , "protestant" , "Boudhiste" avec des sous-entendus qualitatifs ? Seuls juifs et musulmans sont affublés ainsi.

Thierry LéVY : Je pense comme vous que l'antisémitisme n'a pas disparu et qu'il s'apparente à d'autres formes de racisme profondément ancrées dans la culture occidentale mais il n'existe plus de parti antisémite, de politique antisémite et de racisme d'Etat.

Michel Nabet : bonjour Maitre Levy Ce que je peux pressentir de votre réflexion rejoint un peu la mienne. Comment être juif , sans épouser des idées qui nous sont contraires. Je commence à refuser la domination qu imposent les autorités rabbiniques sur je judaisme depuis 2000 ans quand je vois le prix qu a payé le peuple juif à la fidélité au Temple , aux Levy (excusez moi) et aux Cohens. Il est trop lourd , en termes humains , de souffrances , et si il a permis la cohésion d une communauté pendant 2000 ans , le refus de cha,ger un iota à la parole divine me parait caracteristique d'une volonté d imposer la domination des prètres contre notre volonté. Aussi comment rester juif en s '"excluant de la synagogue ?: n'y a t il comme seule voie que celle de Spinoza?

Thierry LéVY : Une des caractéristiques des traditions et de la culture juives est qu'elles sont traversées par de multiples courants dont aucun ne domine les autres. Beaucoup de Juifs sont des laïcs convaincus et considèrent que leur judéïté se ramène à une question morale. Pour ma part, je me suis demandé s'il existait une spécificité juive, ce dont il m'arrive de douter, mais je suis bien incapable de la définir autrement que par une série de négations. Si on m'imposait d'en donner une, je serais tenté de dire qu'être juif, c'est faire un pas de côté.

bernard : je sais que le peuple juif à était victime d'un génocide en 39/45 mais depuis beaucoup d'autres pays (rwanda, tchéchénie, palestine etc......) pourquoi ne pas en parler autant que le vôtre car ils sont plus récents !!!! j'aimerais comprendre !!!!

Thierry LéVY : Je vous recommande de lire mon livre.

Loctudy :

De quels auteurs et penseurs français vous sentez-vous proche?

Thierry LéVY : Ils sont tellement nombreux que je ne peux pas les citer tous mais j'ai beaucoup d'admiration pour Diderot, Chateaubriand, Marcel Proust et Céline.

grosjean : peut on être de nationalité israélienne et catholique ?

Thierry LéVY : Le catholicisme n'est pas une nationalité et je ne vois pas pourquoi un citoyen israëlien ne pourrait pas être catholique.

Loctudy : Existe-t-il une "communauté juive française" selon vous?

Thierry LéVY : Certains en parlent, d'autres prétendent la représenter, pour ma part, je ne considère pas lui appartenir.

jacki : vous parlez de mode de pensée juive...qu'est-ce que vous entendez par là ?

Thierry LéVY : Il y a des études hébraïques et une école de la pensée juive. Je les connais mal et ne suis certainement pas bien placé pour en parler, mais elles existent.
Zelig : Que signifie pour vous la notion de "peuple élu" ?

Thierry LéVY : Rien.

petitjm : Vous parlez de la disparition de l'antisemitisme politique. Ne s'est-il pas simplement deplace de sphere geographique (cf Iran, etc...) ?

Thierry LéVY : A coup sûr, l'Iran pratique une politique anti-sioniste et puise ses armes rhétoriques dans la tradition antisémite occidentale mais je ne pense pas que les politiciens iraniens confondent l'antisémisme et l'anti-sionisme.

ana : Vous dites, être juif pour moi, c'est faire un pas de côté...pouvez vous être un peu plus précis ?

Thierry LéVY : J'ai volontairement adopté une expression imprécise car c'est une notion qui échappe à toutes les définitions et cependant demeure sans qu'il soit possible de lui assigner une place déterminée.

Zelig : A la lecture de vos réponses, j'ai envie de vous poser cette question: en quoi vous sentez-vous, VOUS, juif ?

Thierry LéVY : Je me sens juif parce que je serais considéré comme tel par les antisémites s'ils revenaient au premier plan et aussi parce que mes parents l'étaient comme tous mes aïeux.

Zelig : Dans Les Disparus, de Daniel Mendehlson, l'auteur répond à l'une de ses interlocutrices, qui s'étonne qu'il n'y ait plus de juifs en Europe centrale, que ça n'est pas plus surprenant qu'un pays où il n'y aurait que des juifs... Les juifs sont historiquement (par essence?) un peuple sans pays: n'est-ce pas là leur caractéristique essentielle?

Thierry LéVY : Vous avez raison et si tant de Juifs ont été anti-sionistes c'est précisément parce qu'ils considéraient que la seule patrie juive était morale et non pas matérielle.

anne 44 : La frontière entre la conscience d'être juif et la fierté d'être juif me pose problème : fierté d'être quelque chose qu'on n'a pas gagné, qui n'est que du fait de notre naissance ? Et cette fierté entraîne si facilement cette arrogance si souvent reprochée. Moi, juive, je la ressens douloureusement chez les jeunes pleins de ce communautarisme qui veut qu'on ne se reconnaisse qu'entre soi. Qu'en pensez-vous ?

Thierry LéVY : Je pense qu'il y a une distinction à faire entre la fierté et l'arrogance. On peut être fier d'être juif quand on est agressé comme tel mais cette situation n'étant pas nécessairement fréquente, il n'y a pas lieu d'en faire un comportement.

ana : Quel accueil a reçu votre livre autour de vous ?

Thierry LéVY : Excellent.

Marco : Votre livre, pure provocation ou réelle réflexion?

Thierry LéVY : L'avez-vous lu?

adamharishon : "Etre juif c'est avoir des petits enfants juifs", que répondez-vous à cette phrase?

Thierry LéVY : Je ne la comprends pas.

Administrateur : Merci pour toutes vos questions. Le chat est maintenant terminé.

Lire aussi notre entretien avec Thierry Lévy et des extraits de son livre.

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