Sur les traces d’un ancien nazi

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demjanjuk200.jpgLa cellule qui enquête sur les crimes nazis souhaite que la justice allemande réclame l’extradition de John Demjanjuk. Cet homme de 88 ans qui vit aux Etats-Unis avait déjà été soupçonné dans le passé d’être « Ivan le Terrible ». Il lui serait cette fois reproché son rôle au camp de concentration de Sobibor pendant la Seconde Guerre mondiale.

Un nouveau rebondissement pourrait venir alourdir le dossier judiciaire déjà conséquent de John Demjanjuk. En Allemagne, la cellule qui enquête sur les criminels de guerre nazis demande à la justice de s’emparer du cas de John Demjanjuk afin que cet Ukrainien d’origine soit inculpé pour être par la suite extradé.

Cette autorité administrative, qui enquête sur les pages les plus sombres de l’histoire allemande, fait valoir que de nouveaux éléments permettent de reposer une nouvelle fois la question du rôle de John Demjanjuk pendant la Seconde Guerre mondiale. « Nous avons réussi à obtenir des centaines de documents et retrouvé plusieurs témoins contre lui », affirme Kurt Schrimm qui dirige la cellule des enquêteurs. Selon ces dernières informations, John Demjanjuk, « en tant que gardien au camp d’extermination de Sobibor en Pologne, s’est rendu coupable de complicité d’assassinat sur au moins 29.000 juifs d’Europe ».

Kurt Schrimm explique qu’il a fallu six mois de recherche dans des archives en Israël, aux Etats-Unis et en Allemagne, et que le résultat de ces enquêtes a été transmis au Parquet de Munich, rendu compétent sur cette affaire par un hasard de l’histoire. C’est en effet dans cette ville du sud que se trouvait le dernier domicile, en Allemagne, de celui sur lequel pèsent depuis longtemps de lourds soupçons.

« Ivan le Terrible »

Ce n’est pas la première fois que des poursuites seraient engagées contre John Demjanjuk. Agé aujourd’hui de quatre-vingt-huit ans, son passé était déjà remonté à la surface une première fois à la fin des années 1970. D’anciens rescapés du camp de Treblinka affirmaient que John Demjanjuk n’était autre que « Ivan le terrible », l’un des gardiens de ce camp de la mort.

Celui qui avait immigré en 1952 aux Etats-Unis s’était  vu privé de sa nationalité américaine puis fut extradé en 1986 vers Israël. Sur la base du témoignage d’anciens déportés, il avait été condamné en avril 1988 à la peine de mort pour « crime contre le peuple juif, crimes contre l’humanité et crimes de guerre » par la Cour suprême d'Israël. Avant déjà un autre rebondissement.

En effet la Cour suprême a finalement estimé, sur la foi de nouveaux documents en provenance d’Union soviétique, que l’identité d’ « Ivan le Terrible » ne pouvait être établie avec certitude. Le gardien de sinistre mémoire aurait été un autre Ukrainien, Ivan Marchenko. La Cour suprême considérait que John Demjanjuk avait bien participé à la « machine d’extermination nazie » mais à d’autres fonctions, et qu’il ne pouvait dès lors être jugé par la même instance.

Libéré au bénéfice du doute, l’ex-mécanicien des usines Ford de Cleveland avait pu regagner les Etats-Unis malgré l’indignation des rescapés, laissant derrière lui un procès parsemé de scènes de violence comme cet avocat dont le visage fut aspergé d’acide.

Rentré à Cleveland en 1993, John Demjanjuk a recouvré sa citoyenneté américaine cinq ans plus tard. Depuis les soupçons demeurent. S’il n’a pas été « Ivan le terrible » de Treblinka, a-t-il été « Ivan le Terrible » de Sobibor ?

Lui, a toujours nié être impliqué dans l’extermination des Juifs, il affirme avoir servi dans l’armée soviétique avant d’être fait prisonnier en 1942. Mais son nom demeure sur la liste des dix criminels de guerre les plus recherchés, établie par le centre Simon Wiesenthal qui piste les anciens nazis. Et la justice continue de s’intéresser à lui. Ainsi aux Etats-Unis, où il a été une nouvelle fois déchu de sa nationalité en 2002 au motif qu’il avait travaillé dans des camps de la mort sans l’avoir déclaré aux services d’immigration. Tous ses recours ont été rejetés et un juge a prononcé son expulsion en 2005. John Demjanjuk connaîtra-t-il un autre procès ? Son fils affirme que sa santé ne le lui permet pas.

Mais en Allemagne, ceux qui pourchassent les anciens nazis estiment qu’il y a urgence. D’autant plus que « contrairement à d’autres camps de concentration comme Auschwitz, Sobibor avait pour seul but l’extermination des détenus », explique Kurt Schrimm, « les gardiens ne peuvent donc pas dire qu’ils n’étaient pas au courant de ce qui s’y passait ».

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