En Italie, plus de racisme qu'ailleurs ?

Antisémitisme/Racisme - le - par .
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carte-italie.gifArticle paru dans "Le Point"

Cris de singe dans les tribunes, insultes et menaces à l'égard de la première ministre noire du pays : le racisme s'exprime de façon brutale en Italie, pays qui a eu historiquement, selon des analystes, "peu d'occasions d'entrer en contact avec l'autre".

Ces derniers mois, les épisodes navrants se répètent dans la péninsule. Des cris de singe et bananes gonflables lancés à l'attention de la star du football Mario Balotelli d'origine ghanéenne, aux pires insultes, voire menaces, proférées contre la ministre de l'Intégration, Cécile Kyenge, venue de République démocratique du Congo (RDC). "Mais personne ne la viole jamais, juste pour lui faire comprendre ce que peut éprouver la victime de ce terrible délit ? Une honte !" a écrit il y a un mois sur sa page Facebook une élue locale du parti anti-immigrés, la Ligue du Nord, en publiant la photo de Mme Kyenge.

Et le week-end dernier, le vice-président du Sénat Roberto Calderoli a carrément comparé la ministre à un orang-outang, avant de s'excuser du bout des lèvres et après plusieurs jours. L'élue de la Ligue a été condamnée cette semaine à un an et un mois de réclusion avec sursis et interdiction d'exercer tout mandat public pendant trois ans. Quant à Roberto Calderoli, il a fini par être inculpé pour diffamation aggravée d'incitation à la haine raciale, après une plainte déposée par ... une association de consommateurs, la Codacons. Et il reste solidement à son poste de vice-président du Sénat, en dépit de nombreux appels à sa démission, notamment dans une pétition avec près de 200 000 signatures.
"Pas plus de racisme" qu'ailleurs

"Il n'y a pas plus de racisme que dans les autres pays européens, mais il y a une sensibilité plus faible au phénomène", analyse l'historien Marco Fossati. "Il y a une tolérance extrême vis-à-vis de l'intolérance", regrette la philosophe Michela Marzano, également députée du Parti démocrate (PD, gauche), qui rappelle que l'Italie "a eu très peu d'occasions d'entrer en contact avec l'autre, ayant toujours été un pays d'émigration plutôt que d'immigration".

De fait, alors que des millions d'Italiens fuyant la misère ont émigré vers les États-Unis, l'Amérique latine et le reste de l'Europe au XXe siècle, l'Italie n'accueille des vagues d'immigrés que depuis une vingtaine d'années. Même analyse de Luigi Manconi, président de la commission des Droits civils au Sénat, qui mentionne aussi "le passé colonial risible" de l'Italie, essentiellement limité à la Libye et la corne de l'Afrique (Éthiopie, Somalie, Érythrée). Ce sénateur rappelle qu'il n'y a rien eu d'équivalent en Italie à la naissance en France de l'association SOS Racisme et à son slogan "touche pas à mon pote" qui s'expliquaient par la présence ancienne dans l'Hexagone d'"éléments étrangers".

"Nous sommes restés très provinciaux et l'affaire Calderoli se résout avec beaucoup d'indignation et rien de concret", constate Marco Fossati, selon lequel "qui s'en indigne est perçu comme bigot, moraliste, malade du virus du politiquement correct". À quand remonte une expression aussi "décomplexée" du racisme ? Luigi Manconi se rappelle du viol, en novembre 2007, d'une femme par un Roumain quelques mois avant des élections municipales, qui avait déchaîné une campagne sur le thème "Roumains = violeurs".

Selon lui, à partir de là, la Ligue du Nord et en particulier Roberto Calderoli, coutumier des sorties racistes, "ont joué un rôle fondamental dans la légitimation des pulsions xénophobes". Adriano Prosperi, professeur d'histoire moderne à l'université de Pise, rappelle aussi les lois raciales de 1938 et l'antisémitisme qui furent "absorbés passivement par la société italienne", sous le règne fasciste de Benito Mussolini. Un régime auquel l'ex-chef du gouvernement Silvio Berlusconi a rendu hommage en janvier dernier, lors de l'inauguration d'un musée sur l'Holocauste, affirmant qu'il avait "sur beaucoup d'aspects fait des choses positives"... avant de se rétracter.

Malgré tout, pour Adriano Prosperi, l'histoire italienne n'est pas caractérisée par des "germes de racisme profond". Et si le vice-président du Sénat n'a pas démissionné, cela s'explique, selon lui, moins par un racisme diffus - d'autant que son parti n'est guère représentatif avec 4 % des voix aux dernières élections - que par "la déplorable forme de gouvernement actuel qui fait que les valeurs ont cédé le pas à la realpolitik".

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