7 /10 : l'appel du 27 septembre 2023 que Netanyahou a caché à Tsahal et au Shin Bet

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Le 07/10 : Netanyahou a été alerté par les émirats arabes et par l'Egypte le 23/09/2023

 

Une enquête de Haaretz publiée le 8 septembre révèle que le président des Emirats arabes unis Mohammed ben Zayed a personnellement averti Benyamin Netanyahou, dix jours avant le 7 octobre 2023, que le chef du Hamas Yahya Sinouar préparait une opération majeure. L'Egypte aurait transmis une mise en garde similaire. Le cabinet du Premier ministre dément « catégoriquement ».

Une enquête de Haaretz, publiée le 8 septembre 2026, jour même de la clôture des listes électorales pour le scrutin du 27 octobre, relance avec une force inédite la controverse sur les responsabilités précédant le 7 octobre 2023.

Haaretz s'appuie sur les révélations du livre à paraître « Hostages : 843 Days of Abandonment », coécrit par les journalistes Shlomi Eldar et Ruti Yuval, pour affirmer que Benyamin Netanyahou a été personnellement et explicitement averti, environ dix jours avant le massacre, qu'une attaque majeure du Hamas se préparait. 

Des pourparlers secrets à l'alerte du président émirati

Selon la reconstitution de Haaretz, l'origine de l'affaire remonte à des négociations indirectes menées durant l'été 2023 entre Israël, le Hamas et le Fatah, portant sur la restitution des corps des soldats Hadar Goldin et Oron Shaul et sur la libération des captifs civils Hisham Al-Sayed et Avera Mengistu.
Ces pourparlers, conduits par l'intermédiaire d'un responsable du Fatah surnommé « Black Eyes », proche à la fois du Hamas et du Shin Bet, visaient une trêve de longue durée, une
« hudna ». Les discussions se seraient enlisées dès le mois d'août 2023, Netanyahou ayant, selon l'enquête, retardé à plusieurs reprises la convocation du comité ministériel chargé d'approuver les libérations de prisonniers.

Début septembre 2023, Yahya Sinwar se serait retiré des négociations et aurait chargé l'intermédiaire de transmettre un avertissement : il déclencherait un « zilzal », un « tremblement de terre », si le processus restait bloqué.
Il aurait ensuite qualifié ce qu'il préparait de « mère de toutes les surprises » et d'« opération terrifiante ». Ce message serait parvenu au président émirati Mohammed ben Zayed par l'intermédiaire d'un conseiller palestinien proche de l'émir d'Abou Dabi, avant d'être transmis au Shin Bet le 15 septembre 2023.

Une réunion de sécurité sans décision, puis un appel direct resté sans suite

D'après Haaretz, le chef du Shin Bet de l'époque, Ronen Bar, aurait informé Netanyahou de cette alerte, ce qui aurait conduit à une réunion de sécurité le 17 septembre 2023, au cours de laquelle une opération visant à éliminer Sinwar aurait été évoquée puis repoussée.
Bar aurait alors averti qu'Israël se trouvait « sur une trajectoire de collision » et recommandé soit une action offensive d'ampleur, soit un renforcement défensif autour de Gaza et de la Judée-Samarie avant les fêtes juives. Aucune décision n'aurait été arrêtée à l'issue de cette réunion.

Constatant, selon l'enquête, qu'Israël n'avait pas réagi de façon adéquate à l'information transmise, Mohammed ben Zayed aurait alors décidé de contacter directement Netanyahou. Lors d'un appel téléphonique de quarante-cinq minutes, environ dix jours avant le 7 octobre, le président émirati aurait mis en garde le Premier ministre israélien : Sinwar préparait une opération majeure susceptible de provoquer un bain de sang et de déstabiliser la région. Netanyahou aurait réagi « avec un calme relatif », assurant à son interlocuteur qu'Israël était préparé à tout scénario.

Une alerte égyptienne parallèle

L'enquête de Haaretz établit un parallèle avec des informations déjà rapportées durant les premiers jours de la guerre par la journaliste de Yedioth Ahronoth Smadar Perry, selon lesquelles le chef du renseignement égyptien de l'époque, le général Abbas Kamel, aurait lui aussi averti le cabinet de Netanyahou, à peu près à la même période, qu'une « opération inhabituelle et terrible » se préparait.
Le Premier ministre aurait répondu : « A Gaza, nous maîtrisons la situation, nous contrôlons les choses ». Ni l'alerte émiratie ni l'alerte égyptienne n'auraient été mentionnées lors d'une réunion de sécurité tenue le 1er octobre 2023, consacrée pourtant au Hamas et à Gaza.

L'enquête précise en outre que l'ancien chef d'état-major Herzi Halevi et l'ancien chef du Shin Bet Ronen Bar affirment n'avoir jamais été informés de l'appel direct entre Mohammed ben Zayed et Netanyahou, à la différence de l'alerte transmise via l'intermédiaire palestinien le 15 septembre, dont Bar avait bien eu connaissance.

Un démenti catégorique du cabinet du Premier ministre

Le bureau de Benyamin Netanyahou a réagi avec vigueur, qualifiant les révélations de Haaretz de « mensonge absolu ». Le communiqué affirme que « le Premier ministre Netanyahou n'a pas parlé avec le président des Emirats arabes unis durant la période en question et n'a reçu de lui aucun avertissement ».

Une opposition à l'offensive à sept semaines du scrutin

Les réactions de l'opposition n'ont pas tardé. L'ancien Premier ministre Naftali Bennett a affirmé : « Mohammed ben Zayed, des Emirats, a averti Netanyahou que Sinwar préparait une opération. Abbas Kamel, le chef du renseignement général égyptien, a lui aussi averti Netanyahou, quelques jours avant le massacre, qu'une opération majeure se préparait ».

Il a ajouté que Netanyahou portait une « responsabilité directe » dans le désastre, « pas seulement une responsabilité ministérielle du fait de sa fonction de Premier ministre, mais une responsabilité directe ».

Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar et principal challenger de Netanyahou dans les sondages, a estimé que ce rapport montrait que le Premier ministre avait « conduit Israël à l'aveugle » vers les défaillances du 7 octobre, et a renouvelé son engagement à créer une commission d'enquête d'Etat, indépendante et présidée par un juge de la Cour suprême, s'il est élu.

Les dirigeants des principaux partis d'opposition ont publié une déclaration commune réclamant une investigation immédiate et approfondie. Près de trois ans après l'attaque, Netanyahou continue de résister aux demandes des familles endeuillées et des rescapés du 7 octobre en faveur d'une commission d'enquête indépendante sur les défaillances sécuritaires et renseignement ayant permis au Hamas de mener son opération.

La publication de cette enquête, intervenue le jour même de la clôture des listes de candidats pour les élections du 27 octobre, place la question du 7 octobre au cœur d'une campagne déjà marquée par l'escalade militaire face à l'Iran et par la controverse internationale autour des implantations. A cinquante jours du scrutin, elle promet de peser durablement sur le débat électoral israélien.

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