Le maire de Bat Yam adresse sa facture à l'Iran : "« Ils ont envoyé des missiles, nous avons envoyé la facture »

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Bat Yam poursuit l'Iran à New York : le maire remet une plainte de 250 millions de shekels à un diplomate iranien

Par Claudine Douillet

Le maire de Bat Yam, Tzvika Brot, a remis en main propre à un diplomate iranien, en plein Manhattan, une plainte de 250 millions de shekels (environ 65 millions d'euros).
La ville réclame réparation pour les destructions causées par les missiles iraniens en juin 2025. L'opération a pris deux mois de préparation et s'est terminée par une poursuite dans les rues de New York.

Une plainte déposée à Jérusalem, remise à New York

La municipalité de Bat Yam a déposé sa plainte un dimanche devant le tribunal de district de Jérusalem. Dès le lendemain, lundi, le maire Tzvika Brot et son équipe l'ont remise à un représentant officiel de la République islamique, à New York. La ville a baptisé l'opération « Compte ouvert ». Le nom dit tout : Bat Yam présente sa facture à Téhéran.

Pour qu'une procédure judiciaire contre un État étranger puisse avancer, la plainte doit être officiellement portée à la connaissance de la partie adverse. Or l'Iran n'a ni ambassade ni consulat en Israël, et aucun Israélien ne peut entrer dans la représentation iranienne auprès des Nations unies. Il fallait donc trouver un diplomate iranien en personne, sur un territoire accessible, et lui signifier la plainte face à face.

Deux mois de préparation et des portraits de diplomates

Selon la municipalité de Bat Yam, la préparation a duré deux mois. Plusieurs personnes se sont rendues à New York pour repérer un représentant officiel de l'Iran. L'équipe a dressé des croquis des principaux diplomates iraniens en poste à l'ONU afin de pouvoir les reconnaître dans la rue, puis a choisi un point de rendez-vous stratégique.

Le jour venu, des guetteurs postés près du bâtiment iranien ont vu un diplomate sortir et se diriger vers le siège des Nations unies. Ils ont aussitôt prévenu l'équipe du maire.

Une poursuite dans les rues de Manhattan

Le diplomate a ignoré le groupe et tenté de s'éloigner. L'équipe de Bat Yam l'a suivi à travers les rues de Manhattan jusqu'à ce que Tzvika Brot ait lu à voix haute le contenu de la plainte. Cette lecture devant témoins fait avancer la procédure : l'Iran ne peut plus dire qu'il n'a pas été informé.

Le maire a résumé l'opération au site israélien Walla : « Ils nous ont envoyé des missiles, nous leur avons envoyé une facture. »

La nuit où Bat Yam a été frappée

La plainte remonte à juin 2025, pendant la guerre de douze jours entre Israël et l'Iran. Une salve de missiles iraniens s'est abattue sur le centre d'Israël. À Bat Yam, neuf habitants ont été tués et 178 blessés.

Les dégâts ont été considérables. Environ 160 immeubles ont été touchés, dont 22 ont dû être démolis sans délai. Des milliers d'habitants se sont retrouvés sans logement du jour au lendemain. Selon les médias israéliens, Tzvika Brot a décidé cette même nuit qu'il exigerait de l'Iran qu'il paie pour ces destructions.

Une offensive judiciaire contre le régime des mollahs

L'avocate Nitsana Darshan-Leitner, présidente de l'organisation Shurat HaDin, spécialisée dans les poursuites contre les États et les organisations qui financent le terrorisme, accompagne cette démarche. Dans un communiqué, elle explique que la lutte contre l'Iran ne se mène plus seulement sur le terrain militaire. Elle se joue aussi devant les tribunaux et passe par les comptes bancaires et les avoirs du régime. Le but est d'exercer sur Téhéran une pression financière durable.

Cette stratégie a fait ses preuves ailleurs. Aux États-Unis, plusieurs groupes de victimes du 7 octobre ont déjà poursuivi l'Iran devant la justice fédérale, l'accusant d'avoir planifié et financé les attaques du Hamas. Ces actions visent à obtenir des jugements qui permettent ensuite de saisir des avoirs iraniens à travers le monde.

Soixante jours pour répondre

L'Iran dispose désormais de 60 jours pour répondre à la plainte. Faute de défense dans ce délai, la municipalité de Bat Yam pourra demander un jugement par défaut.

Reste la question décisive : comment encaisser des centaines de millions de shekels auprès d'un pays qu'Israël considère comme un État ennemi ? Le Jerusalem Post reconnaît qu'il n'y a pas de réponse claire. Un jugement favorable donnerait pourtant à Bat Yam un titre juridique qu'elle pourrait faire valoir partout où des biens iraniens seront repérés et saisissables.

Pour les habitants qui ont perdu leurs proches ou leur logement, la portée de ce geste dépasse le droit. Pour la première fois, une ville israélienne frappée par les missiles iraniens est allée chercher le régime de Téhéran jusque devant les Nations unies pour lui présenter l'addition.

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