Israël : Herzog confie à Gadi Eisenkot la mission de détrôner Netanyahou

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Israël : Herzog confie à Gadi Eisenkot la mission de détrôner Netanyahou

Par Claudine Douillet

Le président Isaac Herzog a désigné Gadi Eisenkot pour former le prochain gouvernement israélien. L'ancien chef d'état-major recevra officiellement le mandat ce dimanche à 17 heures, à la résidence présidentielle de Jérusalem. Il est désormais le mieux placé pour mettre fin au règne de Benjamin Netanyahou, mais le plus dur commence.

Une annonce qui tombe à la sortie du Shabbat

Samedi soir 7 novembre, la présidence a fait savoir qu'Isaac Herzog avait informé le chef du parti Yashar de sa décision de lui confier la formation du gouvernement. Le communiqué est sobre : le président a invité Gadi Eisenkot à la résidence présidentielle, où il lui remettra le mandat dimanche 8 novembre à 17 heures.

Herzog n'a pas attendu le 11 novembre, date limite fixée par la loi. Au cours des derniers jours, il a mené des entretiens approfondis avec plusieurs responsables politiques, dont Benjamin Netanyahou et Gadi Eisenkot lui-même, à qui il a fait part de son intention avant de l'annoncer publiquement.

67 contre 46 : un écart historique

Le choix d'Herzog repose sur les chiffres. Lors des consultations des 4 et 5 novembre, des formations représentant 67 des 120 députés de la 26e Knesset ont recommandé Gadi Eisenkot. Benjamin Netanyahou n'a recueilli que 46 recommandations. Sept députés se sont abstenus.

Le parti Yashar souligne que c'est le plus grand nombre de recommandations obtenu par un candidat depuis 2015. Eisenkot a été soutenu par son propre parti, par Ensemble de Naftali Bennett et Yaïr Lapid, par les Démocrates, par Israël Beitenou d'Avigdor Liberman, ainsi que par les deux formations arabes, Raam et la Liste unifiée. Netanyahou a été recommandé par le Likoud, le Sionisme religieux, Otzma Yehudit, le Shas et Zehout.

Le coup le plus dur pour le Premier ministre sortant est venu de son propre camp. Allié historique du Likoud, le parti ultra-orthodoxe Judaïsme unifié de la Torah, avec ses sept sièges, a refusé de recommander qui que ce soit. Le bloc sortant, qui avait obtenu 53 sièges le 27 octobre, s'est ainsi réduit à 46 voix devant le président.

Le Likoud reste le premier parti, mais il est isolé

Le scrutin du 27 octobre, marqué par une participation de près de 78 %, n'a donné à aucun bloc les 61 sièges nécessaires pour gouverner. Le Likoud reste en tête avec 27 sièges, devant Yashar (21), Ensemble (12), la Liste unifiée (11), les Démocrates (8), Raam (8) et Israël Beitenou (7).

Arrivé premier, Netanyahou se retrouve pourtant sans majorité de soutiens. Le parti Yashar a enfoncé le clou en le qualifiant de Premier ministre de transition, minoritaire avec 46 sièges, sans mandat ni majorité.

Herzog prévient : rien n'est joué

Le président n'a pas présenté sa décision comme une évidence. « Les résultats des consultations peuvent sembler clairs, mais le pouvoir que me confère la loi consiste à déterminer qui est capable de former un gouvernement, et cela n'est pas entièrement évident », avait-il déclaré jeudi soir. Il avait évoqué des vetos croisés entre les blocs, et à l'intérieur même de chacun d'eux.

En Israël, le président ne choisit pas le candidat qui a le plus de recommandations, mais celui qui a la meilleure chance de bâtir une coalition. En retenant Eisenkot, Herzog estime que c'est lui qui a le plus de chances d'y parvenir.

Le casse-tête de la coalition

Les 67 recommandations ne font pas une majorité de gouvernement. Les quatre partis juifs de l'opposition totalisent 48 sièges. Pour atteindre 61, Eisenkot a besoin des partis arabes ou de formations venues du camp adverse.

C'est là que le terrain devient miné. Trois des quatre partis juifs qui soutiennent Eisenkot excluent de siéger dans un gouvernement aux côtés des partis arabes. Benjamin Netanyahou a déjà lancé l'offensive en affirmant qu'un gouvernement s'appuyant sur ces formations « démantèlerait » Israël. Le chef de Raam, Mansour Abbas, a de son côté dénoncé devant Herzog ce qu'il appelle un « test de loyauté » imposé à son parti, tout en maintenant son soutien.

L'autre piste passe par les ultra-orthodoxes. Avigdor Liberman, longtemps leur adversaire le plus virulent, a entrouvert la porte. Mais Eisenkot ne cède pas sur le service militaire obligatoire, au cœur du conflit avec les partis religieux, qui exigent que le statut des étudiants de yeshiva soit réglé en priorité.

Reste l'option d'un gouvernement d'union nationale avec le Likoud, que réclamaient samedi des manifestants devant la résidence présidentielle. Le parti de Naftali Bennett l'a écartée sans détour, en refusant de « faire affaire avec des scorpions ».

Un gouvernement d'urgence nationale

Gadi Eisenkot affirme avoir fait des « progrès significatifs » dans ses discussions. Il promet d'inviter toute formation qui accepte ses quatre principes fondamentaux et veut former un gouvernement d'urgence nationale pour faire face aux défis sécuritaires et à la reconstruction du pays. Il dit vouloir exercer ce mandat « avec un sens de la responsabilité sacrée » et décrit les jours à venir comme « un test de leadership et d'amour de la patrie ».

Un parcours forgé dans l'armée et le deuil

Né à Tibériade dans une famille d'immigrés marocains, Gadi Eisenkot a dirigé Tsahal entre 2015 et 2019. Il est entré en politique en 2022 aux côtés de Benny Gantz, puis a fondé Yashar en septembre 2025. Ministre sans portefeuille et observateur au cabinet de guerre après le 7 octobre, il a perdu son fils Gal, tombé dans la bande de Gaza.

S'il réussit, ce sera aussi une première historique : depuis 1948, aucun chef de gouvernement israélien n'est issu des communautés séfarades et orientales.

Le compte à rebours est lancé

À partir de la remise du mandat dimanche, Eisenkot disposera de 28 jours pour former une coalition, avec une prolongation possible de 14 jours. En cas d'échec, Herzog pourra confier la mission à un autre député. D'ici là, Benjamin Netanyahou reste Premier ministre d'un gouvernement de transition. Si personne n'y parvient, Israël retournera aux urnes.

Sources :
Israel National News : communiqué de la présidence du 7 novembre

 

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