Israël : Une pierre de 750 kg dévoile la réforme religieuse du roi Ézéchias -vidéo-

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Une pierre de 750 kg dévoile la réforme religieuse du roi Ézéchias -vidéo-

Tel Eiton : la massebah qui raconte la fin des rites domestiques en Judée

Une découverte extraordinaire du royaume de Juda. À Tel Iton, un monument rituel, démantelé, déposé au sol puis délibérément intégré à une plateforme de pierre plusieurs années avant la destruction du site par les Assyriens, a été mis au jour.
Cette découverte pourrait éclairer d'un jour nouveau le débat sur les changements religieux attribués à Ézéchias, roi de Juda à partir de la fin du VIIIe siècle avant notre ère.

Une pierre dressée de 750 kilogrammes, volontairement couchée puis ensevelie dans une plateforme de pierre, vient de livrer un témoignage rare sur la manière dont la réforme religieuse du roi Ézéchias s'est imposée jusque dans les foyers de la Judée antique, il y a près de 2 700 ans.

À quoi servait une massebah

Une massebah est une pierre dressée, brute ou à peine taillée, qui ne représente aucune figure humaine ou animale. Dans le monde israélite comme plus largement cananéen, elle marquait la présence divine ou commémorative en un lieu, sans passer par une image sculptée : elle rendait un dieu ou une alliance « visible » sans le représenter.
On en dressait pour sceller un pacte, marquer une théophanie, honorer un ancêtre ou un défunt, ou simplement signaler un lieu de culte. Dans le cas de Tel Eiton, la position de la pierre dans la pièce principale de la maison, face à l'entrée, suggère qu'elle constituait le point focal d'un culte domestique : la famille s'y adressait à la divinité chez elle, sans passer par un sanctuaire.

Les "hauts lieux" : un culte parallèle au Temple

Ces pratiques domestiques s'inscrivaient dans un paysage religieux plus large que la Bible appelle les bamot, les « hauts lieux ». On y trouvait généralement, ensemble, des masseboth (pierres dressées), des autels de sacrifice, parfois des autels à encens, et des poteaux sacrés appelés asherim, associés à la déesse Ashéra.
Ces hauts lieux existaient aussi bien dans des sanctuaires collectifs, souvent situés en hauteur, que dans la sphère privée des maisons, comme semble le montrer Tel Eiton. Le livre des Rois précise d'ailleurs que même des rois considérés comme fidèles avant Ézéchias  Asa, Josaphat, Joas, Amatsia avaient laissé subsister ces hauts lieux, preuve que la pratique était courante et tolérée depuis longtemps.

Le bouleversement introduit par Ézéchias

Ézéchias, à la fin du VIIIe siècle avant notre ère, rompt avec cette tolérance. Selon le second livre des Rois (18:4), il est le premier roi à faire disparaître systématiquement les hauts lieux, à briser les pierres dressées et à couper les poteaux d'Ashéra, dans le but de concentrer le culte exclusivement autour du Temple de Jérusalem.
Ce geste religieux avait aussi une dimension politique : centraliser le culte revenait à centraliser l'autorité royale et sacerdotale, au moment même où le royaume de Juda affrontait la pression croissante de l'empire assyrien et cherchait à resserrer son identité collective. C'est cette rupture, jusque-là documentée surtout par le texte biblique, que la pierre couchée et enterrée de Tel Eiton vient illustrer archéologiquement dans l'intimité d'un foyer, et non plus seulement dans les grands sanctuaires.

 

Une découverte au cœur d'une demeure de la Shéphélah

C'est à Tel Eiton, site archéologique situé dans la Shéphélah de Judée, que les fouilleurs ont mis au jour cette massebah, une pierre dressée à vocation cultuelle, haute d'environ 1,40 mètre.
L'objet ne se trouvait pas dans un temple ni dans un espace public, mais dans la plus grande pièce d'une demeure imposante datant de l'époque du Premier Temple. Sa position, face à l'entrée de la pièce, indique qu'elle occupait initialement une place centrale et visible, probablement au cœur d'un culte domestique pratiqué par les habitants de la maison.

Une transformation qui trahit un basculement religieux

À un moment donné, cette pierre autrefois érigée a été couchée puis intégrée à une plateforme de pierre, un geste que les chercheurs interprètent comme le signe d'une transformation délibérée et non d'un simple effondrement accidentel. Selon le professeur Avraham Faust, du département d'histoire générale de l'université Bar-Ilan, ce traitement de la massebah pourrait correspondre à la période de bouleversement religieux associée aux réformes attribuées au roi Ézéchias, à la fin du VIIIe siècle avant notre ère. Le monarque judéen est décrit dans la tradition biblique comme ayant œuvré à l'abolition des cultes pratiqués hors du Temple de Jérusalem.

Le culte domestique, un angle mort de l'archéologie

L'intérêt de cette découverte, publiée dans la revue Jerusalem Journal of Archaeology, dépasse la simple confirmation d'un changement religieux à la fin du VIIIe siècle avant notre ère. Elle attire surtout l'attention sur une dimension longtemps négligée par la recherche archéologique, celle du culte pratiqué au sein même des foyers.
Le professeur Faust souligne que ce type de témoignage est presque introuvable dans les fouilles, pour deux raisons principales. D'une part, les maisons d'habitation "ordinaires" suscitent généralement peu d'attention de la part des chercheurs.
D'autre part, lorsqu'un culte domestique était abandonné, les objets cultuels mobiliers étaient simplement emportés, sans laisser de trace claire du lieu où ils avaient été utilisés, ni du moment où cet usage avait cessé.

Un témoignage rare sur la réforme dans l'intimité des foyers

La massebah de Tel Eiton offre ainsi une exception précieuse. Parce qu'elle a été couchée et volontairement dissimulée dans une plateforme plutôt que retirée, elle a échappé à la disparition qui frappe habituellement ce genre d'objets.
Elle permet aux archéologues d'observer, pour la première fois de façon aussi tangible, comment une réforme religieuse décidée au sommet du royaume de Juda a pu se traduire concrètement dans la pratique quotidienne d'une famille, loin des temples et des lieux de culte officiels.

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