Sionisme 2.0 : le kibboutz high-tech qui veut changer la carte d'Israël

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Sionisme 2.0 : le kibboutz high-tech qui veut changer la carte d'Israël

Kibboutz High-Tech : l'idée qui veut vider Tel-Aviv pour repeupler le Neguev

Depuis des décennies, Israël tente en vain de disperser son industrie technologique hors du Goush Dan. Avantages fiscaux, incubateurs, zones industrielles : rien n'y a fait.
Même le télétravail n'a pas changé la carte du high-tech israélien.
Près de trois ans après le 7 octobre, alors que l'enveloppe de Gaza et le nord du pays peinent à se relever, un projet veut inverser complètement la logique.

L'idée : déplacer les gens, pas les entreprises

Dov Moran, inventeur de la clé USB et figure majeure du high-tech israélien, ne cherche pas à attirer des sociétés vers la périphérie. Il veut y installer directement les salariés, qui continueront à travailler à distance pour leurs employeurs du centre.

« J'ai vu des salariés officiellement domiciliés dans le sud alors qu'ils vivaient à Tel-Aviv, et qui redescendaient juste avant le passage d'un contrôleur », raconte-t-il à mako. « Ce n'est pas ça, développer la périphérie. Les gens ne déménagent pas pour un emploi ou une réduction d'impôt. Ils déménagent pour d'autres gens. »

Un déménagement collectif, pas individuel

Le projet, baptisé « Kibboutz High-Tech », n'est pas un kibboutz classique mais une communauté de professionnels de la tech et de leurs familles, qui s'installent ensemble tout en gardant leur emploi actuel. Il démarre à Ein HaShlosha, dans l'enveloppe de Gaza, avant de s'étendre à Maayan Baruch, en Haute-Galilée. Plusieurs centaines de familles seraient déjà inscrites.

« Les gens du high-tech aiment être ensemble, ça fait partie du métier », explique Moran. « Si on les fait venir un par un, personne ne vient. Il faut créer un mouvement de groupe. »

Tom Lavi, directeur général du projet, précise que rien n'est figé dès le départ : « On entre dans un processus d'intégration d'un an ou deux, pour vérifier que l'endroit nous convient. Ensuite seulement vient l'adhésion définitive. »

Le travail hybride rend tout ça possible

Le projet s'appuie sur des entreprises qui autorisent déjà le télétravail, pour que personne n'ait à démissionner. Il est porté par l'Agence juive, l'administration Tkuma, des collectivités locales, et des partenaires privés comme Grove Ventures (le fonds de Moran), Cisco ou Nvidia.

Le risque de l'enclave

Faire débarquer en masse des salariés du high-tech dans une localité existante, n'est-ce pas créer une bulle coupée des habitants ? Moran l'assume : le groupe doit venir soudé, mais rester ouvert. C'est pourquoi chaque nouvel arrivant s'engage à donner deux heures par semaine à l'école régionale, en physique, maths, informatique ou IA, et une conférence par an ouverte aux habitants.

« L'objectif, c'est de mélanger ces gens avec ceux qui les entourent », insiste-t-il. « Je ne veux pas d'une périphérie qui reste périphérie et d'un high-tech qui reste high-tech. »

Jusqu'à 50 000 shekels d'économies par an

L'argument financier pèse lourd. Grâce aux avantages fiscaux du Neguev et de la Galilée, un salarié touchant 30 000 shekels par mois pourrait économiser 20 000 à 25 000 shekels par an. Pour un couple où les deux conjoints travaillent, l'économie grimpe à 40 000, voire 50 000 shekels, sans compter un logement moins cher.

« La différence est très significative, on la ressent vraiment », confirme Lavi.

Le sionisme, moteur inattendu

Au-delà de l'argent, une motivation revient sans cesse chez les candidats : le sionisme. « Nous avons interrogé 150 à 200 familles. Beaucoup parlent de mission, de responsabilité », raconte Lavi, qui revient lui-même de plus de 400 jours de réserve. Depuis le 7 octobre, nombreux sont ceux qui veulent participer à la reconstruction du Neguev et de la Galilée.

Un retour aux sources

Beaucoup de candidats ne sont pas des citadins purs, mais des gens qui ont grandi dans un kibboutz ou un mochav avant de partir faire carrière à Tel-Aviv. Aujourd'hui, ils veulent revenir, sans sacrifier leur métier. « Ils craignent moins la situation sécuritaire que l'absence de communauté », résument Moran et Lavi. « Ils veulent savoir que d'autres viendront avec eux. »

Objectif : des dizaines de milliers de personnes

Moran voit grand : « À terme, il faut atteindre des milliers de professionnels du high-tech, et j'espère bien au-delà. La meilleure image de ce pays, c'est un État juif, libéral, porté par le high-tech. Il ne doit pas rester concentré dans un seul coin du territoire. »

Le projet mobilise aussi Asher Levy, Hana Radu, Yaron Neudorfer, la Dre Rinat Greenberg et Shu Eliavzon. Tous insistent : aucun intérêt financier personnel là-dedans.
« Nous n'avons pas investi un centime et nous n'en attendons pas un seul », affirme Moran. « Je travaille bénévolement depuis presque deux ans. C'est ça, le sionisme : nous aimons ce pays et nous voulons qu'il réussisse. »

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