UN GRAND PAYS, MAIS LEQUEL ? Organiser la fuite des Juifs de France… loin d'Israël

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UN GRAND PAYS, MAIS LEQUEL ? Organiser la fuite des Juifs de France… loin d'Israël

 

UN GRAND PAYS. MAIS LEQUEL ? Quand certains organisent la fuite des Juifs de France… loin d'Israël

Il y a des informations qui tombent le matin sortie de nulle part et en rupture totale de l'engagement juif en générale. Une information qui vous fait comprendre deux choses :
La première coûte que coûte les Juifs doivent quitter la France, la seconde est que tous les Juifs ne feront pas leur Alyah .

Dov Maïmon interrogé sur cette rumeur nous donne également une réponse cinglante, un couperet: : "Ceux qui ne sont pas suffisamment juifs iront ailleurs."

Ainsi, un post circule depuis quelques heures sur les réseaux et révèle l'existence d'une nouvelle association dont l'objet est d'organiser le départ des Juifs de France.
En grande pompe.

Avec logistique, ambition, et sans doute bonne conscience. Jusqu'ici, rien d'extraordinaire :
depuis le 7 octobre 2023, les alarmes se multiplient, les livres-enquêtes s'empilent, les appels à agir se succèdent. Mais le détail qui change tout, l'information qui retourne l'estomac, c'est celle-ci : la destination n'est pas Israël.

Le nom du pays est encore tenu secret. On parle d'un "grand pays".
Lequel ? On ne sait pas. On ne veut pas encore le dire. Pourquoi cette discrétion ? Là aussi, mystère. Ce qui est certain, c'est que l'initiative existe, qu'elle est organisée, qu'elle se dote d'un cadre associatif, et qu'elle oriente délibérément les Juifs de France vers… ailleurs.

Voilà qui mérite qu'on s'arrête. Longuement.

Nous avons posé la question directement à Dov Maïmon.

Sa réponse, reçue en exclusivité par Alliance, est à la fois une confirmation et une démolition.
Il existe bien, dit-il, un projet de ce type porté par le Congrès juif mondial sous le nom de "New Haven", les nouveaux paradis dont l'objet est d'orienter des Juifs vers de nouvelles "galoutes." exils.
Les destinations évoquées : l'Argentine, la Nouvelle-Calédonie, d'autres encore.
Son verdict est sans appel : "Ces initiatives sont du bruit.
Le Canada va devenir la France. Les États-Unis vont devenir la France. Il n'y a pas de pays qui seront protégés." Et il conclut avec une phrase qui résume tout : "Ceux qui ne sont pas suffisamment juifs iront ailleurs."

Pendant ce temps, Long et Maïmon sonnaient l'alarme

Depuis des mois, deux hommes font un travail remarquable de lucidité.
Dov Maïmon, directeur de recherche au Jewish People Policy Institute de Jérusalem, conseiller du gouvernement israélien sur les relations avec le monde musulman, et Didier Meïr Long, ancien moine bénédictin converti au judaïsme, essayiste, fin connaisseur des communautés juives de France ont publié ensemble La fin des Juifs de France ? (Cherche-Midi, 2025).

Leur enquête d'un an, nourrie de 200 interviews, de données des services de renseignement français et israéliens, de rencontres avec des juges antiterroristes, des sociologues, des maires de banlieue, est un diagnostic clinique et implacable.

Leur conclusion est nette : l'État d'Israël ne pourra pas facilement intégrer tous les Juifs français. La moyenne d'âge est trop élevée, le capital financier de départ trop insuffisant pour vivre en Israël, et les priorités budgétaires israéliennes vont aux soldats, pas aux logements sociaux. En clair : les riches iront où ils veulent. Les pauvres resteront coincés dans des banlieues ou des villes dangereuses.

Ce n'est pas un appel à l'aliyah. C'est une analyse du réel, froide et documentée.
Le 9 juin dernier, Didier Long publiait un texte au titre glaçant : "Il faudra évacuer les Juifs de certains endroits dans moins d'un an." Ce n'est pas un avertissement nouveau  c'est l'aboutissement d'années d'analyse. Et c'est dans ce paysage long, balisé depuis 2024, que l'existence de cette association prend tout son sens.
Il y décrit une pression démographique qui portera la proportion de musulmans en France à 30% de la population dans trente ans, et conclut : "On ne connaît pas de pays où vivent 30% de musulmans et où il y a des Juifs."

Le tableau est sombre. Le diagnostic est sérieux. Les hommes qui le posent ne sont pas des hystériques ni des prophètes de malheur ce sont des chercheurs, des experts, des témoins qui ont fait le tour du terrain.

Et c'est dans ce contexte précis, celui de cette alerte maximale, que surgit l'information d'une association qui organise des départs vers un pays dont on refuse encore de prononcer le nom.

+45% d'aliyah. Et un solde migratoire israélien négatif.

Les chiffres de 2025 sont là, officiels, publiés par le ministère israélien de l'Immigration. 3 300 Juifs français sont partis en Israël l'année dernière, contre 2 228 en 2024  soit une hausse de 45%. Sur les 21 900 nouveaux immigrants arrivés en Israël depuis 105 pays, la France se classe troisième, derrière la Russie et les États-Unis. Le mouvement s'accélère. Il est réel. Il est mesuré.

Mais l'image est à double fond. En 2025, plus de 79 000 Israéliens ont quitté le pays. Le solde migratoire d'Israël reste négatif. Israël est en guerre. Israël enterre ses soldats. Israël mobilise, reconstruit, résiste.

Maïmon lui-même, dans un texte de décembre 2025, enfonce le clou avec une honnêteté rare : entre 80 000 et 100 000 Juifs ont déjà quitté la France depuis l'an 2000 certains vers Israël, d'autres vers le Canada, les États-Unis ou la Grande-Bretagne.
Et il formule ce qui est peut-être la phrase la plus honnête jamais écrite par un chercheur israélien sur le sujet : "Israël aime l'aliyah mais n'aime pas les immigrants." C'est dit. Et c'est précisément ce vide-là qu'une nouvelle association a décidé de combler — mais pas en direction d'Israël.

Ce que cette information dit de nous

De nous, Israéliens. De nous, qui avons choisi ce pays, qui le vivons, qui l'aimons, qui l'enterrons parfois. De nous, qui regardons depuis Bat Yam, Tel Aviv, Jérusalem ou Beer-Sheva, la communauté juive de France traverser ce que Maïmon et Long appellent une crise existentielle et qui attendons, qui espérons, qui tendons la main.

Quand on apprend qu'une nouvelle structure s'organise pour diriger les Juifs de France non pas vers leur foyer national mais vers un pays inconnu, deux questions se posent immédiatement.

La première est pratique : qui finance ? Qui organise ? Qui a intérêt à ce que les Juifs de France atterrissent ailleurs qu'en Israël ?
La seconde est morale : quel message envoie-t-on aux soldats israéliens qui meurent, aux familles qui portent le deuil, aux réservistes qui abandonnent leur vie civile depuis octobre 2023 pour défendre un État qu'on invite, en somme, à contourner ?

La réponse implicite de cette initiative est cruelle dans ce qu'elle révèle : Israël est utile comme bouclier. Comme force de frappe. Comme pays-tampon qui absorbe les coups pendant que d'autres construisent leur avenir ailleurs, au calme, dans un "grand pays" dont le seul mérite connu est de ne pas être en guerre.

L'aliyah, dit-on, c'est pour plus tard. Quand on sera vieux. Quand on aura besoin d'être soigné allusion transparente aux avantages de la médecine israélienne et des droits des olim. En attendant, on ira se poser ailleurs. Quelque part de confortable. De sûr. D'anonyme.

Le canari dans la mine ne choisit pas sa mine

Maïmon et Long ont une formule que j'aime et qui agace en même temps : "Les Juifs de France sont les canaris de la mine républicaine." Quand les Juifs vont mal, c'est la République qui est en danger. C'est vrai. C'est même profond. Mais le canari, lui, n'a pas le choix de sa mine. Il est là, point.

Ce que cette nouvelle association propose, si l'information se confirme, c'est une troisième voie entre rester en France et faire l'aliyah. Une voie de sortie latérale, qui évite le face-à-face avec la question fondamentale : qu'est-ce qu'être Juif aujourd'hui, et quelle est notre responsabilité collective envers l'État d'Israël ?

On peut comprendre que des familles cherchent à fuir. On peut comprendre la peur, l'épuisement, le désir d'une vie normale dans un pays qui ne brûle pas. On peut comprendre tout cela sans le valider comme projet communautaire organisé, financé, habillé en association loi 1901 avec logo et conseil d'administration.

Parce que ce projet-là dit quelque chose de précis : Israël est un recours d'urgence, pas une patrie. Un SAMU national pour Juifs âgés et malades. Un État qu'on soutient de loin, qu'on défend sur Facebook, auquel on envoie des dons lors des guerres, mais dont on ne voudrait pas partager le quotidien.

Le nom du pays

On ne le connaît pas encore. Peut-être le Canada, que les Juifs français commencent à fuir aussi  les médecins juifs quittent le NHS britannique, les rabbins quittent les campus nord-américains, le monde occidental dans son ensemble vacille.

Peut-être le Portugal, destination prisée des Juifs séfarades qui retrouvent par là leur histoire marrane.
Peut-être la Hongrie mais la encore le coche est loupé ! Orbán favorable à Israël a quitté le pouvoir et son successeur , Péter Magyar, est radicalement contre politique d'Israël, entendre contre les juifs dans leur ensemble.

Peu importe, dans un sens. Ce qui importe, c'est le principe. Ce qui importe, c'est ce que dit ce secret lui-même : si le nom du pays doit rester caché, c'est qu'on sait très bien que le révéler susciterait exactement ce que vous êtes en train de ressentir en lisant ces lignes.
L'indignation et l'insécurité pour ceux qui envisagent d'y partir.

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