La pègre israélienne : "Même les criminels plus dangereux n'ont jamais été traités ainsi"

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La pègre israélienne fait des ravages : "Même les criminels plus dangereux n'ont jamais été traités ainsi"

"Même les criminels plus dangereux que lui n'ont jamais été traités ainsi"

La mesure exceptionnelle qui a sidéré le tribunal de Tel-Aviv

L'audience vient de s'ouvrir lorsqu'une scène sort de l'ordinaire retient l'attention.
Les combattants de l'unité Nachshon du Service pénitentiaire israélien (Shabbas) refusent catégoriquement de retirer les menottes aux pieds du prévenu.
Le prévenu en question n'est pas un chef de cartel, ni un parrain de la pègre nationale.
Il s'appelle Pakado Gibto, 26 ans, originaire d'Or Yehuda. Et pourtant, c'est lui qui reçoit un traitement qu'aucun baron du crime organisé n'a jamais subi dans une salle d'audience israelienne.

Un statut rarissime que même les parrains n'ont pas connu

La décision, prise la semaine précédente et reconduite lors de cette nouvelle audience, repose sur une classification officielle : Gibto est désigné par le Shabbas comme présentant un risque élevé d'évasion ce que le système pénitentiaire israélien appelle un "Sag'av", soit un risque fuite de haute catégorie. En clair : il reste enchaîné aux chevilles pendant toute la durée des débats, sans exception.

Une source bien informée des rouages de l'affaire n'a pas caché sa stupéfaction :
"Des criminels bien plus haut placés que lui, y compris des chefs d'organisations criminelles, n'ont jamais été classés Sag'av lors des audiences. Les combattants de Nachshon leur ont toujours retiré les menottes des mains et des pieds, bien que personne ne conteste leur dangerosité. Mais dans le cas de Pakado Gibto, c'était vraiment hors norme." Et d'ajouter l'explication : "Le Shabbas dispose d'informations selon lesquelles il est capable de s'évader. Dans sa jeunesse, il a déjà fugué de plusieurs institutions. Alors ils l'ont enchaîné aux pieds, même dans la salle d'audience."

L'avocat interpelle, le juge tranche

Maître Viki Shmuel, l'avocat de la défense, a tenté de comprendre et de contester cette décision. Lorsqu'il a demandé au commandant de l'escorte pénitentiaire les raisons du maintien des entraves, la réponse a été sèche et sans appel : "Le suspect est classé Sag'av, c'est pourquoi nous demandons qu'il reste enchaîné aux chevilles." Le juge a tranché en faveur du Shabbas. Gibto est resté menotté aux pieds tout au long des débats. L'avocat n'a pu qu'en prendre acte.

La fusillade au pied d'une tour de luxe

Pour comprendre pourquoi Gibto se retrouve aujourd'hui dans cette situation, il faut revenir aux faits qui ont tout déclenché. Vendredi dernier, de nouveaux détails ont émergé sur la fusillade survenue dans le quartier huppé de Parc Tzameret à Tel-Aviv, précisément rue Nissim Aloni.
La cible : un véhicule dont le conducteur, connu des services de police, résidait dans l'un des immeubles de grande hauteur du secteur.
Selon la police, deux hommes auraient "foncé sur la victime dans une tentative" de la tuer.
Ce n'était pas un tir au hasard : les impacts de balles sur le véhicule et les enregistrements vidéo en possession des enquêteurs attestent, selon les forces de l'ordre, d'un acte prémédité.

Le co-auteur présumé de cet attentat manqué n'est autre qu'Alik Ben, alias Oleg Kovaliov, 41 ans, originaire de Netanya et installé depuis peu dans une tour de luxe de Tel-Aviv. Les deux hommes ont été arrêtés dans un hôtel de Tibériade, au nord du pays, quelques jours après les faits. Depuis, ils observent tous deux un silence total face aux enquêteurs.

Deux profils, une alliance inquiétante

Alik Ben et Pakado Gibto représentent deux générations de la pègre israélienne qui se seraient trouvées. D'un côté, Ben, le quatragénaire expérimenté qui a quitté Netanya  où il était impliqué dans des affaires de violence et de stupéfiants pour s'établir discrètement dans les hauteurs dorées de Tel-Aviv.
Un déménagement stratégique, selon une source criminelle : "Alik Ben a quitté Netanya pour Tel-Aviv parce qu'il pensait que ce serait plus difficile de le surveiller. C'est un criminel imprévisible dans son comportement. S'il s'avère qu'il est impliqué dans cette fusillade, il a un gros problème."

À peine quelques semaines avant cette affaire, Ben avait pourtant failli tomber : arrêté avec neuf de ses hommes pour vol de biens et agression des gardes du corps d'un rival à Netanya, il avait été libéré faute de preuves suffisantes.
La police, elle, ne l'avait pas perdu de vue : "Depuis longtemps nous suivons Alik Ben, a déclaré une source policière. En coulisses, il est impliqué dans une activité criminelle étendue à Tel-Aviv et s'est rapproché de jeunes délinquants du centre du pays qui travaillent en partie pour lui."

De l'autre côté, Gibto, le cadre montant de la pègre d'Or Yehuda. Avec son frère Yehoshua qui doit sortir de prison dans les prochaines semaines il est depuis des années une cible prioritaire de la police du district de Tel-Aviv. Un personnage décrit par ses pairs du milieu comme "dangereux, audacieux, impulsif, qui ne rend de comptes à personne."
La preuve par les faits : des antécédents judiciaires chargés, des arrestations à répétition pour menaces avec couteau, pose d'engins explosifs, tentatives d'intimidation de témoins pour effacer des enregistrements de caméras de surveillance.

Des preuves présentées, un silence maintenu

Lors des audiences d'extension de détention, un représentant de la police a expliqué que trois enregistrements liés à l'incident ont été présentés aux deux suspects. Ni l'un ni l'autre n'a daigné répondre aux questions. Les inculpations ont été alourdies en cours de procédure : de simples infractions liées à l'usage d'armes à feu, elles sont passées à tentative de meurtre, tentative de blessures graves, tirs et complot criminel.

L'avocat de Gibto, Maître Viki Shmuel, a qualifié les éléments à charge de "preuves kikiyoniot" — une expression hébraïque évoquant quelque chose d'éphémère et d'inconsistant et affirmé qu'aucun élément ne relie son client au tir. L'avocat d'Alik Ben, Maître Efraïm Damri, a soutenu pour sa part que la seule preuve contre son client était qu'il avait "voyagé vers le nord du pays" et demandé sa remise en liberté sous surveillance à Netanya. Le juge n'a pas été convaincu. Il a constaté l'existence de soupçons raisonnables contre les deux hommes et prolongé leur détention de cinq jours pour permettre la poursuite de l'enquête.

Un parcours criminel qui précède largement cette affaire

Pakado Gibto n'est pas un inconnu des chroniques judiciaires israéliennes. Dès 2023, alors qu'il n'avait que 22 ans, il avait été poursuivi pour avoir menacé un couple avec couteau en pleine rue, en plein jour, devant leur fille mineure.
Des habitants d'Or Yehuda témoignaient alors sous couvert d'anonymat : "Les gens en ville ont peur de lui et de son frère. Ils savent que s'ils le font condamner, le frère Yehoshua et ses hommes se vengeront avec une grande brutalité."

En 2024, la scène s'est répétée : la victime elle-même s'est présentée au tribunal pour décharger son agresseur présumé, affirmant avoir subi un accident de vélo. La police avait alors obtenu l'expulsion de la victime et de ses accompagnateurs de la salle d'audience.

Quand la victime vient sauver son agresseur

L'affaire de mai 2026 n'est pas la première fois que le nom de Pakado Gibto s'invite dans les salles d'audience de Tel-Aviv dans des circonstances surréalistes.

En septembre 2024, il avait été arrêté pour avoir poignardé à la cuisse un ami proche lors d'une dispute verbale.
Lors de l'audience d'extension de détention, une scène stupéfiante s'est produite : la victime elle-même a fait irruption dans le tribunal pour prendre la défense de celui qui l'avait blessé, affirmant devant le juge qu'elle avait simplement "eu un accident de vélo."

La police, flairant une manœuvre d'intimidation, a immédiatement demandé l'expulsion de la victime et de ses deux accompagnateurs hors de la salle, invoquant le risque d'obstruction à l'enquête. La juge a accédé à cette demande.

Derrière cette scène absurde se lisait une réalité que les habitants d'Or Yehuda connaissent bien : dans l'orbite des frères Gibto, on ne témoigne pas, on ne porte pas plainte, et si l'on a été blessé, on invente une chute de vélo.

Cet homme de 26 ans, enchaîné aux pieds dans le prétoire de Tel-Aviv, résume à lui seul une question que la justice israélienne peine à résoudre : comment briser le mur du silence que la terreur entretient autour de certains noms, au point que même les victimes viennent défendre leurs bourreaux ?

Source : Shimon Ifergan, Mako, 25 mai 2026

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