En Israël, un distributeur de billets dans son épicerie et 13 millions de NIS blanchis : fallait y penser

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En Israël, un distributeur de billets dans son épicerie et 13 millions de NIS blanchis : fallait y penser

13 millions de shekels blanchis via un distributeur automatique : le supermarché de la banlieue de Tel Aviv qui cachait tout au fisc.

Il tenait une épicerie de quartier dans la région de Gush Dan. En façade, un commerce ordinaire, des caddies, des caisses enregistreuses, des clients qui paient.
Dans l'arrière-boutique, un système d'une efficacité redoutable : 13 millions de shekels dissimulés au fisc, blanchis grâce à une machine que tout le monde connaît et que personne ne soupçonne un distributeur automatique de billets.

Un distributeur comme machine à blanchir

Le mécanisme, selon les soupçons des enquêteurs, était d'une ingéniosité troublante dans sa simplicité. Le propriétaire du supermarché encaissait les paiements en espèces de ses clients  des liquidités tout à fait ordinaires, réglées pour des courses du quotidien mais ne les déclarait pas aux autorités fiscales. Au lieu de les porter en comptabilité, il les chargeait dans le distributeur automatique installé à l'intérieur même de son commerce.

La suite coulait de source. Les clients de passage retiraient l'argent au distributeur, comme ils l'auraient fait dans n'importe quelle banque. Et la société gestionnaire du distributeur, de son côté, virait au propriétaire l'équivalent de ces sommes par virement bancaire plus une commission au passage.
Résultat : l'argent sale entrait par la porte de la caisse enregistreuse, faisait un tour dans la machine, et ressortait par le compte en banque, parfaitement présentable, avec l'apparence d'une recette commerciale tout ce qu'il y a de légal.

Annulations quotidiennes et livres de comptes trafiqués

L'enquête, menée par l'unité Yahalom de l'Autorité fiscale israélienne, en collaboration avec la TVA de Tel Aviv 1 et la TVA de Beer Sheva, a permis de reconstituer le dispositif dans le détail. Les faits couvrent la période 2022-2024.
Sur ces deux années, les registres comptables de l'établissement mentionnaient des paiements en espèces très nettement inférieurs aux sommes réellement encaissées. Autre indice révélateur : des annulations à la caisse enregistreuse, pratiquées avec une régularité quasi quotidienne. Une fréquence qui, aux yeux des enquêteurs, ne doit rien au hasard.

Au total, ce sont environ 13 millions de shekels en liquide qui auraient transité ainsi dans le distributeur entre 2022 et 2024, sans jamais être déclarés.

Des voitures de luxe saisies, des biens immobiliers gelés

Le suspect a été interpellé et entendu dans les locaux de l'Autorité fiscale. La perquisition a permis la saisie de plusieurs véhicules lui appartenant, dont une Mercedes et une BMW.
Un gel d'actifs immobiliers a également été prononcé à son encontre, avec le concours de la police israélienne. Présenté devant le tribunal de première instance de Rishon LeZion, il a été remis en liberté sous conditions restrictives. Un arrêté d'interdiction de publication de son nom et de son identité a par ailleurs été émis.

Une méthode déjà dans le viseur du fisc

Ce dossier ne tombe pas du ciel. Il y a environ trois mois, mako révélait déjà que les propriétaires de supermarchés et de petits commerces de quartier à travers tout le pays se trouvaient dans le collimateur de l'Autorité fiscale.

Selon les soupçons des enquêteurs, certains d'entre eux avaient trouvé une méthode sophistiquée pour blanchir des centaines de millions de shekels de revenus non déclarés.

Le principe reposait précisément sur l'installation de distributeurs automatiques privés à l'intérieur des commerces, utilisés comme canaux de transit pour des fonds non déclarés, tout en permettant aux propriétaires d'en tirer des commissions sans attirer l'attention.
Plusieurs arrestations avaient déjà eu lieu dans ce cadre, les suspects ayant été relâchés sous conditions.

Un commerce de proximité, une fraude de grande envergure

Ce qui frappe dans cette affaire, c'est l'écart vertigineux entre la banalité de l'instrument la caisse d'une épicerie, le distributeur du coin de la rue  et l'ampleur de la fraude. Treize millions de shekels, ce n'est pas le résultat d'une maladresse comptable ou d'un oubli de déclaration. C'est une architecture financière pensée, construite sur la durée, exploitant un angle mort du système : qui se méfie d'un distributeur de billets installé dans un supermarché ?

L'Autorité fiscale, visiblement, a fini par s'en méfier.

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