5 ans sans réponse : comment Israël abandonne ses expatriés en Grande-Bretagne

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5 ans sans réponse : comment Israël abandonne ses expatriés en Grande-Bretagne

« Personne ne m'a répondu » : quand le ministère israélien des Transports disparaît et laisse ses citoyens payer la facture

Il a écrit au directeur général du ministère. Il a écrit à la ministre des Transports. Il a écrit à la commission économique de la Knesset. Résultat : silence radio. Aelad, un Israélien installé en Irlande du Nord, résume la situation avec une amertume lasse : « Depuis 2022, personne ne m'a répondu. » Son cas n'est pas isolé. Il est le reflet exact de la situation vécue par des milliers d'Israéliens établis au Royaume-Uni, coincés dans un no man's land bureaucratique dont l'origine se trouve à Jérusalem.

Cinq ans d'attente pour une réponse qui ne vient pas

Le problème est simple à formuler, moins simple à résoudre quand l'une des parties fait la sourde oreille.
Depuis bientôt cinq ans, l'autorité britannique des permis de conduire attend une réponse officielle et professionnelle des autorités israéliennes. Une réponse qui permettrait aux Israéliens résidant au Royaume-Uni de convertir automatiquement leur permis de conduire israélien en permis britannique, sans passer par la case examens.
Une procédure standard entre pays qui concluent des accords de reconnaissance mutuelle. Simple en théorie. Impossible en pratique, quand Israël ne répond pas.

Les démarches côté britannique ont pourtant été répétées. Un parlementaire local, contacté par des Israéliens désespérés qui cherchaient un appui politique, a confirmé que des tentatives de prise de contact avec le ministère israélien des Transports ont été engagées dès novembre 2021.
Le Royaume-Uni demandait des informations techniques précises sur le système de permis de conduire israélien, données indispensables pour avancer vers un accord de réciprocité. Ces demandes sont restées sans suite. Le dossier est dans les limbes.

Un coût bien réel pour des gens bien réels

Ce blocage administratif à des milliers de kilomètres se traduit, sur le terrain britannique, en argent et en mois perdus. Aelad raconte avoir consacré près d'une année entière à obtenir un permis local. Non par mauvaise volonté, mais parce que les délais d'attente pour passer le test pratique au Royaume-Uni s'étendent de trois à six mois, séquelle persistante des embouteillages administratifs engendrés par la période Covid.

Les chiffres s'accumulent vite. L'examen théorique coûte environ 40 livres sterling.
Le test pratique, 80 livres. Les frais administratifs pour l'émission du permis, encore 20 livres. Auxquels il faut ajouter le coût des leçons de conduite, obligatoires pour se préparer à un test que n'importe quel conducteur expérimenté devrait pouvoir éviter.
Au total, Aelad a déboursé entre 350 et 400 livres sterling  soit entre 1 400 et 1 600 shekels au taux de change actuel. « De l'argent que j'aurais pu économiser », dit-il simplement.

Soupçons politiques dans les couloirs du silence

Pourquoi ce blocage dure-t-il si longtemps ? La question revient, lancinante, dans la communauté israélienne en Grande-Bretagne. Et certains n'hésitent pas à franchir le pas de l'interprétation politique. Aelad formule l'hypothèse avec une franchise désabusée : « Je pense que Miri Regev le fait exprès. Ce processus a été lancé par Merav Michaeli. Je crois qu'elle ne veut délibérément pas poursuivre ce que Michaeli a commencé. »

L'accusation est lourde. Elle pointe une logique de revanche partisane qui sacrifierait l'intérêt des citoyens israéliens à l'étranger sur l'autel des rivalités politiques internes. Rien ne permet de la confirmer formellement. Mais le fait que des centaines de pétitions, de courriels et d'appels de citoyens comme des parlementaires soient restés sans réponse pendant des années laisse peu de place à des explications plus flatteuses.

Le ministère sort enfin de son silence… sous la pression

Interpellé par la rédaction de N12, le ministère des Transports a finalement réagi. Sa réponse mérite d'être lue avec soin. Le ministère reconnaît qu'il n'existe à ce jour aucun accord de réciprocité entre Israël et le Royaume-Uni. Il affirme que des informations techniques avaient bien été transmises par le passé, mais que le processus n'a pas abouti en raison de
« différences dans les exigences réglementaires et professionnelles entre les deux pays ». Jusque-là, rien de nouveau.

Mais la suite est révélatrice. Le ministère indique que, suite à la sollicitation de N12, il
« examinera la possibilité de relancer la promotion du dossier » et que, « si des ponts peuvent être jetés entre les parties », il œuvrera à le faire avancer. Une promesse de bonne volonté conditionnelle qui, en creux, confirme l'essentiel : pendant des années, personne n'a jugé utile de s'en occuper activement. Le dossier n'a pas échoué. Il a été laissé à l'abandon.

La bureaucratie invisible, pénalité pour les expatriés

Ce que révèle cette affaire va au-delà du simple permis de conduire. Elle expose un phénomène systémique : l'indifférence chronique des administrations nationales envers leurs citoyens établis à l'étranger. Ces Israéliens ne votent pas localement, ne manifestent pas devant les ministères, ne font pas la une des journaux. Ils existent dans un angle mort commode pour ceux qui préfèrent ne pas répondre aux courriels.

Pourtant, les enjeux sont concrets. Obtenir un permis de conduire au Royaume-Uni ne relève pas du caprice. C'est souvent une nécessité professionnelle absolue, un accès à la mobilité dans des régions mal desservies par les transports en commun, une condition d'intégration. Demander à quelqu'un de passer des examens qu'il a déjà réussis dans un autre pays, dans une autre langue, à un autre âge de sa vie, uniquement parce que deux administrations n'arrivent pas à échanger des documents, c'est une punition bureaucratique absurde.

Aelad attend toujours sa réponse. Le Royaume-Uni attend la sienne depuis novembre 2021. Et le ministère israélien des Transports, lui, vient de découvrir l'urgence du dossier le jour où un journaliste a posé la question.

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