L'autre antisémitisme : quand Israël hait ses propres Juifs

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L'autre antisémitisme : quand Israël hait ses propres Juifs

Une vidéo honteuse, mais pas une surprise

La vidéo de la journaliste Inbar Toizer, filmée en train d'humilier avec son compagnon deux jeunes Haredim venus frapper à sa porte pour quêter de l'argent, a provoqué l'indignation.
Elle n'aurait pas dû surprendre.
Ce moment de honte n'est pas une anomalie, un dérapage isolé, un simple mauvais jour.
C'est l'aboutissement logique de décennies de traitement médiatique d'une communauté entière présentée, systématiquement, comme une masse parasite, menaçante, grotesque.

Une équation aussi simple que dangereuse

Reprenons le calcul tel qu'il s'est sédimenté dans les esprits, couche par couche, émission après émission. Haredim + noir et blanc + collecte d'argent = parasites. La formule est courte.
Elle n'a pas  besoin d'être explicitée. Elle se suffit à elle-même, et c'est précisément ce qui la rend redoutable.

Qu'importe si les deux jeunes qui frappaient à la porte étaient mineurs. Qu'importe si la voiture des parents de la mariée venait d'être détruite par un missile, si leur gagne-pain avait été anéanti par la guerre. Ces circonstances ne comptent pas.
Ce qui compte, c'est l'étiquette : Haredim. Le reste disparaît derrière elle. « Ah, ils collectent de l'argent ? Classique. » Et voilà. Le mépris peut s'exprimer librement, avec un sourire, devant une caméra, et le mettre en ligne sans la moindre gêne.

Ce n'est pas la plume d'un pamphlétaire d'extrême droite, ni le craquement d'un anonyme sur les réseaux sociaux. C'est un journaliste une journaliste de la chaîne de télévision la plus regardée d'Israël, en 2026.

Des Juifs, oui, mais lesquels ?

Le paradoxe est saisissant. Ces gens-là, contrairement aux antisémites classiques, ne haïssent pas les Juifs. Ils les aiment, même. Mais ça dépend lesquels. Le bon Juif, c'est le Juif bronzé, diplômé, contribuable, de préférence en uniforme et avec un emploi dans la haute technologie.
Ce Juif-là est admirable, intégrable, médiatisable. L'autre le Haredi, avec son chapeau noir, sa barbe, ses enfants nombreux et sa méfiance des sirènes est une anomalie à moquer, un problème à résoudre, un matériau comique inépuisable.

Fourrés dans une seule vidéo : le chapeau, l'argent, le mariage, l'uniforme absent, le vaccin refusé, la maladie propagée. Le tout servi avec légèreté, comme une blague partagée entre gens normaux. « Allez, on va bien rire. » Et pourquoi pas, d'ailleurs ? Qui va dire non ? Qui va s'y opposer ? Personne. La haine de cette communauté-là est une des rares formes de haine encore socialement acceptables dans les cercles cultivés. Elle fait même sourire.

L'incubateur de la haine

Ce qui est montré dans cette vidéo n'est pas né du néant. Il a été incubé, nourri, légitimé par des années de couverture médiatique où les Haredim n'existent que comme problème.
Ils ne se font pas vacciner. Ils ne servent pas dans l'armée. Ils coûtent de l'argent. Ils ne respectent pas les sirènes. Ils amènent des maladies.
Chaque titre, chaque sujet, chaque plateau de débat a contribué à construire cette figure repoussante, ce quasi-sous-humain auquel on peut tout faire parce qu'il n'appartient pas vraiment au même monde.

La journaliste n'a pas inventé ce regard. Elle l'a hérité. Elle l'a incarné avec une désinvolture qui révèle à quel point il est devenu naturel, banal, presque inconscient. Ce n'est pas « Der Stürmer » le tristement célèbre journal nazi de propagande antisémite. Mais le mécanisme, lui, est familier : désigner un groupe, le caricaturer, en faire l'objet du rire et du dégoût collectif, jusqu'à ce que l'humiliation publique ne choque plus personne.

Une honte qui brûle

Une prière, sobre et douloureuse : que personne ne ressente jamais cette haine brûlante, cette honte que l'on inflige chaque matin à des hommes et des femmes, à des enfants, simplement parce qu'ils sont Haredim.

Ce vœu dit tout. Il dit que cette honte existe, qu'elle est réelle, qu'elle n'est pas abstraite qu'elle se vit dans la chair, chaque jour, pour des centaines de milliers de personnes. Des familles qui regardent les informations et voient leur communauté réduite à une caricature répugnante. Des jeunes qui grandissent en sachant ce que le reste de la société pense d'eux.

La vidéo d'Inbar Toizer n'est pas le problème. Elle en est le symptôme le plus visible, le plus cru, le plus difficile à nier. Le problème, lui, est bien plus ancien, bien plus profond, et bien plus confortable parce qu'il ne fait honte à presque personne.

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